"Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir." Mt 5, 17. (Photo: Flickr/Lawrence OP/<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/legalcode" target="_blank">CC BY-NC-ND 2.0</a>)
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"Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir." Mt 5, 17. (Photo: Flickr/Lawrence OP/CC BY-NC-ND 2.0)

Evangile de dimanche: un enseignement nouveau


L’évangile de ce jour nous invite à méditer un très long passage, qui appartient à ce que l’on nomme souvent, un peu à tort, “les antithèses” (5,21-48), car il s’agit surtout pour Jésus de proposer une compréhension plus profonde des commandements. Nous nous contenterons de lire les versets 17 et 20 et le début de la première antithèse.

Accomplir et non abolir (17.20)

 Le “je” de Jésus est plein de son autorité souveraine. Il fournit à ses auditeurs une sorte de principe pour comprendre le discours qui suit.

Sur un ton sans appel (17) Jésus dénonce une confusion qui consisterait à penser qu’il est venu abolir, c’est-à-dire détruire, abroger l’Ecriture nommée ici la Loi et les prophètes (l’Ancien Testament).

Au contraire Jésus affirme être venu accomplir, c’est-à-dire réaliser parfaitement et pleinement ce qui est exprimé dans l’A.T.

Il y a donc une profonde continuité de l’un à l’autre Testament, mais aussi dépassement en et par Jésus.

Le ton du v.20 est polémique à l’égard des scribes et des pharisiens dont la justice (la manière de vivre la Loi) semble partielle, puisque Jésus demande à ses interlocuteurs de la surpasser.

La réponse de l’homme, son comportement face à la volonté du Père, doivent être plus intérieurs, moins conformistes.

Une compréhension renouvelée (21ss.)

Qu’il s’agisse du meurtre (21-22), de l’adultère (27-32) ou du serment (33-37), Jésus oppose un avant lui: il a été dit (probablement par Moïse) à son interprétation: mais moi je vous dis.

Selon Jésus, le meurtre ne consiste plus seulement en un homicide volontaire relevant du tribunal, comme l’affirmait le cinquième commandement (Ex 20,13 et Dt 5,17).

Il peut passer par la colère, un acte destructeur qui  part du dedans de l’homme (le coeur) et blesse le frère, empêchant le déploiement de sa vie.

Cette colère peut prendre la forme du langage et amener à traiter le frère de “tête vide, sans cervelle (raca), de fou ou d’insensé”.

Agir de la sorte (ce qui paraît tout de même assez bénin à première lecture) entraîne, dit Jésus, des sanctions graves (tribunal, sanhédrin, voire la perte définitive: géhenne du feu). Il ne semble pas y avoir de proportion entre le délit et le châtiment… et l’image du Christ paraît assez éloignée du “Jésus doux et humble de coeur”, une formule propre à l’évangile de Mt (11,29)…

Notre destin ultime, laisse entendre Jésus, dépendrait donc de la manière dont nous respectons nos frères et le meurtre prendrait des formes diffuses et subtiles puisqu’on peut attenter à la vie de l’autre autrement qu’en le mettant physiquement à mort…

Une interprétation exigeante parce qu’elle est intériorisée, radicalisée, allant à l’essentiel (le coeur et ses intentions), tout en évitant le vague. Elle nous redit que la vie de tout homme est sacrée et qu’il convient de s’engager pour qu’elle soit mieux respectée.

Vers une vie de fils et de filles du Père, à la suite de Jésus

 Celui qui accueille cet enseignement ne peut plus dire, sûr de sa bonne conscience: “je n’ai pas tué, je n’ai pas commis d’adultère, je tiens mes serments”. Le meurtre, l’infidélité conjugale, la vérité ne consistent plus seulement en un “faire ou ne pas faire”, puisqu’on peut tuer avec des mots (22), être infidèle en laissant le désir (28) ou l’ambiguïté (37) envahir notre coeur…

Dès lors est-on condamné à la mauvaise conscience permanente?

Plutôt invités à l’humble lucidité qui fait reconnaître qu’en matière d’éthique nous sommes toujours en apprentissage.

L’accomplissement de notre vocation passe donc par l’écoute et l’accueil de enseignement de Jésus, avec toute sa radicalité et ses exigences, pour tendre à lui ressembler peu à peu tant dans sa manière d’être devant le Père qu’avec les hommes. Autrement dit: vivre en fils et filles du Père, à la suite du Fils.

Marie-Christine Varone | 10.02.2017


(Mt 5, 17-37)

17 « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.

18 Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise.

19 Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux.

20 Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.

21 « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement.

22 Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu.

23 Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,

24 laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande.

25 Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison.

26 Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou.

27 Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère.

28 Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur.

29 Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne.

30 Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier qui s’en aille dans la géhenne.

31 Il a été dit également : Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation.

32 Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère.

33 Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur.

34 Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu,

35 ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi.

36 Et ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir.

37 Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais.

Marie-Christine Varone

Marie-Christine Varone est née à Sion en 1946. Ses années de collège correspondent avec celles du Concile Vatican II et la découverte des grandes Constitutions, d'où, une envie de faire de la théologie, par intérêt personnel, mais, plus encore, pour aider les laïcs à acquérir une meilleure intelligence de la foi chrétienne.
Etudiante en théologie à Fribourg, c'est rapidement l'Ecriture sainte qui devient son centre d'intérêt premier et qui sera à la base de la formation d'adultes à laquelle elle se consacrera.
Elle mène de front l'enseignement biblique (dans le milieu très international de l'Ecole de la Foi fondée par J. Loew, à la faculté de théologie de Fribourg et à l'IFM, l'Institut de formation aux ministères) et la formation biblique d'adultes en Suisse romande (cours du soir, sessions, cours par correspondance, formation d'animateurs bibliques, etc.), en particulier comme co-fondatrice et animatrice responsable de l'Association Biblique Catholique (ABC).
Avec la rubrique "l'évangile de dimanche", M.-C. Varone souhaiterait amener les lecteurs à lire eux-mêmes (seul ou à plusieurs) l'évangie du dimanche, pour lui "donner réellement ses chances" autant par une écoute respectueuse du texte, que par un accueil existentiel.

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