Guy Musy

Les avatars de Nicolas

Quel Nicolas? Celui de Myre, bien entendu, que nous célébrons le 6 décembre. Mais lequel choisir parmi tous les avatars qu’on lui connaît?

Est-ce celui qui nourrissait mes rêves d’enfant, quand la veille de sa fête je déposais à son intention sur un appui de fenêtre du gros vin rouge dans un verre cannelé, ainsi qu’une assiette de son pour son petit âne, fatigué de parcourir le monde? Je ne m’étonnais pas au matin du miracle nocturne. Je retrouvais mon assiette soigneusement léchée, mais garnie de biscômes, d’arachides et de mandarines.

Puis il y eut l’évêque de Myre, redoutable pourfendeur d’hérétiques. On raconte – mais on ne prête qu’aux riches! – qu’au concile de Nicée, notre Nicolas gifla en public ce téméraire d’Arius qui niait la divinité de Jésus.

Vint ensuite – allez savoir pourquoi? – le patron des matelots, des commerçants de draps et de victuailles qui écoulaient leur marchandise sur nos canaux et rivières. Ceux de Fribourg, pour s’acquérir ses faveurs, consacrèrent à Nicolas une imposante cathédrale.

Mais mieux valait avoir Nicolas chez soi, à sa disposition exclusive. Les marins de Bari le comprirent assez vite. Ils devancèrent leurs collègues vénitiens et razzièrent avant eux le port de Myre, emportant dans les Pouilles les précieuses reliques du saint évêque qui depuis des siècles sommeillait en ce lieu.

Puis, au siècle dernier, j’ai connu Nicolas propulsé en prophète œcuménique. Les Dominicains de Bari, comme pour expier un forfait, firent de sa basilique un centre de rencontres entre chrétiens des deux rives de la Mer Egée.

Last but not least, le dictateur turc Erdogan rêve maintenant de rapatrier les os épars de Nicolas, disséminés aux quatre coins de l’Europe, et les déposer dans un luxueux mausolée construit au cœur de cette ville de Myre que Nicolas n’aurait jamais dû quitter. Histoire de détourner sur les rives anatoliennes pèlerins et touristes heureux de dépenser leurs devises au «Royaume du Père Noël», ainsi que la publicité hôtelière de la région désigne ce nouveau paradis. Comme le trafic des indulgences, le culte des reliques n’est pas sans retombées financières.

Alors, quel est votre Nicolas préféré? Je crois avoir fait mon choix. Je rejoins celui des collégiens de St-Michel de Fribourg qui depuis des générations vouent à cet ami des jeunes et des enfants une fidélité inentamée. Malgré l’inévitable récupération commerciale du cortège qu’ils organisent en son honneur chaque année. Malgré de possibles pressions politiques – ou religieuses – qui les amèneraient à censurer le discours que le saint doit prononcer en leur nom sur le perron de «sa» cathédrale.

De cette joyeuse et lointaine équipée je garde dans la mémoire du coeur les yeux illuminés des enfants juchés à califourchon sur les épaules de leur père, le pas trébuchant de l’âne abasourdi par les fifres et les tambours et surtout notre plaisir de collégiens de partager une once de pieuse (?) et franche gaîté. Merci, cher saint Nicolas!

Guy Musy | 5 décembre 2017

Plus de 25'000 personnes ont assisté au traditionnel cortège de la Saint-Nicolas à Fribourg (05.12.15, Pierre Pistoletti)
5 décembre 2017 | 08:00
par Guy Musy
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