Comme les coureurs du Tour de France, nous sommes parfois "le nez dans le guidon" (Pixabay.com)
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Comme les coureurs du Tour de France, nous sommes parfois "le nez dans le guidon" (Pixabay.com)

Dans le guidon?


C’était un pur hasard. En ballade dans le sud de la France, je me suis retrouvé un jour nez à nez avec…le Tour de France. Au-delà du tintamarre publicitaire, en observant les coureurs, j’ai mieux compris ce que pouvait signifier l’expression “avoir le nez dans le guidon”. Voir à court terme, se concentrer sur l’immédiat, foncer dans l’inconnu. Mais gare à la chute ou à la sortie de route!

Sympathique rencontre avec un confrère bien placé dans les structures de notre Eglise. Et il avoue: les problèmes à résoudre dans l’urgence sont tels que nous sommes presque toujours “le nez dans le guidon”, à savoir incapables de creuser plus en profondeur et de regarder au-delà des nécessités imminentes.

Peut-être est-ce la grâce de l’été! A savoir prendre du recul, consacrer du temps à analyser davantage et à réfléchir plus gratuitement, se poser des questions plus essentielles. Autrement dit: creuser au lieu de bricoler, retrouver la rude solidité des bases évangéliques, imaginer l’avenir au-delà des collines qui bordent nos lacs de confort familier, dans la routine des traditions qu’on estime inamovibles. Oui, oser la haute mer de l’histoire du salut et s’embarquer en Eglise pour une aventure qui fait davantage confiance au souffle surprenant de l’Esprit plutôt qu’aux courtes habiletés des marins d’eau douce.

Dans nos Eglises respectives, du moins chez nous, la déprime des statistiques, la raréfaction des ouvriers, la complexité des situations, et jusqu’aux fragilités des personnes et des personnels: tout peut conduire nos responsables à se contenter de gérer, tant bien que mal, des urgences incontournables, jusqu’à épuisement des solutions et des forces. Et après?

“Oui, oser la haute mer de l’histoire du salut et s’embarquer en Eglise”

Et qu’en pense Jésus ? Avant les choix importants, il gravissait la montagne, il se retirait dans la solitude, il priait longuement dans le silence, il adaptait son regard à celui du Père pour voir plus profond et plus loin. Telles étaient ses tranches de vacances d’été, au fur et à mesure des évènements. Après quoi, requinqué dans l’Esprit, réconforté dans sa mission, il pouvait prendre des décisions graves (par exemple l’appel risqué des apôtres en Marc 3,13-19), annoncer l’Evangile aux foules (Marc 4), se plonger dans la pastorale des malades et des pécheurs (Marc 3,20), affronter les pièges tendus par ses contradicteurs (Marc 3,22-30) et même corriger les relations qu’il entretenait avec sa propre famille (Marc 3, 22 et 31-35). En résumé: une vraie vie de pasteur en pleine pâte humaine.

Peut-on souhaiter un tel été à nos chers “ministres”, sans oublier que ce qui vaut pour eux vaut aussi pour chacun de nous, chacun selon la grâce qu’il a reçue, en vue du bien commun? Évidemment.

Bon été. A vélo peut-être, mais pas toujours le nez dans le guidon. Il y a aussi l’appel du large et de beaux paysages à contempler! Et une belle Eglise à servir. Et une immense humanité à aimer.

Claude Ducarroz

17 juillet 2019

Claude Ducarroz

Claude Ducarroz est né en 1939 dans une famille de paysans fribourgeois. Ordonné prêtre en 1965, il a accompli ses études théologiques à Fribourg, Rome, Munich et Paris. Son parcours de ministère l'a conduit dans plusieurs paroisses, mais aussi dans la formation des séminaristes, dans l'aumônerie de la jeunesse et à la direction de l'Ecole de la foi. Il est connu pour ses engagements œcuméniques (Groupe des Dombes), sa sensibilité aux problèmes de société et ses interventions dans les médias. Il a publié plusieurs livres mêlant la spiritualité à la pastorale, dont Pour que plus rien ne nous sépareEn toute sincérité, Ces espérances qui me font vivre, Fleurs de vie ainsi que des entretiens avec Jean-Marc Richard, Rencontres au cœur de l’humain (Editions de la Sarine). Retrouvez ses homélies, articles et livres sur sa page internet.

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