Jean-Michel Poffet

Evangile de dimanche: Déconfinement: mais lequel?

En ce dimanche de Pentecôte, beaucoup pourront donc reprendre le chemin des églises, à condition d’y trouver une place, entre le désinfectant, les bancs condamnés et les interdictions multiples et variées…

Les portes vont s’ouvrir non pour laisser sortir les apôtres mais pour laisser revenir quelques croyants. C’est pourtant d’un autre déconfinement que je voudrais vous entretenir.

Le coronavirus a semé la panique et parfois la mort. Au Cénacle, les disciples étaient verrouillés par crainte des Juifs, nous, par crainte du virus. Mais il y a aussi d’autres verrouillages qui bloquent nos vies et fragilisent notre société: peur parfois de soi-même, peur des autres, peur de l’étranger, peur d’un Dieu caricatural, peur de la vieillesse, peur de la mort…

Or voilà que Jésus est là et vient déverrouiller ces blocages. Il offre aux disciples apeurés sa paix, la joie et le pardon. Il s’agit d’une vraie physiothérapie non du corps mais de l’âme. Cet évangile n’a pas pris une ride: cette première Pentecôte est appelée à se répandre comme une contagion mais pour le bien, contagion non de mort mais de guérison, de vie et d’espérance.

«Cette première Pentecôte est appelée à se répandre comme une contagion mais pour le bien.»

Jugez-en vous-mêmes: à des disciples apeurés et confinés, le Christ vivant apparaît au soir de sa résurrection et lance ce souhait précieux: «la paix soit avec vous». Aujourd’hui seul l’évêque est chargé de le redire, relayant le don du Ressuscité pour rassembler une communauté parfois pas très en forme.

Avez-vous remarqué qu’il le dit deux fois? Comme s’il fallait insister pour guérir les disciples de toute la violence à laquelle ils avaient assisté, de leur faiblesse aussi. Le temps pour eux de renaître à la joie et à la confiance. Jésus leur montre ses plaies et son côté: geste important qui atteste son supplice sur la croix, mort terrible et pourtant source d’un grand amour.

Il en va autrement sur notre pauvre terre: un animal blessé est dangereux, il peut mordre et tuer. Et nous savons bien que lorsque quelqu’un est violent, il faut souvent se demander quelle est la blessure, récente ou ancienne, perceptible ou cachée, qui est à la source de son comportement. Jésus, lui, montre ses plaies comme signe d’une violence surmontée et transfigurée, et par conséquent source de paix et d’une radicale non-violence.

Ensuite il leur donne le pardon et le ministère de la réconciliation. N’y voyons pas seulement le sacrement du même nom confié aux prêtres. Cette promesse est plus large: là où souffle l’Esprit de Jésus, grâce au pardon la communion renaît, la confiance aussi au cœur d’un monde cabossé, tenté de se renfermer dans la peur et l’égoïsme. Aujourd’hui plus que jamais nous pouvons demander et même crier du fond de nos abîmes: «Seigneur envoie-nous ton Esprit de paix, de joie, de pardon et de communion».

Jean-Michel Poffet | Vendredi 29 mai 2020


Jn 20, 19-23

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

C’était après la mort de Jésus ;
    le soir venu, en ce premier jour de la semaine,
alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples
étaient verrouillées par crainte des Juifs,
Jésus vint, et il était là au milieu d’eux.
Il leur dit :
 « La paix soit avec vous ! »
    Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté.
Les disciples furent remplis de joie
en voyant le Seigneur.
    Jésus leur dit de nouveau :
« La paix soit avec vous !
De même que le Père m’a envoyé,
moi aussi, je vous envoie. »
    Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux
et il leur dit :
« Recevez l’Esprit Saint.
    À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ;
à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »

«La paix soit avec vous!» | Wikimedia Commons
29 mai 2020 | 17:00
par Jean-Michel Poffet
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