"Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ". Mt 13, 44 (Photo: Flickr/MauriceT/CC BY-NC 2.0)
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"Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ". Mt 13, 44 (Photo: Flickr/MauriceT/CC BY-NC 2.0)

Evangile de dimanche: des chances à saisir


Les trois petites paraboles proposées à notre méditation sont propres à l’évangile selon S. Matthieu et concluent le discours en parabole (13, 1-52).

Le trésor et la perle (44-45)

Dans la première parabole il s’agit d’un journalier qui tombe sur un trésor caché dans un champ. On se dirait dans un conte de fée, or Mt nous dit qu’il est question du Royaume des cieux, une expression propre à son évangile…

Dans la seconde parabole (les deux sont jumelées), c’est un marchand en quête de perles qui en découvre une de grande valeur.

Hasard fabuleux dans le premier cas, quête au résultat dépassant toute attente dans le second.

On ne passe pas à côté d’une telle chance, si bien que le journalier va acquérir le champ dans lequel se trouve le trésor (qu’il prend soin de recacher) et de la sorte en devenir propriétaire, mais auparavant il lui faut trouver la somme nécessaire à cet achat, ce qui l’amène à vendre tout ce qu’il possède.

Même démarche de la part du négociant qui lui aussi vend tout pour acheter la perle précieuse.

Le Royaume des cieux (que Jésus instaure et propose gratuitement) s’inscrit donc dans la ligne des désirs profonds de l’homme, à un point tel que lorsque cette chance se propose à lui, tout le reste devient comme secondaire, au point qu’il est normal d’y renoncer pour acquérir ce bien fabuleux.

Le filet (47-50)

Cette petite parabole (47-48), par contre, ne fait que relater une expérience bien ordinaire, celle de la pêche qui consiste à ramener le filet plein sur le rivage et celle du tri qui consiste à conserver ce qui est bon et à rejeter ce qui ne l’est pas.

Mt ajoute à cette petite parabole (49-50) une explication (mise sur les lèvres de Jésus) qui, en quelque sorte, nous impose son interprétation en faisant du tri l’image du jugement dernier (cf. la fin des temps évoquée au futur).

Le tri relève des anges (image traditionnelle) qui « séparent les méchants du milieu des justes » pour les jeter dans une fournaise de feu, une image visuelle courante dans le langage apocalyptique pour évoquer le châtiment éternel, à quoi s’ajoute une image auditive, toujours pour suggérer l’horreur de ce « lieu » où l’on entend « pleur et grincements de dents ».

Rien n’est dit du sort des justes, comme s’il allait de soi.

Cette « explication » fait de cette parabole une mise en garde du genre : « vivez de manière à être parmi les justes, car vous voyez quel sort attend les méchants ». Nous sommes proche de la grande fresque du jugement dernier (25,31-46), propre à Mt, qui veut inciter à la fidélité dans le présent.

Une chance à ne pas manquer

Il est possible qu’un trésor ou une perle de valeur ne nous fasse guère rêver. En fait ces images symbolisent nos désirs les plus profonds, ce à quoi nos cœurs aspirent vraiment (sans toujours en avoir forcément une claire conscience).

Jésus nous laisse entendre qu’ils coïncident avec le Royaume (de paix et de communion qu’il est venu instaurer) et qu’une telle « rencontre » peut et doit polariser toutes nos énergies. Nous en faisons parfois l’expérience lors d’une conversion, d’un appel vocationnel, d’une profonde rencontre spirituelle (avec le Christ ou l’Esprit). Mais aussi lorsque nous prenons conscience (par exemple lors de la perte d’un être aimé) que tout ce qui n’est pas amour et fidélité est stérile et vain, sans réelle valeur (et donc à… vendre !), et qu’il nous faut résolument réorienter nos désirs vers le Christ et son Royaume.

Marie-Christine Varone | 28 juillet 2017


 Mt 13, 44-52

 44 Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ.

45 Ou encore : Le royaume des Cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines.

46 Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète la perle.

47 Le royaume des Cieux est encore comparable à un filet que l’on jette dans la mer, et qui ramène toutes sortes de poissons.

48 Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s’assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien.

49 Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges sortiront pour séparer les méchants du milieu des justes

50 et les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. »

51 « Avez-vous compris tout cela ? » Ils lui répondent : « Oui ».

52 Jésus ajouta : « C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. »

Marie-Christine Varone

Marie-Christine Varone est née à Sion en 1946. Ses années de collège correspondent avec celles du Concile Vatican II et la découverte des grandes Constitutions, d'où, une envie de faire de la théologie, par intérêt personnel, mais, plus encore, pour aider les laïcs à acquérir une meilleure intelligence de la foi chrétienne.
Etudiante en théologie à Fribourg, c'est rapidement l'Ecriture sainte qui devient son centre d'intérêt premier et qui sera à la base de la formation d'adultes à laquelle elle se consacrera.
Elle mène de front l'enseignement biblique (dans le milieu très international de l'Ecole de la Foi fondée par J. Loew, à la faculté de théologie de Fribourg et à l'IFM, l'Institut de formation aux ministères) et la formation biblique d'adultes en Suisse romande (cours du soir, sessions, cours par correspondance, formation d'animateurs bibliques, etc.), en particulier comme co-fondatrice et animatrice responsable de l'Association Biblique Catholique (ABC).
Avec la rubrique "l'évangile de dimanche", M.-C. Varone souhaiterait amener les lecteurs à lire eux-mêmes (seul ou à plusieurs) l'évangie du dimanche, pour lui "donner réellement ses chances" autant par une écoute respectueuse du texte, que par un accueil existentiel.

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