Claude Ducarroz

Courrier du cœur

«Dans notre Eglise, il me semble que rien de sérieux dans le changement ne se pointe à l’horizon. Comment ne pas désespérer et garder la foi?»

Cette réflexion (par écrit) ne vient pas d’une personne hypercritique qui céderait, comme de coutume, au prurit d’un réquisitoire malveillant. Il s’agit d’une dame d’un certain âge qui s’est très souvent engagée au service de l’Eglise dans un bel esprit de foi et d’amour désintéressé. C’est ainsi qu’elle exprime son «cri du cœur». Il s’ajoute aux remarques désabusées et aux doléances consternées que j’entends autour de moi. Sans compter les commentaires vinaigrés ou ironiques provenant de milieux toujours prompts à casser du sucre sur le dos de notre Eglise.

Ce serait une grave erreur de répondre en haussant les épaules sous prétexte que l’Eglise a déjà connu bien d’autres crises ou agressions dont elle est, finalement, sortie toujours vivante, voire plus vigoureuse qu’auparavant. Dieu merci! Laisser passer l’orage en attendant des jours meilleurs n’a jamais amélioré la météo ecclésiale.

Quand le concile Vatican II nous a rappelé que «l’Eglise a le devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Evangile» (Gaudium et spes no 4), ce n’était pas seulement une invitation à nous intéresser de plus près à ce qui se passe dans la société. C’était aussi un appel à écouter et surtout à entendre ce que les chrétiens de toutes sortes vivent et expriment, dans la foi et l’amour, au sein de leurs communautés. D’où cette précision à l’intention de nos pasteurs: «Qu’avec un amour paternel les évêques accordent attention et considération dans le Christ aux essais, vœux et désirs proposés par les laïcs», ceux-ci ayant «la faculté et même le devoir de manifester leur sentiment en ce qui concerne le bien de l’Eglise». (Gaudium et spes no 37).

«J’entends autour de moi le gémissement de beaucoup de cœurs chrétiens»

A la suite du concile Vatican II, le peuple de Dieu a pris la parole pour s’exprimer dans un esprit de communion et de liberté sur les changements attendus dans notre Eglise pour qu’elle soit davantage missionnaire et prophétique au cœur de notre monde. Si l’on relit ces textes –par exemple ceux du Synode 72 en Suisse et ceux d’AD 2000 dans le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg-, il faut bien constater que beaucoup de réformes ardemment souhaitées attendent toujours leurs mises en œuvre. Et voilà que les problèmes non résolus, les appels perdus dans le désert de l’indifférence hiérarchique remontent à la surface avec un coefficient supplémentaire d’impatience, voire de colère. Il suffit de penser, par exemple, aux ministères laïcs, à l’œcuménisme, à la pastorale des familles, à la place des femmes dans notre Eglise, à la vie et au ministère des prêtres, à l’évangélisation parmi les jeunes, etc…

J’entends autour de moi le gémissement de beaucoup de cœurs chrétiens…et douloureux. Comment ne pas les encourager, plus que jamais, à prier et à lutter en Eglise, pour continuer de croire, d’espérer et d’aimer? Avec patience certes, mais aussi avec impatience. En manifestant l’une et l’autre, dans un esprit de communion active et aussi critique.

Sans jamais oublier que le cœur de l’Eglise, finalement, bat dans le cœur du Christ crucifié et ressuscité, là où Jésus ne cesse d’envoyer l’Esprit Saint sur l’humanité et sur son Eglise, afin de «renouveler la face de la terre». (Ps 104, 30).

Claude Ducarroz

5 juin 2019

De nombreux fidèles sont inquiets pour l'Eglise (Pixabay.com)
4 juin 2019 | 17:36
par Claude Ducarroz
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