Jean-Michel Poffet

Evangile de dimanche: expert ou disciple?

Ce récit est une scène de vocation associée au miracle de la pêche abondante que Jean situe après Pâques. Peu importe ici: l’avant-Pâques et l’après-Pâques se conjuguent pour nous parler du défi et des risques de la vocation à la suite de Jésus.

La mise en scène est intéressante: la foule se laisse enseigner par Jésus qui parle depuis la barque de Simon. Et, tout à coup, le Seigneur interpelle Simon: «Avance au large et jetez vos filets pour la pêche.» Il y a un temps pour tout – dirions-nous avec le Qohélet – un temps pour être enseigné et un temps pour se risquer, avec audace et confiance.

Pourtant Pierre résiste. Il est pêcheur, il connaît son métier, il est expert en la matière. Ils avaient pêché sans succès la nuit durant. Au matin les voilà en train de réparer leurs filets et c’est alors que ce fils de charpentier, de l’intérieur des terres, vient lui dire comment et quand pêcher… Pas sûr qu’il ait apprécié! La réponse de Pierre tient en quelques mots, mais lourds de sens et d’expérience: «Nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre, mais sur ta parole je vais jeter les filets».

Se font face à face à la fois l’expertise étonnée du pêcheur galiléen qui ne s’en laisse pas conter facilement et le sursaut de la foi. Pierre aurait toutes les raisons de refuser ce nouveau départ en mer, mais s’appuyant sur la parole de Jésus il entre en confiance et en obéissance. Il y avait eu le temps de l’écoute, maintenant il faut répondre à l’appel de Jésus et se jeter à l’eau… Alors la pêche va dépasser toutes les attentes.

Devant la barque pleine de poissons, la réaction de Pierre a de quoi étonner. Il aurait pu se réjouir et inviter Jésus et les autres disciples à un succulent repas de poissons. Pourtant il se jette à genoux: «éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur». Il comprend en un instant qu’il a passé à côté d’un précipice. Il a risqué de faire passer son expertise de pêcheur de métier avant la confiance au Maître qui l’appelait.

La foi n’aurait alors été qu’un adventice inoffensif à son métier, à sa vie professionnelle. Le sursaut qu’il a consenti était sans doute déjà une grâce. Il a accepté de faire confiance, de se risquer au large. Au-delà de toute logique humaine, de toute expertise avérée, au-delà du raisonnable et du connu.

Pierre se révèle alors comme un vrai fils d’Abraham, notre père dans la foi. Mais il prend aussi conscience qu’il s’en est fallu de peu: il aurait tout simplement pu rester collé au rivage et passer à côté de sa vocation, à côté de sa grâce. Tout pécheur qu’il était, le voilà promu au rang de pêcheur d’hommes.

Être expert, c’est bien, mais pas au point d’étouffer les appels déroutants de Jésus. La foi n’est pas insensée, mais il lui arrive de bousculer les expertises trop humaines.

Jean-Michel Poffet | Vendredi 8 février 2019


Lc 5, 1-11

En ce temps-là,
la foule se pressait autour de Jésus
pour écouter la parole de Dieu,
tandis qu’il se tenait au bord du lac de Génésareth.
Il vit deux barques qui se trouvaient au bord du lac ;
les pêcheurs en étaient descendus
et lavaient leurs filets.
Jésus monta dans une des barques qui appartenait à Simon,
et lui demanda de s’écarter un peu du rivage.
Puis il s’assit et, de la barque, il enseignait les foules.
Quand il eut fini de parler,
il dit à Simon :
” Avance au large,
et jetez vos filets pour la pêche. ”
Simon lui répondit :
” Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ;
mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. ”
Et l’ayant fait,
ils capturèrent une telle quantité de poissons
que leurs filets allaient se déchirer.
Ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque
de venir les aider.
Ceux-ci vinrent,
et ils remplirent les deux barques,
à tel point qu’elles enfonçaient.
à cette vue, Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus,
en disant :
” Éloigne-toi de moi, Seigneur,
car je suis un homme pécheur. ”
En effet, un grand effroi l’avait saisi,
lui et tous ceux qui étaient avec lui,
devant la quantité de poissons qu’ils avaient pêchés ;
et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée,
les associés de Simon.
Jésus dit à Simon :
” Sois sans crainte,
désormais ce sont des hommes que tu prendras. ”
Alors ils ramenèrent les barques au rivage
et, laissant tout, ils le suivirent.

“Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras“. | © Flickr/Edith OSB/CC BY-NC-ND 2.0
8 février 2019 | 17:15
par Jean-Michel Poffet
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