Jeanne-Marie Ambly

Evangile de dimanche: quand les derniers deviennent premiers

«Quel est votre avis?» Jésus sollicite le point de vue de ses interlocuteurs. Il les valorise, mais aussi les responsabilise. Donner leur avis personnel les engage. La question posée par Jésus prolonge un débat amorcé dans les versets précédents. De quoi s’agit-il?

Interrogé par les grands prêtres et les anciens du peuple sur l’origine de son autorité, Jésus leur a demandé de prendre position par rapport au baptême donné par Jean: du ciel? Ou des hommes? Ces notables refusent de se prononcer. Affirmer que le baptême de Jean venait des hommes, c’est se mettre à dos la foule qui le considère comme un prophète. Reconnaître qu’il venait de Dieu, c’est encourir le reproche de ne pas avoir cru à sa parole. En se taisant, ils croient échapper au jugement de Jésus. Mais celui-ci n’est pas dupe: «Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole».

Avant d’adresser ce reproche à ses interlocuteurs, Jésus fait un détour en racontant une petite parabole. Il y est question d’aller travailler à la vigne du père. Travailler à la vigne? Croire à la parole de Jean Baptiste? Quel rapport entre ces deux réalités? Dans l’évangile de Jean (6, 28-29), à la foule qui lui demande que faire «pour travailler aux œuvres de Dieu», Jésus répond: «L’œuvre de Dieu c’est de croire en celui qu’il a envoyé.» Et si travailler à la vigne du Père, c’était, pas uniquement, mais d’abord croire à la parole de celui qu’il envoie, son Fils, et aussi Jean le Baptiste envoyé pour préparer le chemin. En croyant à la parole de Jean, publicains et prostituées ont répondu à l’appel à travailler à la vigne. En refusant d’y croire, grands prêtres et anciens l’ont récusé.

Des deux fils mis en scène dans la parabole, l’un commence par refuser l’appel puis, se repentant, va travailler à la vigne. Il pourrait figurer publicains et prostituées qui, considérés comme des pécheurs publics, se sont convertis à la parole de Jean le Baptiste. Il peut aussi être compris comme un appel lancé par Jésus aux grands prêtres et aux anciens. Après avoir vu les publicains et les prostituées croire à la parole de Jean, «vous ne vous êtes même pas repentis plus tard».

Mais tout n’est pas joué. Il est encore temps. Comme le fils qui après l’avoir refusée a fait la volonté du Père, vous pouvez encore accueillir la parole de Jean: «Repentez-vous, car le royaume des cieux est tout proche». A vous, grands prêtres et anciens, les publicains et les prostituées montrent le chemin de ce royaume en vous y précédant. Quel renversement! «Les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers», entendions-nous dimanche dernier. A tous, le royaume est ouvert. Il suffit de croire – un croire qui engage la vie – à celui qui est envoyé par le Père.

 

Jeanne-Marie d’Ambly | 29 septembre 2017


Mt 21, 28-32 

En ce temps-là,
Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple :
« Quel est votre avis ?
Un homme avait deux fils.
Il vint trouver le premier et lui dit :
›Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne.’
Celui-ci répondit : ›Je ne veux pas.’
Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla.
Puis le père alla trouver le second et lui parla de la même manière.
Celui-ci répondit : ›Oui, Seigneur !’
et il n’y alla pas.
Lequel des deux a fait la volonté du père ? »
Ils lui répondent :
« Le premier. »

Jésus leur dit :
« Amen, je vous le déclare :
les publicains et les prostituées
vous précèdent dans le royaume de Dieu.
Car Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice,
et vous n’avez pas cru à sa parole ;
mais les publicains et les prostituées y ont cru.
Tandis que vous, après avoir vu cela,
vous ne vous êtes même pas repentis plus tard
pour croire à sa parole. «

"Il vint trouver le premier et lui dit : ‘Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne.’ Celui-ci répondit : ‘Je ne veux pas.’ Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla." Mt 21, 28-29. | © Flickr/Pim Stouten/CC BY-NC-ND 2.0
29 septembre 2017 | 17:30
par Jeanne-Marie Ambly
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