Jean-Michel Poffet

Evangile de dimanche: la pire des tentations, c’est de n’en point avoir

J’emprunte ces mots au curé d’Ars qui s’y connaissait en termes de lutte contre le démon. Quel que soit le nom qu’on lui donne: diable, tentateur ou démon, celui-ci se démenait d’autant plus fort que les pénitents venaient à Jean-Marie Vianney pour se faire consoler et réconcilier.

Le curé d’Ars avait même repéré que lorsque les attaques du démon se faisaient plus fortes, notamment durant la nuit, ça annonçait pour le lendemain la venue d’un gros poisson! Sa vie de prière et d’ascèse fut un incessant et courageux combat contre celui qu’il appelait «le Grappin» et auquel il arrachait littéralement la vie des pécheurs. Question: le combat spirituel n’est-il qu’un étrange épisode dans la vie du curé malingre d’un petit village de l’Ain en France voisine, au XIXe siècle? Qu’en est-il pour nous?

L’évangile de ce dimanche devrait nous interroger: Jésus lui-même fut conduit par l’Esprit au désert et tenté par le diable. L’Esprit Saint et le diable! Quel étrange attelage! Peut-on encore parler du démon? Existe-t-il vraiment? «Croyez-vous au diable?» me demande-t-on parfois… Invariablement, je réponds que je crois en Dieu. Mais le démon n’est jamais aussi heureux que lorsqu’il parvient à se faire oublier tout en ayant le champ libre pour ses turpitudes qui deviennent les nôtres.

«Parler de tentation, c’est parler de combat»

Les évangiles synoptiques nous montrent en effet Jésus aux prises avec le tentateur dès le début de son ministère. A peine est-il proclamé, au baptême, comme le Fils bien-aimé du Père, qu’aussitôt commence le combat spirituel. Et S. Jean déroule son évangile sur l’arrière-fond de ce même combat entre lumière et ténèbres, vérité et mensonge.

Plus la lumière divine est forte, plus les ténèbres se déchaînent. Parler de tentation, c’est parler de combat. Contrairement à ce que pense le commun des mortels, la tentation n’est pas le fait d’âmes faibles. Écoutons encore le curé d’Ars: «Le démon laisse tranquille les mauvais chrétiens; personne ne se préoccupe d’eux, mais contre ceux qui font le bien il suscite mille calomnies, mille offenses.»  «Le démon ne tente que les âmes qui veulent sortir du péché et celles qui sont en état de grâce. Les autres sont à lui, il n’a pas besoin de les tenter».

Entrer en carême, c’est donc accepter d’engager le combat spirituel au désert où le Christ nous attend. C’est une noble affaire, pour âmes d’élite! «Un chrétien doit toujours être prêt au combat», écrivait encore le curé d’Ars. Ce sont nos combats qui nous obtiendront le ciel. Tous les soldats sont bons en garnison. C’est sur le champ de bataille que l’on fait la différence entre les courageux et les lâches. La pire des tentations, c’est de n’en point avoir.»

Jean-Michel Poffet | Vendredi 5 mars 2019


Lc 4, 1-13

En ce temps-là,
après son baptême,
Jésus, rempli d’Esprit Saint,
quitta les bords du Jourdain ;
dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert
où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable.
Il ne mangea rien durant ces jours-là,
et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.
Le diable lui dit alors :
« Si tu es Fils de Dieu,
ordonne à cette pierre de devenir du pain. »
Jésus répondit :
« Il est écrit :
L’homme ne vit pas seulement de pain. »

Alors le diable l’emmena plus haut
et lui montra en un instant tous les royaumes de la terre.
Il lui dit :
« Je te donnerai tout ce pouvoir
et la gloire de ces royaumes,
car cela m’a été remis et je le donne à qui je veux.
Toi donc, si tu te prosternes devant moi,
tu auras tout cela. »
Jésus lui répondit :
« Il est écrit :
C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras,
à lui seul tu rendras un culte.
 »

Puis le diable le conduisit à Jérusalem,
il le plaça au sommet du Temple
et lui dit :
« Si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas ;
car il est écrit :
Il donnera pour toi, à ses anges,
l’ordre de te garder
 ;
et encore :
Ils te porteront sur leurs mains,
de peur que ton pied ne heurte une pierre.
 »
Jésus lui fit cette réponse :
« Il est dit :
Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations,
le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.

Jésus au désert, détail. Duccio di Buoninsegna vers 1310. | Domaine public.
8 mars 2019 | 17:25
par Jean-Michel Poffet
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