Saint Jean le Baptiste (Kappel am Albis, Klosterkirche, 1305-1340)
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Saint Jean le Baptiste (Kappel am Albis, Klosterkirche, 1305-1340)

Evangile de dimanche: l'Agneau de Dieu


L’évangile de ce jour nous rapporte la première apparition de Jésus dans le quatrième évangile. Il s’agit en fait d’une longue déclaration de Jean (Baptiste) qui prend l’allure d’un témoignage. Le langage est surprenant et la scène assez éloignée des récits des évangiles synoptiques, en particulier du récit du baptême de Jésus.

V.29 C’est Jésus qui prend l’initiative de venir vers Jean, lequel a déjà laissé entendre la veille que lui-même n’était pas le Messie (20), mais seulement la voix qui crie dans le désert pour préparer sa venue (23).

Jean porte sur Jésus un regard prophétique, déclarant qu’il est l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.

A plus d’une reprise dans les évangiles Jésus est dit berger, mais jamais agneau (sauf ici et en 1,36; dans l’Ap il s’agit d’un autre terme). Dès lors comment comprendre cette métaphore?

L’Ancien Testament parle à plusieurs reprises d’agneau (avec le même terme en Is 53,7), mais jamais une personne précise n’est nommée ainsi.

Ici cette métaphore désigne Jésus lui-même comme l’Agneau venant de Dieu dont la fonction consiste à enlever le péché, c’est-à-dire à supprimer ce qui porte atteinte à la vie d’alliance entre Dieu et les hommes. Il ne s’agit pas d’éliminer tel péché particulier, mais bien le péché du monde, à savoir de l’humanité entière.

Pour le quatrième évangile Jésus est lui-même, en sa passion et sa mort, l’Agneau pascal offert en sacrifice (cf. 19,31-36), ce qui nous oriente dès ici vers cette dimension.

Vv. 30-31 La suite de la déclaration n’est pas moins étrange. Désormais, dit Jean, vient un homme (c’est le temps de l’Incarnation) qu’il ne connaissait pas, qui “était avant lui”. Jean dit donc de Jésus ce que le prologue (1,15) disait déjà.

Vv.32-33 La déclaration se poursuit, mais elle gagne encore en importance puisqu’elle prend l’allure d’un témoignage: Jean a vu l’Esprit descendant comme une colombe venant du ciel (notons que le 4ème évangile ne rapporte pas le baptême du Christ, mais mentionne un élément de la théophanie qui le suit, à savoir le don de l’Esprit à Jésus). Il ajoute (mention propre au quatrième évangile) que l’Esprit demeura, comprenons de manière stable et durable, sur Jésus.

C’est là le signe promis à Jean par Dieu pour lui permettre d’identifier ce personnage inconnu, non par son nom d’abord, mais par l’originalité du baptême qu’il donnera: celui-là baptise dans l’Esprit Saint et non plus dans l’eau comme le fait Jean  (20), offrant à ceux qui le reçoivent une authentique immersion dans l’Esprit.

V.34 Le témoin – qui a vu – fournit enfin, de manière solennelle, l’identité de ce mystérieux personnage: il est le Fils de Dieu, un titre de Jésus qui apparaît pour la première fois dans cet évangile.

Une riche carte de visite

Rien d’anecdotique dans ce texte d’un abord rendu difficile par sa densité, mais une révélation capitale qui dit, grâce et par le témoignage de Jean, qui est Jésus (son nom d’homme):

– il est l’Agneau de Dieu qui vient libérer l’humanité de ses entraves, (comme nous le reconnaissons avant chaque communion),

– il est Celui sur qui demeure l’Esprit, qui en est tout animé, et qui offrira aux hommes ce même Esprit,

– il est le Fils du Père (ce qui sera aussi le dernier titre accordé à Jésus en 20,31).

Par nous-mêmes nous ne serions jamais arrivés à une perception aussi profonde du mystère du Christ, seule la Révélation nous y conduit.

Accueillir cette Révélation nous délivre peu à peu des fausses images du Christ, des lectures réductrices, pour nous conduire à Celui qui est pleinement homme et pleinement Dieu.

Murmurer, ruminer ces “titres” dans le secret de nos coeurs, aussi bien que les proclamer avec la communauté confessante, leur donnera peu à peu de la chair et de la saveur.

Marie-Christine Varone | 13.01.2017


Jn 1, 29-34
29 Le lendemain, voyant Jésus venir vers lui, Jean déclara : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ;
30 c’est de lui que j’ai dit : L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était.
31 Et moi, je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. »
32 Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui.
33 Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : “Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.”
34 Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »

Marie-Christine Varone

Marie-Christine Varone est née à Sion en 1946. Ses années de collège correspondent avec celles du Concile Vatican II et la découverte des grandes Constitutions, d'où, une envie de faire de la théologie, par intérêt personnel, mais, plus encore, pour aider les laïcs à acquérir une meilleure intelligence de la foi chrétienne.
Etudiante en théologie à Fribourg, c'est rapidement l'Ecriture sainte qui devient son centre d'intérêt premier et qui sera à la base de la formation d'adultes à laquelle elle se consacrera.
Elle mène de front l'enseignement biblique (dans le milieu très international de l'Ecole de la Foi fondée par J. Loew, à la faculté de théologie de Fribourg et à l'IFM, l'Institut de formation aux ministères) et la formation biblique d'adultes en Suisse romande (cours du soir, sessions, cours par correspondance, formation d'animateurs bibliques, etc.), en particulier comme co-fondatrice et animatrice responsable de l'Association Biblique Catholique (ABC).
Avec la rubrique "l'évangile de dimanche", M.-C. Varone souhaiterait amener les lecteurs à lire eux-mêmes (seul ou à plusieurs) l'évangie du dimanche, pour lui "donner réellement ses chances" autant par une écoute respectueuse du texte, que par un accueil existentiel.

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