Jacques-Benoît Rauscher

Evangile de dimanche: au banquet de la création

«Ne va pas t’installer à la première place». Les prêtres à l’esprit moqueur ont coutume de dire que cette parole est celle que les fidèles chrétiens observent avec le plus grand zèle, tant les premiers bancs de nos assemblées sont souvent désertés le dimanche.

Mais, dans ce passage de l’Evangile, Jésus ne vient pas d’abord interroger notre comportement à l’intérieur des églises de pierre. Il nous pose une question sérieuse qui concerne notre manière d’être ses disciples dans le monde, dans notre vie concrète et très quotidienne: cherches-tu à conquérir la première place?

Cette question prend une couleur toute particulière. En effet, nous célébrons en ce jour, à la demande du pape François, la «journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création».

Or, nous en voyons encore les conséquences désastreuses dans l’actualité récente: invité au grand banquet de la création, l’homme choisit souvent la première place, il se sert avec avidité pour nourrir son appétit vorace. En s’installant à la première place, l’homme ne tient compte ni des autres convives, ni même de Celui qui a dressé la table.

L’homme ne tient pas compte des autres convives. Cette constatation, que nous lisons dans la parabole de ce dimanche, nous pouvons facilement l’appliquer au cas de la création. Dans notre rapport à la création, nous ne cherchons souvent pas à considérer la place qui revient aux autres. Deux chiffres impressionnants suffisent à l’illustrer. Si tous les habitants de la terre vivaient comme les Suisses (ou les Français qui sont tristement à égalité dans ce domaine), il faudrait trois planètes pour satisfaire leurs besoins.

Par ailleurs, on considère qu’une espèce animale ou végétale disparaît toutes les 20 minutes sur terre, des disparitions en grande partie liées à l’activité de l’homme. Même si nous n’en sommes pas toujours conscients, notre mode de vie nous pousse à négliger les autres hommes d’aujourd’hui et de demain; il nous pousse aussi à négliger les autres êtres vivants. Nous nous sommes installés à la première place et nous mangeons ce qui est sur la table, sans regarder au-delà.

«Entendons l’appel pressant qui nous est lancé par la création.»

Mais notre outrecuidance va plus loin encore. Trop occupés à conquérir la première place et les biens qu’elle offre, nous oublions Celui qui nous a invités. Nous oublions, au fond, que c’est Lui qui distribue les places et qui a fait préparer les mets pour que tous en disposent.

En choisissant la première place, en mettant la main sur les biens qui ont été apprêtés pour d’autres, ce n’est pas seulement les autres créatures que nous lésons. C’est Dieu Lui-même que nous insultons. En effet, en nous installant à la première place, nous nous plaçons nous-mêmes à table. Nous nous comportons comme si nous étions le maître alors que nous ne sommes que des invités ou, au mieux, des intendants.

Voilà des propos bien concrets et un peu moralisateurs, penseront certains! La crise écologique a son importance, mais à quoi bon la voir partout, y compris dans les Evangiles? Le texte de ce dimanche répond lui-même à cette objection. Si nous ne considérons notre vie chrétienne que cantonnée à ce que nous appelons notre «vie spirituelle», celle-ci doit être bien pauvre car elle enferme Dieu dans une unique dimension.

Au contraire, si nous croyons que Dieu s’est fait homme et a habité au milieu de nous, alors rien dans nos comportements humains ne lui est indifférent. Dieu nous parle à travers les événements du monde qui nous font relire à nouveaux frais l’Evangile. Comme le disait le pape Benoît XVI, «les déserts extérieurs se multiplient en notre monde, parce que les déserts intérieurs sont devenus très grands».

Il y a un lien entre toutes les réalités de notre existence. Alors, en ce dimanche, entendons l’appel pressant qui nous est lancé par la création: l’appel – fondamental pour notre vie chrétienne – à occuper la place que Dieu nous a préparée… et elle seule.

Jacques-Benoît Rauscher | Vendredi 30 août 2019


Lc 14, 1.7-14

Un jour de sabbat,
Jésus était entré dans la maison d’un chef des pharisiens
pour y prendre son repas,
et ces derniers l’observaient.
Jésus dit une parabole aux invités
lorsqu’il remarqua comment ils choisissaient les premières places,
et il leur dit :
« Quand quelqu’un t’invite à des noces,
ne va pas t’installer à la première place,
de peur qu’il ait invité un autre plus considéré que toi.
Alors, celui qui vous a invités, toi et lui,
viendra te dire : ›Cède-lui ta place’ ;
et, à ce moment, tu iras, plein de honte, prendre la dernière place.
Au contraire, quand tu es invité,
va te mettre à la dernière place.
Alors, quand viendra celui qui t’a invité, il te dira :
›Mon ami, avance plus haut’,
et ce sera pour toi un honneur
aux yeux de tous ceux qui seront à la table avec toi.
En effet, quiconque s’élève sera abaissé ;
qui s’abaisse sera élevé. »

Jésus disait aussi à celui qui l’avait invité :
« Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner,
n’invite pas tes amis, ni tes frères,
ni tes parents, ni de riches voisins ;
sinon, eux aussi te rendraient l’invitation
et ce serait pour toi un don en retour.
Au contraire, quand tu donnes une réception,
invite des pauvres, des estropiés,
des boiteux, des aveugles ;
heureux seras-tu,
parce qu’ils n’ont rien à te donner en retour :
cela te sera rendu à la résurrection des justes. »

Dans notre rapport à la création, nous ne cherchons pas à considérer la place qui revient aux autres.| © J. McIntosh/Wikimedia/CC BY 2.0
30 août 2019 | 17:00
par Jacques-Benoît Rauscher
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