Jésus trahi et livré par Judas. Sanctuaire d'Atotonilco, Mexique (Photo: Flickr/vaticanus/CC BY 2.0)
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Jésus trahi et livré par Judas. Sanctuaire d'Atotonilco, Mexique (Photo: Flickr/vaticanus/CC BY 2.0)

Evangile de dimanche: un Jésus livré et libre


Jésus l’annonce à ses disciples: il lui faut partir à Jérusalem, souffrir beaucoup, être tué et ressuscité. Etrange “il faut”! Il introduit quatre verbes. Le premier, partir à Jérusalem, dit une action dont Jésus a l’initiative. Une décision qu’il prend. Même si le “il faut” laisse entendre que ce départ obéit à une mystérieuse nécessité, c’est un acte libre.

Les verbes suivants n’expriment plus une initiative de Jésus, mais des actions qu’il subit: “souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes et être tué”. Quant au dernier verbe “ressusciter”, sa forme active en français cache un verbe grec à la forme passive, “être réveillé”. Jésus ne se ressuscite pas lui-même, il est “réveillé”, ressuscité par le Père. “Souffrir beaucoup, être tué, être réveillé”, un processus dont Jésus n’a pas la maîtrise mais dans lequel il entre librement en montant résolument à Jérusalem (Luc 9, 51).

En adhérant à ce “il faut” il fait de ce qui lui est infligé, souffrance et mort, un acte libre, un don de lui-même. “Ma vie nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne”, dit-il dans l’évangile de Jean (10, 18). Cette magnifique liberté transforme en offrande ce qui ne serait qu’un meurtre. Nous le proclamons en quelques mots, aussi denses que brefs, qui introduisent une des prières eucharistiques: “Au moment d’être livré et d’entrer librement dans sa passion…” Il est livré et pourtant extraordinairement libre!

Il est livré et pourtant extraordinairement libre!

Pierre ne peut admettre que celui qu’il vient de reconnaître comme “le Christ, le Fils du Dieu vivant” soit traité comme un “agneau conduit à la boucherie” (Isaïe 53). C’est contraire à tout ce qu’il imagine du Messie attendu. La réaction de Jésus est vive. Dans les paroles de Pierre, il a reconnu l’Adversaire. Celui qui, au désert, a tenté de le détourner de sa mission en lui suggérant de la réaliser à coup de manifestations de puissance (changer les pierres en pain, se jeter du pinacle du Temple). C’est lui qui, à nouveau, se dresse sur sa route. Sur le chemin vers Jérusalem il est un obstacle, il faut qu’il passe derrière. Pire qu’un obstacle, une occasion de chute.

Ces mots prononcés par Jésus sont à prendre dans toute la force de ce qu’ils évoquent. Si Jésus parle de chute possible, c’est qu’il a véritablement été tenté – “éprouvé en tout, d’une manière semblable à nous, excepté le péché” (Hébreux 4, 15). Sa décision de monter résolument à Jérusalem où il sera livré et tué est le fruit d’un combat. Mener sa vie et sa mission selon les pensées des hommes ou selon les pensées de Dieu. Les pensées des hommes, rêves de puissance et d’actions glorieuses et efficaces – au service, bien sûr, de la construction du Royaume de Dieu. Les pensées de Dieu, folie et scandale aux yeux des hommes. Son Serviteur, l’Elu de son amour, celui par qui advient son Royaume, est un Messie crucifié, “objet de mépris et rebut de l’humanité” (Isaïe 53).

En consentant à ce chemin de souffrances et de mort, ce sont nos souffrances et notre mort qu’il a prises sur lui. Lorsqu’au matin de Pâques il “est réveillé” par le Père, sa victoire est aussi la nôtre. Ayant accepté de perdre sa vie, il l’a trouvée pour lui et pour les multitudes. En lui, elle devient source jaillissante, afin que nous la recevions en abondance.

“Alors” Jésus, ayant “montré à ses disciples” quel est son propre chemin, peut appeler à le suivre et à “perdre sa vie à cause de lui”.

Jeanne-Marie d’Ambly | 1er septembre 2017


Matthieu 16, 21-27

En ce temps-là,
Jésus commença à montrer à ses disciples
qu’il lui fallait partir pour Jérusalem,
souffrir beaucoup de la part des anciens,
des grands prêtres et des scribes,
être tué, et le troisième jour ressusciter.
Pierre, le prenant à part,
se mit à lui faire de vifs reproches :
« Dieu t’en garde, Seigneur !
cela ne t’arrivera pas. »
Mais lui, se retournant, dit à Pierre :
« Passe derrière moi, Satan !
Tu es pour moi une occasion de chute :
tes pensées ne sont pas celles de Dieu,
mais celles des hommes. »

Alors Jésus dit à ses disciples :
« Si quelqu’un veut marcher à ma suite,
qu’il renonce à lui-même,
qu’il prenne sa croix
et qu’il me suive.
Car celui qui veut sauver sa vie
la perdra,
mais qui perd sa vie à cause de moi
la gardera.
Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il
à gagner le monde entier,
si c’est au prix de sa vie ?
Et que pourra-t-il donner en échange de sa vie ?
Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges
dans la gloire de son Père ;
alors il rendra à chacun selon sa conduite. »

Jeanne-Marie d'Ambly

Jeanne-Marie d’Ambly est née en 1953. Lorsqu’elle commence ses études de sciences à la faculté de Caen, mai 68 n’est pas loin. Les liens tissés avec quelques amis soixante-huitards stimule chez elle le désir de rendre compte de sa foi. Elle le réalise en rejoignant la Maison de Prière de Troussures, fondée par le Père Henri Caffarel, Pendant vingt ans, elle y participe à l’animation de Semaines de Prière.

En 1997, elle rejoint la communauté des Sœurs de Saint Maurice.

Envoyée à Lyon faire une licence de théologie elle goûte la joie d’explorer de nouveaux chemins, en particulier dans la lecture de l’Ecriture. Partager cette joie et arpenter ces chemins avec d’autres lui tient à cœur. Ce désir l’a amenée à rejoindre l’équipe de l’ABC et à participer à la rubrique l’évangile de dimanche.

Sr Jeanne-Marie vit à Lausanne dans une communauté en charge d’un foyer d’étudiantes. Se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu pour y "apprendre à connaître le cœur de Dieu" (St Grégoire le Grand) et, "en déchiffrant le livre biblique, y déchiffrer nos vies" (Paul Beauchamp), une joie toujours renouvelée qu’elle souhaite partager.

Engagée au Centre Romand des Vocations, elle est aussi associée aux activités de PASAJ, la pastorale jeunesse du canton de Vaud, et participe à diverses animations à La Pelouse sur Bex.

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