Jean-Michel Poffet

Evangile de dimanche: croire ou jongler: un art qui s’apprend…

Si vous pensez qu’être chrétien, c’est être un héros performant et parfait, eh bien c’est raté! L’évangile d’aujourd’hui nous rappelle qu’on n’a jamais fini d’apprendre à suivre le Christ, et même d’»apprendre le Christ», selon la belle formule de S. Paul (Eph 4,20). Le mot «disciple» ne veut pas dire autre chose: celui qui est prêt à apprendre, à l’école d’un maître.

Jésus passe son temps à former des disciples qui croient le comprendre mais qui, en fait, le comprennent très mal, ou trop peu, ou trop vite. Tantôt ils dorment, tantôt ils fanfaronnent. Et les voilà qui se découvrent à côté du chemin, à contresens et souvent à contretemps plutôt que dans le rythme. Et patiemment Jésus les reprend et les encourage.

L’évangile de ce dimanche en est un bel exemple. L’un se veut fidèle au point d’avoir envie de voir le feu du ciel descendre sur les «infidèles» de Samarie sous prétexte qu’ils n’avaient pas accueilli le groupe du Galiléen. Un autre est généreux: il veut suivre Jésus quoi qu’il en coûte: c’est magnifique, mais a-t-il mesuré le prix de son enthousiasme? Et un troisième veut bien s’engager tout en gardant cependant une partie de sa liberté et de son quant-à-soi.

«L’évangile d’aujourd’hui nous rappelle qu’on n’a jamais fini d’’apprendre le Christ’»

Dur… dur d’être vraiment disciple de Jésus. C’est là notre désir, notre vocation et l’itinéraire qui nous est proposé. Mais comme tout art en ce monde, cela s’apprend, et on ne commence pas la montagne par l’Everest, ni la marche à pied par un marathon. En réalité, nous voilà comme un gamin qui fait des gammes et doit être repris encore et encore par son maître de chant parce qu’il est ou trop haut ou trop bas, ou trop rapide ou trop lent.

Apprendre l’évangile et apprendre à en vivre rend finalement très humble: la vie du croyant est et reste un apprentissage. Pas de quoi se décourager, c’est au contraire la marque sur nos vies d’un grand œuvre: créer, ça s’apprend, et ça s’apprend chaque jour pour être «juste», ni trop, ni trop peu.

Cela, les grands artistes le savent. Ils se considèrent comme des apprentis toute leur vie. Je pense au célèbre clown suisse tessinois: Dimitri (1935-2016) qui fonda à Verscio un théâtre  puis son «École Dimitri». Celui qui fit rire tant de jeunes et de moins jeunes, cet artiste à la renommée internationale, confiait un jour qu’il se réjouissait de voir arriver l’été parce que, alors que son public partait en vacances, lui pouvait se remettre à apprendre, encore et toujours: le mime, la danse, la jonglerie et l’acrobatie.

Il définissait ainsi le but de son école: «Si mes élèves, au bout de deux à trois ans, sont humbles, modestes, mais créateurs et bons artisans, alors je suis content». Humble et modeste, créateur et bon artisan: un beau programme pour les disciples de Jésus!

Jean-Michel Poffet | Vendredi 28 juin 2019


Lc 9,51-62

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Comme s’accomplissait le temps
où il allait être enlevé au ciel,
Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem.
Il envoya, en avant de lui, des messagers ;
ceux-ci se mirent en route
et entrèrent dans un village de Samaritains
pour préparer sa venue.
Mais on refusa de le recevoir,
parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem.
Voyant cela,
les disciples Jacques et Jean dirent :
« Seigneur, veux-tu que nous ordonnions
qu’un feu tombe du ciel et les détruise ? »
Mais Jésus, se retournant, les réprimanda.
Puis ils partirent pour un autre village.

En cours de route, un homme dit à Jésus :
« Je te suivrai partout où tu iras. »
Jésus lui déclara :
« Les renards ont des terriers,
les oiseaux du ciel ont des nids ;
mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. »

Il dit à un autre :
« Suis-moi. »
L’homme répondit :
« Seigneur, permets-moi d’aller d’abord
enterrer mon père. »
Mais Jésus répliqua :
« Laisse les morts enterrer leurs morts.
Toi, pars, et annonce le règne de Dieu. »

Un autre encore lui dit :
« Je te suivrai, Seigneur ;
mais laisse-moi d’abord faire mes adieux
aux gens de ma maison. »
Jésus lui répondit :
« Quiconque met la main à la charrue,
puis regarde en arrière,
n’est pas fait pour le royaume de Dieu. »

“Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu“. | © Evangile et peinture
28 juin 2019 | 16:58
par Jean-Michel Poffet
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