"On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé." (Photo: DR)
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"On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé." (Photo: DR)

Evangile de dimanche: indicible foi pascale


Dès les premiers mots de l’évangile de ce dimanche de Pâques, le lecteur qui se laisse toucher par les images évoquées est invité à entrer dans une expérience déroutante. Ce sont “encore les ténèbres” et une femme se dirige vers un “tombeau”. Mais cette démarche de deuil a lieu “le premier jour de la semaine”. Ce “premier jour” est plutôt, si l’on reste au plus près du texte original, le “jour UN de la semaine”. Non pas le premier d’une série, mais un jour unique entre tous. Du nouveau s’annonce, tel que seul le Seigneur peut le faire. Nouveau suggéré aussi par ce “grand matin”, une aube qui se lève. Il faut s’engager dans ce texte, à la suite de cette femme, Marie-Madeleine, comme sur un chemin, entre ombres et lumières, entre mort et vie.

Chemin qui la conduit au tombeau, dont elle repart en courant, auquel deux disciples reviennent en courant eux aussi. Ce tombeau est au cœur du récit. La pierre qui le fermait a été enlevée et le corps qui y reposait a disparu. Face à cet inattendu, les trois acteurs en présence réagissent chacun différemment.

Marie-Madeleine, voyant la pierre enlevée, ne prend pas la peine de vérifier quoi que ce soit. La douleur de la mort de son Seigneur s’amplifie à la supposition – non vérifiée – que le corps a été enlevé. Son imagination s’envole: “On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé.” Il faudra que ce Seigneur l’appelle par son nom, “Marie”, pour la faire sortir du scénario qu’elle a imaginé.

Face à cette imagination qui s’emballe, Simon-Pierre est décrit dans une posture d’observation méthodique. Le contenu du tombeau est détaillé avec une précision quasi judiciaire : “les linges posés à plat, le suaire non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place”. Pierre constate et rien n’est dit de ce qu’il en déduit.

“C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.” Jn 20, 8.

Quant à l’autre disciple, “celui que Jésus aimait”, en entrant dans le tombeau à la suite de Pierre, il entre dans une tout autre expérience: “il vit, et il crut”. Un “voir” sans objet, contrairement à celui de Pierre dont l’objet a été rapporté avec minutie. Que voit-il? Les mêmes objets que Pierre. Mais des objets qui deviennent signes à déchiffrer, des objets qui ont quelque chose à dire. Tout comme l’Ecriture. De la rencontre entre ce que laissent entendre ces objets et ce qu’annonce l’Ecriture jaillit, fulgurante, l’expérience: “il crut”. Voici à nouveau un verbe sans complément. Expliciter le contenu de ce “croire” atténuerait la puissance et l’inouï de l’expérience faite par le disciple. Celle-ci est indicible, elle fait voler en éclats les concepts et les mots.

“Il vit et il crut”, puisse la sobriété de ces mots nous faire entrevoir, plus que concepts et discours, quelque chose de l’inexprimable mystère et nous faire exulter de joie pascale.

Jeanne-Marie d’Ambly | 14 avril 2017

 


Jean 20, 1-9

 01 Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.

02 Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. »

03 Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau.

04 Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.

05 En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas.

06 Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat,

07 ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place.

08 C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.

09 Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

Jeanne-Marie d'Ambly

Jeanne-Marie d’Ambly est née en 1953. Lorsqu’elle commence ses études de sciences à la faculté de Caen, mai 68 n’est pas loin. Les liens tissés avec quelques amis soixante-huitards stimule chez elle le désir de rendre compte de sa foi. Elle le réalise en rejoignant la Maison de Prière de Troussures, fondée par le Père Henri Caffarel, Pendant vingt ans, elle y participe à l’animation de Semaines de Prière.

En 1997, elle rejoint la communauté des Sœurs de Saint Maurice.

Envoyée à Lyon faire une licence de théologie elle goûte la joie d’explorer de nouveaux chemins, en particulier dans la lecture de l’Ecriture. Partager cette joie et arpenter ces chemins avec d’autres lui tient à cœur. Ce désir l’a amenée à rejoindre l’équipe de l’ABC et à participer à la rubrique l’évangile de dimanche.

Sr Jeanne-Marie vit à Lausanne dans une communauté en charge d’un foyer d’étudiantes. Engagée au Centre Romand des Vocations, elle est aussi associée aux activités de PASAJ, la pastorale jeunesse du canton de Vaud, et participe à diverses animations à La Pelouse sur Bex.

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