Et voilà qu’au désert Jean-Baptiste leur avait désigné Jésus par ces simples mots: "Voici l’Agneau de Dieu". | Flickr/Lawrebnce OP/<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/legalcode" target="_blank">CC BY-NC-ND 2.0</a>)
Blog
Et voilà qu’au désert Jean-Baptiste leur avait désigné Jésus par ces simples mots: "Voici l’Agneau de Dieu". | Flickr/Lawrebnce OP/CC BY-NC-ND 2.0)

Evangile de dimanche: eurêka!


Eurêka! “J’ai trouvé”: c’est, selon la légende, le cri de joie que poussa Archimède en jaillissant de sa baignoire. Ce célèbre savant de la Grèce ancienne venait de découvrir, dans son bain, la loi régissant la poussée que subissent des objets plongés dans un liquide. Après de longues recherches, il avait enfin trouvé! Eurêka! La formule est restée.

La joie d’une découverte: c’est aussi ce qu’expriment avec force deux disciples du Baptiste, dans l’évangile de ce jour. “Le Messie (le Christ): nous l’avons trouvé”: ces quelques mots sont lourds d’expérience humaine, de longue attente, de recherches à tâtons. Oui ils l’attendaient ce “Messie”: le terme vient de l’hébreu et désigne quelqu’un qui a reçu de Dieu l’onction pour guider Israël, au plan politique, social, religieux. Cette attente avait été creusée par de cruelles déceptions: trop de dirigeants politiques de petit format, des prêtres indignes, des prophètes muselés. Le diagnostic peut encore servir!

Et voilà qu’au désert Jean-Baptiste leur avait désigné Jésus par ces simples mots: “Voici l’Agneau de Dieu”. Laissons-nous étonner, n’allons pas trop vite dans la lecture. Les évangiles sont des concentrés de sens et d’expérience. A nous de restituer leur densité à des mots parfois usés par l’habitude. Un Agneau… pour transformer ce monde de brutes? L’attente messianique allait plutôt vers un descendant de Juda semblable à un jeune lion (Gn 49). Cet Agneau nous fait penser à l’agneau pascal, signe de libération au temps de l’exode, ou encore au Serviteur souffrant du prophète Isaïe, semblable à un agneau conduit à l’abattoir. Mais n’anticipons pas, on est ici au début de l’évangile et cette désignation de Jésus par le Baptiste a quelque chose d’initial; tout reste à découvrir mais la direction est donnée: le Christ sera doux et humble.

Et voilà qu’au désert Jean-Baptiste leur avait désigné Jésus par ces simples mots: “Voici l’Agneau de Dieu”.

“Venez et vous verrez” dit Jésus à ces deux disciples; il les invite à le suivre et surtout à demeurer près de lui: une présence à découvrir plus qu’un programme. Mis au contact de l’humble humanité de Jésus, André est touché au plus profond de lui-même. Il court chercher son frère et l’amène à Jésus. La chaîne des témoins commence, elle dure encore.

Alors, si dimanche vous voyez quelques chrétiens, le regard plein de lumière, jaillir de nos églises, comme Archimède de sa baignoire, ne pensez pas trop vite qu’ils sont fous. Et s’ils vous prennent par la main, laissez-vous faire. Ils ont simplement un trésor à partager: Eurêka!: “nous avons trouvé” celui qui peut orienter et habiter nos vies ! On ne garde pas pour soi une telle découverte: elle a un goût de pain à partager et de vin pour la fête: “Heureux les invités au repas de l’Agneau”.

Jean-Michel Poffet | 12 janvier 2018


Jn 1, 35-42

En ce temps-là,
Jean le Baptiste se trouvait avec deux de ses disciples.
Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit :
« Voici l’Agneau de Dieu. »
Les deux disciples entendirent ce qu’il disait,
et ils suivirent Jésus.
Se retournant, Jésus vit qu’ils le suivaient,
et leur dit :
« Que cherchez-vous ? »
Ils lui répondirent :
« Rabbi – ce qui veut dire : Maître –,
où demeures-tu ? »
Il leur dit :
« Venez, et vous verrez. »
Ils allèrent donc,
ils virent où il demeurait,
et ils restèrent auprès de lui ce jour-là.
C’était vers la dixième heure (environ quatre heures de l’après-midi).

André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux disciples
qui avaient entendu la parole de Jean et qui avaient suivi Jésus.
Il trouve d’abord Simon, son propre frère, et lui dit :
« Nous avons trouvé le Messie » – ce qui veut dire : Christ.
André amena son frère à Jésus.
Jésus posa son regard sur lui et dit :
« Tu es Simon, fils de Jean ;
tu t’appelleras Kèphas » – ce qui veut dire : Pierre.

Jean-Michel Poffet

Originaire de Fribourg, Jean-Michel Poffet est dominicain. Pour lui, méditer les saintes Ecritures, “c’est plonger dans les profondeurs de l’humain, aussi avec ses peurs et ses lâchetés”. Exégète passionné, son intérêt pour la Bible est de toujours. Il a suivi un cursus d'étude à l'Institut biblique de Rome qu'il a complété par une thèse en histoire de l'exégète, après son ordination sacerdotale et quelques années de ministère pastoral à Genève. Le Frère Jean-Michel Poffet a été nommé directeur de l'Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem en 1999 et a passé dix ans à ce poste.

Auteur
Dernières publications
Jean-Baptiste leur fait dire qu’il n’est ni le Messie, ni LE prophète que l’on attendait. | © Arcabas