Le gérant lui dit : “Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.” Luc 16, 1-13. (Illustration: Bernadette Lopez/Evangile et peinture)
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Le gérant lui dit : “Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.” Luc 16, 1-13. (Illustration: Bernadette Lopez/Evangile et peinture)

Evangile de dimanche: à quelque chose malheur est bon!


Il y a quelques jours, le lectionnaire liturgie nous faisait lire dans l’évangile de Luc ce qu’on a coutume d’appeler les “malédictions” qui accompagnent les “béatitudes”. La nouvelle traduction m’avait fait sursauter. J’étais habitué au fameux: “malheureux, vous les riches” et voici que j’entendais: “Quel malheur pour vous, les riches!”Vous saisissez la nuance? La malédiction n’est plus définitive; elle n’a rien d’une condamnation sans appel ni sursis. Elle n’est qu’un “malheur” passager dont les riches peuvent sortir, mais à des conditions bien précises.

Si l’argent accumulé est une source de malheur, il devient bénédiction quand il est partagé.

J’ai l’impression que la parabole de ce jour prolonge cette découverte littéraire et illustre à sa façon un proverbe qui court dans nos régions: “A quelque chose malheur est bon”. Autrement dit, si le fait d’être riche peut être considéré comme un “malheur”- quel paradoxe pour nos oreilles modernes si peu franciscaines! –  il est possible de transformer cette fatalité en bénédiction. C’est la conclusion que Jésus tire de l’histoire de ce gérant trop habile pour être correct en affaires: “Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête; ils vous recevront le jour où vous serez vous-mêmes dans la dèche ou sur la paille”. Qu’est-ce à dire? Ces amis sont assurément les pauvres, les paumés, les pouilleux de ce monde. Souvenez-vous du dénommé Lazare, évoqué dans le même évangile de Luc, disputant avec les chiens les miettes qui tombent de la table opulente du riche. Les miséreux accueilleront dans une autre vie les riches qui auront partagé quelques biens avec eux. Les pauvres les recevront à l’entrée des “demeures éternelles”. Les riches auront donc part au bonheur réservé aux démunis, pour autant que des miettes substantielles tombent de leur table pour nourrir ceux qui gisent à leurs pieds. Si l’argent accumulé est une source de malheur, il devient bénédiction quand il est partagé. Donc, à quelque chose, malheur est bon!

Cet enseignement est conforme à la logique évangélique qui récompense celui qui donne. Il fait aussi de la pauvreté une valeur et même une vertu. C’est la “sobriété heureuse”  comme on aime  le dire de nos jours.

Et pour finir, un obstacle à éviter absolument. De grâce, n’interprétez pas à la lettre la phrase: “Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête”. Argent malhonnête ou mal acquis qui pourrait bien être recyclé grâce aux services d’une blanchisserie charitable. Il se pourrait que des philanthropes, des humanitaires et peut-être même de saintes personnes aient pu se laisser abuser ou séduire par ces procédés mafieux. Mais n’insultez pas la mémoire de Jésus en imaginant qu’il aurait pu recommander ces honteuses transactions. Jésus ne fait que louer l’habileté du gérant de sa parabole qui lui a permis de se relever d’un mauvais pas et il regrette que ses disciples ne déploient pas semblable débrouillardise quand il s’agit d’œuvrer pour le bien. Comparaison n’est pas raison!

Guy Musy | le 16.09.2016


Luc 16, 1-13

01 Jésus disait encore aux disciples : « Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens.
02 Il le convoqua et lui dit : “Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car tu ne peux plus être mon gérant.”
03 Le gérant se dit en lui-même : “Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gestion ? Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte.
04 Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, des gens m’accueillent chez eux.”
05 Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : “Combien dois-tu à mon maître ?”
06 Il répondit : “Cent barils d’huile.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.”
07 Puis il demanda à un autre : “Et toi, combien dois-tu ?” Il répondit : “Cent sacs de blé.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu, écris quatre-vingts.”
08 Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté ; en effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière.
09 Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.
10 Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est malhonnête dans la moindre chose est malhonnête aussi dans une grande.
11 Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ?
12 Et si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance, ce qui vous revient, qui vous le donnera ?
13 Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. »

Guy Musy

Le Frère Guy Musy est né en 1936 à dans le canton de Fribourg. Entré dans l'ordre des Frères Prêcheurs en 1956, il accomplit ses études de théologie en Belgique puis en Suisse. Ordonné prêtre en 1962, il poursuit ses études à la Faculté évangélique de l’Université d’Heidelberg, avant d’être rappelé en Suisse pour prendre en charge l’aumônerie catholique de l’Université de Lausanne.

En 1970, il répond à un appel de ses supérieurs qui l’envoient au Rwanda. Il y demeurera quelques vingt ans durant lesquels ils assumera différents ministères: aumônier à l'Université nationale de Butare, puis en milieu populaire à Kigali, mais aussi responsable de la Caritas de la capitale du Rwanda.

De retour à Genève en 1989, entre autres activités, il enseigne à l’Atelier Œcuménique de Théologie et à l’Ecole de la Foi de Fribourg. Passionné d’écriture – il a déjà publié quatre volumes de ses «mémoires» – il collabore notamment, depuis plus de vingt ans, au périodique romand «L’Echo-Magazine». Enfin, il continue d’assumer depuis plusieurs années la charge de rédacteur responsable de la revue dominicaine «Sources».

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