"Comme Jésus entrait à Jérusalem, toute la ville fut en proie à l’agitation, et disait : « Qui est cet homme ? » (Mt 21, 10).  Tableau en bois polychrome, détail, cathédrale Notre-Dame de Paris. (Photo: Flickr/Lawrence OP/<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/legalcode" target="_blank">CC BY-NC-ND 2.0</a>)
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"Comme Jésus entrait à Jérusalem, toute la ville fut en proie à l’agitation, et disait : « Qui est cet homme ? » (Mt 21, 10). Tableau en bois polychrome, détail, cathédrale Notre-Dame de Paris. (Photo: Flickr/Lawrence OP/CC BY-NC-ND 2.0)

Evangile de dimanche: l'entrée à Jérusalem


Jésus et les disciples (1-7)

C’est la première fois (en Mt) que Jésus vient à Jérusalem. A l’approche de la ville sainte (1), Jésus envoie deux disciples exécuter un ordre assez étrange: ramener une ânesse et son ânon (2) et répondre à celui qui s’y opposerait que leur Seigneur en a besoin… (3).

Aux versets 4-5 le récit s’interrompt pour proposer une citation du prophète Zacharie (9,9), à comprendre comme une parole de Dieu adressée à Jérusalem et assez étrangement placée. On s’attendrait à ce qu’elle vienne après l’entrée de Jésus à Jérusalem, fournissant le sens de cet étonnant cortège, or elle la précède: ce qu’avait dit le prophète s’accomplit pleinement en Jésus, c’est lui le roi, mais un roi qui n’a rien de guerrier puisqu’il est doux-humble et monté non pas sur une fière monture royale mais sur un ânon.

Puis le récit repart (6-7), soulignant l’obéissance des disciples qui ont exécuté l’ordre de Jésus, recouvert la monture de leurs vêtements et donc permis à Jésus de s’y asseoir.

L’acclamation des foules (8-9)

Pour dire l’enthousiasme et le côté festif, le texte emprunte beaucoup à l’Ancien Testament et aux coutumes juives.

On y retrouve les éléments des intronisations royales (2 R 9,12-13; 1 R 1,28-40), les branches d’arbres (importantes lors de la fête des Tentes : Lv 23,40) et surtout les termes de l’acclamation:

  1. Hosanna au fils de David
  2. béni soit celui qui vient au nom du Seigneur (Ps 118,26)

a’. Hosanna aux plus hauts des cieux.

L’acclamation des foules est clairement messianique puisqu’elle reconnaît en Jésus et le fils de David (2 S 7,14), un titre courant en Mt pour désigner le Messie (dès 1,1) et celui qui vient (11,3; 23,39) : également une désignation du Messie.

Le ciel et la terre le reconnaissent aussi comme tel.

Effets et question (10-11)

La réaction de Jérusalem s’avère bien différente de celle des foules, puisqu’elle tremble (à la manière d’un séisme, un signe que l’on retrouve en Mt pour parler de l’épreuve de la fin des temps (24,7), lors de la mort de Jésus (27,51) ou de la descente de l’ange de la résurrection : 28,4).

La question de la Ville sainte porte sur l’identité de Jésus : qui est “celui-ci” ?

On s’attendrait à ce que les foules répondent : c’est “le Messie-Seigneur, le Roi”, or elles le déclarent simplement comme le prophète de Nazareth en Galilée. Autrement dit: le porte-parole de Dieu, celui qui a été reconnu comme tel en Galilée et que Jérusalem ferait bien d’écouter à son tour…

Cette scène est capitale parce qu’elle révèle Jésus comme le Messie – Roi et Seigneur qui entre dans la Ville sainte, avec comme caractéristique la douceur- humilité (ce que Jésus disait de lui-même en 11,29).

Lorsque Mt nomme Jésus Roi, il s’agit toujours de situations de fragilité:

– le petit enfant (2,2) dans les bras de sa mère (menacé par Hérode: 2,13),

– le prisonnier lié livré à Pilate (27,11), puis affublé d’une couronne d’épines et ridiculisé par les soldats (27,29),

– le Crucifié dont l’écriteau donne le motif de sa mort (27,37).

Dès lors on saisit que si Jésus entrant dans la Ville sainte est vraiment le Messie attendu, sa royauté n’est que de non-prétention aussi bien devant Dieu que devant les hommes. Aucune revendication politique ou militaire ne l’anime. Malgré l’enthousiasme des foules (si versatiles) se profile déjà le thème de la passion ; son prochain geste consistera à rendre au Temple sa fonction de lieu de prière (21,12-13) et donc à déclencher contre lui l’opposition des grands-prêtres et des scribes qui aboutira à sa condamnation.

La révélation de sa royauté culminera en croix.

Marie-Christine Varone | 07.04.2017


Mt 21, 1-11

01 Jésus et ses disciples, approchant de Jérusalem, arrivèrent en vue de Bethphagé, sur les pentes du mont des Oliviers. Alors Jésus envoya deux disciples

02 en leur disant : « Allez au village qui est en face de vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et son petit avec elle. Détachez-les et amenez-les moi.

03 Et si l’on vous dit quelque chose, vous répondrez : “Le Seigneur en a besoin”. Et aussitôt on les laissera partir. »

04 Cela est arrivé pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète :

05 Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient vers toi, plein de douceur, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme.

06 Les disciples partirent et firent ce que Jésus leur avait ordonné.

07 Ils amenèrent l’ânesse et son petit, disposèrent sur eux leurs manteaux, et Jésus s’assit dessus.

08 Dans la foule, la plupart étendirent leurs manteaux sur le chemin ; d’autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route.

09 Les foules qui marchaient devant Jésus et celles qui suivaient criaient : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! »

10 Comme Jésus entrait à Jérusalem, toute la ville fut en proie à l’agitation, et disait : « Qui est cet homme ? »

11 Et les foules répondaient : « C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée. »

Marie-Christine Varone

Marie-Christine Varone est née à Sion en 1946. Ses années de collège correspondent avec celles du Concile Vatican II et la découverte des grandes Constitutions, d'où, une envie de faire de la théologie, par intérêt personnel, mais, plus encore, pour aider les laïcs à acquérir une meilleure intelligence de la foi chrétienne.
Etudiante en théologie à Fribourg, c'est rapidement l'Ecriture sainte qui devient son centre d'intérêt premier et qui sera à la base de la formation d'adultes à laquelle elle se consacrera.
Elle mène de front l'enseignement biblique (dans le milieu très international de l'Ecole de la Foi fondée par J. Loew, à la faculté de théologie de Fribourg et à l'IFM, l'Institut de formation aux ministères) et la formation biblique d'adultes en Suisse romande (cours du soir, sessions, cours par correspondance, formation d'animateurs bibliques, etc.), en particulier comme co-fondatrice et animatrice responsable de l'Association Biblique Catholique (ABC).
Avec la rubrique "l'évangile de dimanche", M.-C. Varone souhaiterait amener les lecteurs à lire eux-mêmes (seul ou à plusieurs) l'évangie du dimanche, pour lui "donner réellement ses chances" autant par une écoute respectueuse du texte, que par un accueil existentiel.

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