Claude Ducarroz

Dans la houle des foules

L’a-t-on assez remarqué? 2019 se signale par les très nombreux rassemblements de masse à travers le monde entier. La liste est impressionnante. Et les motifs fort variés.

La misère basique, le manque de liberté civique, le mépris des femmes, l’urgence climatique, l’oppression sous toutes ses formes, les inégalités sociales, la cruauté de la guerre: toutes ces raisons, et d’autres encore, ont fourni matière à se réunir pour crier, tantôt une révolte spontanée, tantôt des exigences étayées, toutes, en vérité, pour remettre en question le ou les systèmes qui dominent la guidée de notre aventure humaine.

Décidément, il y a quelque chose de détraqué dans la mécanique sociale qui gère notre présent et prétend régenter notre avenir en ce monde. Même la Suisse –pays par excellence des compromis tranquilles- n’a pas échappé à quelques fièvres surprenantes. Des dizaines de milliers de femmes dans les rues pour réclamer un plus grand respect de leurs personnes et de leurs droits; des centaines de milliers de citoyens – emmenés par des jeunes fervents- pour clamer leur volonté de faire davantage pour la survie de notre planète: voilà qui constitue des épisodes significatifs, qu’on aurait grand tort de sous-estimer.

Ils font partie de ces «signes des temps» que le concile Vatican II avait définis ainsi: «Les événements, les exigences et les requêtes de notre temps, auxquels les chrétiens participent avec les autres hommes», en ajoutant: «L’Eglise a le devoir, à tout moment, de scruter ces signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Evangile.»

Quand on parcourt l’actualité de 2019, comment les chrétiens pourraient-ils rester indifférents aux thématiques soulevées par ces multitudes en marche? Comment se contenteraient-ils de regarder passer les cortèges de l’Histoire en bavardant sur les trottoirs de la simple curiosité? Ne devrions-nous pas nous intégrer à toutes les solidarités sociales et à toutes les imaginations créatrices pour changer le cours de notre destinée et améliorer la condition humaine, à commencer par celle des plus pauvres et des plus nécessiteux?

«La vocation transcendante de l’homme l’enracine d’autant plus dans les exigences de la fraternité universelle»

Dans l’immense foule qui a battu le pavé pour le climat à Berne le 28 septembre dernier, j’ai aperçu quelques pancartes signalant la présence des Eglises. Mais ils étaient certainement bien plus nombreux, les chrétiennes et les chrétiens qui manifestaient de manière plus discrète, au nom de leur solidarité humaine d’abord, mais aussi avec leurs motivations évangéliques.

Et quelles peuvent être ces motivations spécifiques? Incontestablement une certaine vision de l’homme, comme personne sacrée, imbriquée dans ses relations sociales avec tous. Depuis la venue du Fils de Dieu en notre chair, nous savons mieux que tout ce qui concerne l’humain implique aussi le divin, et que la vocation transcendante de l’homme l’enracine d’autant plus dans les exigences de la fraternité universelle.

Sans doute, au milieu des manifestations populaires et des débats «terrestres», le chrétien doit-il garder une précieuse liberté critique, ne serait-ce que pour remettre en question certains comportements qui sentiraient le mépris ou conduiraient à la violence. Mais pour tout le reste, ce qui est humain et qui a de l’avenir, comment ne pas témoigner du Christ, le meilleur ami de l’Homme, en étant au milieu des hommes, en partageant leurs peines et surtout leurs espérances, en luttant pour une «écologie humaine intégrale».

Dans cet esprit/Esprit, je vous/nous souhaite une bonne année 2020.

Claude Ducarroz

8 janvier 2020

La lutte pour le climat a mobilisé les foules en 2019 | © Bastian Greshake Tzovaras/Flickr/CC BY-SA 2.0
8 janvier 2020 | 07:16
par Claude Ducarroz
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