Denis Müller

Combattre le terrorisme

Le terrorisme n’est pas seulement un phénomène social ou international porteur de violences et de chantage. C’est aussi la conséquence philosophique d’une capitulation devant la terreur. On le voit très bien aussi dans la notion de terrorisme intellectuel, qui ne doit jamais être oubliée dans une réflexion sur le terrorisme.

Mais le premier trait du terrorisme comme instrument de la terreur, c’est son caractère aveugle et brutal. Dans une sorte d’idéalisme infantile, les théoriciens de la guerre et de la paix ont parfois eu tendance à donner de la guerre une image purifiée et stéréotypée, comme si «l’art de guerre» obéissait nécessairement, en fait et pas seulement en droit, à des règles éthiques universelles (c’est ce qu’on appelle, dans la tradition, le jus in bello). C’est comme si subsistait en quelque sorte dans l’humanité, dans les guerres comme après elles, à Auschwitz et après Auschwitz, un code chevaleresque supérieur à toute brutalité et à toute barbarie. Le terrorisme, à la différence de la guerre «pure», est constitutivement impur. Sa sauvagerie est justement liée à sa brutalité et à sa cécité. Mais que cela ne nous trompe pas: la brutalité et la cécité du terrorisme ne sont pas dues à leur caractère involontaire, elles découlent radicalement, au contraire, de leur détermination la plus froide et la plus cynique. Les terroristes sont des aveugles extralucides et des sauvages complètement formés.

«Le terrorisme est un allumeur de désespoir, un destructeur de solidarité»

Le terrorisme possède un deuxième trait, qui découle des remarques précédentes. Le terrorisme, par nature, est soudain et immédiat. Même s’il a préparé longuement son action, il agit par surprise. Nous avions pris l’habitude de constater la même chose dans l’explosion des guerres. Mais les guerres, de par la lourdeur des appareils étatiques et militaires qu’elles présupposent, ont tendance à être prévisibles et lentes. Même une guerre surprise ou une Blitzkrieg prend un certain temps. L’action terroriste éclate soudain dans le ciel de Manhattan ou dans le Bataclan en donnant l’illusion de l’impréparation la plus totale.

Nous soulignerons un troisième trait du terrorisme. A la différence de la guerre traditionnelle, qui s’en prend à une nation ou à un groupe de nations, le terrorisme n’essaie pas d’atteindre une cible, fût-ce la cible bien précise d’une ville ou d’un lieu symbolique. Le terrorisme s’en prend à l’humanité entière, en essayant d’allumer un feu capable de s’étendre à tous les humains, au cœur de chaque homme. Le terrorisme est une bombe spirituelle, en plus d’employer des explosifs mortels. Il boute le feu à l’esprit humain, à la planète terre, à l’espérance elle-même. Le terrorisme est un allumeur de désespoir, un destructeur de solidarité.

C’est pourquoi le terrorisme ne peut pas être combattu seulement par les armes ou par le feu, par la contre-attaque ou pour la vengeance. Le terrorisme doit être combattu aussi, et peut-être surtout, par l’espérance. Contre le terrorisme des bombes, et contre le terrorisme intellectuel lui-même, nous avons besoin de manifester la puissance de notre foi, la douceur de notre amour, la radicalité de notre espérance. En ce sens-là, les chrétiens sont des non-violents opposés à la terreur et des démineurs de bombes. Des idéalistes désarmés et désarmants.

Denis Müller

17 juin 2020

«Le terrorisme est un allumeur de désespoir» (photo: cérémonie en mémoire des victimes du 11 septembre) | US Department of Defense
17 juin 2020 | 07:36
par Denis Müller
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