"Les élèves en apprennent chaque jour davantage sur les sciences naturelles et, dans leurs souvenirs, les récits bibliques tombent au rang de contes pour enfants" (Photo: Pixabay)
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"Les élèves en apprennent chaque jour davantage sur les sciences naturelles et, dans leurs souvenirs, les récits bibliques tombent au rang de contes pour enfants" (Photo: Pixabay)

La catéchèse qui tue la foi


Les enfants aiment bien les histoires bibliques : Adam et Eve, le Déluge, la Tour de Babel… Elles font l’objet de jolis dessins et délivrent une morale limpide.

Le problème, c’est que l’école leur raconte d’autres histoires sur la création du monde qui les intéressent également beaucoup. Les enfants se passionnent pour les dinosaures, les poissons qui apprennent à marcher, le redressement du singe qui devient un homme. C’est non seulement contradictoire par rapport au récit de la création du monde en sept jours mais, de plus, au cours de leurs études, les élèves en apprennent chaque jour davantage sur les sciences naturelles et, dans leurs souvenirs, les récits bibliques tombent au rang de contes pour enfants. Les idées religieuses qui les accompagnent perdent du coup toute autorité et deviennent à leurs yeux la marque d’esprits attardés.

“Plus ils en apprennent sur l’histoire du monde et de la vie, plus nos jeunes gens s’éloignent du message chrétien”.

Le philosophe Henri Bergson avec son Evolution créatrice, le paléontologue Teilhard de Chardin avec son Phénomène humain ont donné une lecture spirituelle de l’évolution biologique qui n’a pas été prise au sérieux dans la catéchèse chrétienne, qui en est trop restée aux pieux commentaires des récits bibliques, pour ne pas parler de la lecture fondamentaliste des créationnistes.

La conséquence en est que plus ils en apprennent sur l’histoire du monde et de la vie, plus nos jeunes gens s’éloignent du message chrétien. Avec des étudiants formés aux sciences humaines, il est possible de relire le texte de la Genèse en parallèle avec les mythes grecs, babyloniens, égyptiens de la même époque et de mettre en évidence les aspects géniaux qu’ils apportent par rapport à la pensée religieuse de leur temps et de cette manière faire apparaître leur valeur réelle.

Malheureusement, la connaissance de la culture antique a dramatiquement reculé dans l’enseignement de nos pays et il est très difficile d’initier nos jeunes à cet ensemble de connaissances dans le cadre d’une catéchèse primaire.

Présenter les récits de l’Ancien Testament aux enfants sans pouvoir les reprendre ensuite dans une réflexion qui tienne compte de tout ce que les sciences modernes nous apprennent, non seulement sur l’histoire du vivant mais aussi sur l’interprétation des textes sacrés, agit comme une sorte de vaccination négative, qui rend ensuite la catéchèse pour adulte inopérante. Et pourtant, si l’on considère les questions que posent les textes de la Genèse sur la vie, la mort, le bien ou le mal, elles rejoignent les interrogations contemporaines les plus existentielles. Depuis que l’homme est homme, elles n’ont guère changé. Encore faut-il que la lecture des textes bibliques que nous proposons à la jeunesse ne soit pas elle même naïve et infantile car, sinon, elle détruit le coeur du message que nous souhaitons transmettre.

Jean-Blaise Fellay | 01.05.2017

Jean-Blaise Fellay

Né en 1941, entrée chez les jésuites en 1961, spécialiste de l’Histoire de l’Eglise, est engagé comme directeur spirituel aux Séminaires diocésains des Diocèses de Lausanne, Genève et Fribourg et de Sion.

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