Les foules qui venaient se faire baptiser par Jean
lui demandaient: “Que devons-nous faire?“ | © Evangile et peinture
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Les foules qui venaient se faire baptiser par Jean lui demandaient: “Que devons-nous faire?“ | © Evangile et peinture

Evangile de dimanche: le vin chaud du croyant…


L’invitation se fait de plus en plus pressante à rejoindre l’un des marchés de Noël qui désormais abondent en nos villes et sur nos places. Nous y trouverons vin chaud et thé à la cannelle, avec des produits artisanaux et quelques babioles, le tout agrémenté de mélodies de Noël. Pourquoi pas? Mais comment oublier qu’en même temps le monde est secoué par des crises d’une extrême gravité: crise écologique, crise sociale aussi où les uns comptent en millions pendant que beaucoup d’autres se demandent comment ils vont finir le mois; crise morale enfin, évidente et profonde. Pas sûr qu’on guérira un tel malaise avec du thé à la cannelle…

Dans ce contexte l’évangile de ce dimanche est particulièrement intéressant. Des foules se rendent au désert, attirées par Jean le Baptiste, un prédicateur exigeant dont ils pressentaient qu’il avait quelque chose à leur dire. C’est leur attitude que je voudrais souligner. Ils n’étaient pas en quête de cadeaux ou d’atmosphère romantique.

Eux aussi venaient d’un monde en crise. Ils étaient “en attente“, écrit S. Luc. En attente de quoi? Ou plutôt en attente de qui? puisqu’ils se demandaient si le Messie serait ce Baptiste vigoureux, ascétique et hors cadre. Mais le simple fait qu’ils s’interrogeaient sur Celui qui devait venir est important à noter. Ce faisant, ces croyants se rendaient disponibles à sa venue, ils avaient creusé en eux un espace pour l’accueillir, un peu comme un jeune couple prépare le berceau et la chambre de l’enfant qu’ils attendent.

“’Que devons-nous faire?’: voilà qui est aussi revigorant qu’un bon verre de vin chaud“.

Montait de leur cœur une simple question mais qui vaut de l’or: “que devons-nous faire?“. C’est vraiment la question qui sauve. Souvenons-nous des mots du Président Kennedy: “au lieu de vous demander ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous plutôt ce que vous pouvez faire pour votre pays…“

Tous posent la même question: “que devons-nous faire?“ mais la réponse est diversifiée en fonction de celui qui la pose. La foule indifférenciée – le tout un chacun – s’entend exhorter au partage avec le plus pauvre, partage du vêtement et du pain. Le publicain, lui, s’entend exhorter à éviter toute corruption dans l’exercice de sa charge, notamment dans la perception de l’impôt. Et enfin le soldat s’entend dire: évite toute violence. Se trouvent donc concernés: la population, l’administration et l’armée!

En un mot comme en cent: du partage, moins de corruption et pas de violence. Une attitude de conversion avec l’aide de Dieu. Cette démarche est lumineuse, elle n’est pas que décorative le temps de l’Avent. “Un peuple en attente“, “que devons-nous faire?“: voilà qui est aussi revigorant qu’un bon verre de vin chaud.

Jean-Michel Poffet | Vendredi 14 décembre 2018


Lc 3, 10-18

En ce temps-là,
les foules qui venaient se faire baptiser par Jean
lui demandaient :
« Que devons-nous faire ? »
Jean leur répondait :
« Celui qui a deux vêtements,
qu’il partage avec celui qui n’en a pas ;
et celui qui a de quoi manger,
qu’il fasse de même ! »
Des publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts)
vinrent aussi pour être baptisés ;
ils lui dirent :
« Maître, que devons-nous faire ? »
Il leur répondit :
« N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. »
Des soldats lui demandèrent à leur tour :
« Et nous, que devons-nous faire ? »
Il leur répondit :
« Ne faites violence à personne,
n’accusez personne à tort ;
et contentez-vous de votre solde. »
Or le peuple était en attente,
et tous se demandaient en eux-mêmes
si Jean n’était pas le Christ.
Jean s’adressa alors à tous :
« Moi, je vous baptise avec de l’eau ;
mais il vient, celui qui est plus fort que moi.
Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales.
Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu.
Il tient à la main la pelle à vanner
pour nettoyer son aire à battre le blé,
et il amassera le grain dans son grenier ;
quant à la paille,
il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »
Par beaucoup d’autres exhortations encore,
il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.

Jean-Michel Poffet

Originaire de Fribourg, Jean-Michel Poffet est dominicain. Pour lui, méditer les saintes Ecritures, “c’est plonger dans les profondeurs de l’humain, aussi avec ses peurs et ses lâchetés”. Exégète passionné, son intérêt pour la Bible est de toujours. Il a suivi un cursus d'étude à l'Institut biblique de Rome qu'il a complété par une thèse en histoire de l'exégète, après son ordination sacerdotale et quelques années de ministère pastoral à Genève. Le Frère Jean-Michel Poffet a été nommé directeur de l'Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem en 1999 et a passé dix ans à ce poste.

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