Le lac de Tibériade dans son écrin de montagnes | © Flickr/randomexposure
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Le lac de Tibériade dans son écrin de montagnes | © Flickr/randomexposure

Evangile de dimanche: Ce qui ne s’achète pas…


Une foule comme des brebis sans berger, c’était dimanche dernier; une foule affamée, c’est l’évangile de ce dimanche. Dans un premier moment, Jésus provoque les disciples: pour nourrir une foule il faut du pain, et du pain ça s’achète, en espèces sonnantes et trébuchantes.

Mais que faire quand on est face à cinq mille hommes (en fait cinq mille mâles d’après le texte grec) et donc il faut y ajouter femmes et enfants? Il convient donc de multiplier ce nombre par quatre ou cinq… et même un salaire de 200 deniers (c’est environ le salaire annuel d’un ouvrier) n’y suffirait pas. Les chiffres sont énormes, la foule aussi, le désarroi des disciples est à l’unisson.

Sur cet horizon, le geste de Jésus étonne et fait sens. Tout d’abord, du lac Jésus gravit la montagne et, assis, il enseigne. Cette montagne a une portée théologique plus que géographique.

Jésus continue de transfigurer nos pauvres dons et nos fragiles existences.

L’herbe de cet endroit a aussi un relent théologique: certes au printemps la Galilée n’en manque pas mais les prés d’herbe fraîche du psaume du Bon Berger (Ps 23) parlent plus haut qu’un gazon printanier.

Et voilà que sur cinq pains et deux poissons – dérisoire portion emportée par un jeune homme – Jésus rend grâce et les distribue à la foule. Là encore, le geste du prophète Élisée, lue en première lecture, donne forme littéraire au récit de l’évangile. Mais les chiffres explosent: d’un côté, avec Elisée, vingt pains d’orge mais pour cent personnes; de l’autre, avec Jésus seulement cinq pains d’orge mais pour des milliers de personnes! Pourtant, Jésus rend grâce et transforme cette précarité en nourriture pour chacun.

La Pâque était proche, précise saint Jean. Pour l’instant, Jésus laisse d’autres la célébrer, là-bas, à Jérusalem. Un jour il s’y rendra pour offrir sa vie. Pour l’instant, il en anticipe le signe dans un geste de divine générosité avec déjà un goût d’eucharistie.

La foule a compris que LE prophète était là, le nouveau Moïse attendu, elle veut en faire son roi. Mais Jésus leur échappe: une prière d’action de grâce sur la montagne peut donc ce que ni la royauté ni l’argent ne savent faire.

Un jour, Jésus à Jérusalem sera face à une foule hurlant réclamant sa mort. La veille, au Cénacle, il aura nourri ses disciples, puis il se donnera en offrande au Calvaire. C’est tout cela qui s’annonçait sur la montagne de Galilée, et Jésus continue de transfigurer nos pauvres dons et nos fragiles existences. Ce don eucharistique ne s’achète pas, mais il peut se recevoir avec une joie pleine de confiance.

Jean-Michel Poffet | 27.07.2018


Jn 6, 1-15:

En ce temps-là,
Jésus passa de l’autre côté de la mer de Galilée,
le lac de Tibériade.
Une grande foule le suivait,
parce qu’elle avait vu les signes
qu’il accomplissait sur les malades.
Jésus gravit la montagne,
et là, il était assis avec ses disciples.
Or, la Pâque, la fête des Juifs, était proche.
Jésus leva les yeux
et vit qu’une foule nombreuse venait à lui.
Il dit à Philippe :
« Où pourrions-nous acheter du pain
pour qu’ils aient à manger ? »
Il disait cela pour le mettre à l’épreuve,
car il savait bien, lui, ce qu’il allait faire.
Philippe lui répondit :
« Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas
pour que chacun reçoive un peu de pain. »
Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit :
« Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge
et deux poissons,
mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! »
Jésus dit :
« Faites asseoir les gens. »
Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit.
Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes.
Alors Jésus prit les pains
et, après avoir rendu grâce,
il les distribua aux convives ;
il leur donna aussi du poisson,
autant qu’ils en voulaient.
Quand ils eurent mangé à leur faim,
il dit à ses disciples :
« Rassemblez les morceaux en surplus,
pour que rien ne se perde. »
Ils les rassemblèrent, et ils remplirent douze paniers
avec les morceaux des cinq pains d’orge,
restés en surplus pour ceux qui prenaient cette nourriture.

À la vue du signe que Jésus avait accompli,
les gens disaient :
« C’est vraiment lui le Prophète annoncé,
celui qui vient dans le monde. »
Mais Jésus savait qu’ils allaient l’enlever
pour faire de lui leur roi ;
alors de nouveau il se retira dans la montagne,
lui seul.

Jean-Michel Poffet

Originaire de Fribourg, Jean-Michel Poffet est dominicain. Pour lui, méditer les saintes Ecritures, “c’est plonger dans les profondeurs de l’humain, aussi avec ses peurs et ses lâchetés”. Exégète passionné, son intérêt pour la Bible est de toujours. Il a suivi un cursus d'étude à l'Institut biblique de Rome qu'il a complété par une thèse en histoire de l'exégète, après son ordination sacerdotale et quelques années de ministère pastoral à Genève. Le Frère Jean-Michel Poffet a été nommé directeur de l'Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem en 1999 et a passé dix ans à ce poste.

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