Le barrage de Mauvoisin en Valais | wikimedia commons <a href="https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/legalcode" target="_blank">CC BY-SA 2.0</a>
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Le barrage de Mauvoisin en Valais | wikimedia commons CC BY-SA 2.0

De l’alpage au barrage


J’ai assisté à la construction du barrage du Mauvoisin, dans les années 1950. Il était à l’époque le plus haut barrage-voûte du monde. Rehaussé, il représente encore aujourd’hui une réalisation remarquable. Son impact sur l’économie de la vallée fut gigantesque.

C’était un ingénieur de la vallée qui le conçut. Formé à l’école polytechnique de Zurich, il sut intéresser une grande société d’électricité suisse-allemande au projet. Le chantier exigea l’engagement de milliers d’ouvriers, dont une majorité d’Italiens. Il recruta également de la main d’œuvre locale. Et cela changea beaucoup de choses.

“La situation des paysans du Val de Bagnes  ne différait guère de celle du tiers-monde “

Le Val de Bagnes était célèbre pour l’herbe de ses alpages et la qualité de ses fromages. Son agriculture était dominée par l’utilisation intensive du fourrage et le nomadisme des troupeaux qui suivaient la fonte des neiges au printemps, et prenaient le chemin inverse à l’automne. La vente du fromage et du beurre constituait l’essentiel des recettes en fin de saison. Pour le reste les paysans de montagne visaient en autarcie, grâce à leurs champs, leur jardin et à leurs vignes. Leur situation ne différait guère de celle du tiers-monde, comme on commençait à l’appeler à l’époque. L’arrivée des  salaires ouvriers bousculèrent complètement le système.

Prenons une famille que je connaissais. Petits paysans avec deux ou trois vaches et un peu plus d’enfants. Un revenu annuel qui tournait autour d’un millier de francs. Quand les travaux du barrage commencent, le père et trois fils s’engagent. Revenu mensuel quatre mille francs en tout. Même s’ils ne travaillent pas toute l’année,  leur situation pécuniaire change du tout au tout. Il refont la cuisine, amènent l’eau courante et l’électricité, construisent une salle de bain. En quelques années, les jeunes apprennent un métier, trouvent des engagements durables. Des routes, des tunnels ont été construits dans la vallée, le chemin de fer a été amélioré. Des machines agricoles permettent à une famille de récolter en une journée autant de foin qu’en trois jours auparavant.

“Les initiatives caritatives privées ne pouvaient pas modifier la situation”

La station de Verbier devient une petite cité alpine qui engage dans tous les corps de métier et toutes les activités hôtelières. La population, qui était restée stable pendant des siècles autour de 4’000 habitants, voit pendant la saison de ski plus de 35’000 touristes s’égayer sur les pistes. En quelques décennies, le monde a changé.

Aucune aide de la Confédération n’aurait pu provoquer une telle transformation. Les initiatives caritatives privées, aussi louable qu’ait été leur dévouement, ne pouvaient pas modifier la situation. C’est l’alliance d’une initiative locale, la qualité du corps des ingénieurs et des ouvriers et surtout  les investissements massifs de grandes Compagnies du Plateau qui ont changé la vie du Haut Val de Bagnes. Et personne ne s’en plaint, même si une haute barrière de béton ferme le fond de la vallée et que d’immenses pylônes balafrent les flancs de la vallée. La vie des montagnards s’est grandement adoucie et de nouvelles perspectives se sont ouvertes à eux. Même si dans le cœur de chacun le souvenir des alpages reste vivace.

Jean-Blaise Fellay  | 08.01.18

Jean-Blaise Fellay

Né en 1941, entrée chez les jésuites en 1961, spécialiste de l’Histoire de l’Eglise, est engagé comme directeur spirituel aux Séminaires diocésains des Diocèses de Lausanne, Genève et Fribourg et de Sion.

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