“Quiconque accueille en mon nom
un enfant comme celui-ci,
c’est moi qu’il accueille.“ | © Bernadette Lopez/Evangile et peinture.
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“Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille.“ | © Bernadette Lopez/Evangile et peinture.

Evangile de dimanche: nuls et penauds


Décidément, ils sont nuls ces disciples. Je ne veux pas relever seulement leur intelligence épaisse, peu au fait de la logique du Royaume. Après tout, ça ne fait que souligner la grandeur de l’Evangile et leur difficulté d’en mesurer la portée et de suivre ce Maître déroutant…  Jésus est encore en Galilée, il prêche la proximité du Règne de Dieu, un bonheur et une joie pour ceux qui l’accueillent. Pourtant déjà, il lève un coin du voile sur son avenir, sa montée à Jérusalem, son rejet et sa mort.

Oui l’Évangile des Béatitudes est accepté par les uns mais l’appel à la conversion va provoquer des oppositions chez beaucoup et même un rejet violent. Jésus en paiera le prix. Que les disciples ne comprennent pas immédiatement cette logique et prennent peur à l’idée d’être probablement pris eux aussi dans cette tourmente, ce n’est finalement pas si étonnant. Ne sont-ils pas proches de nous?

Mais il y a pire: non seulement ils peinent à comprendre Jésus, mais ils aggravent leur cas par un comportement qui est l’exact contraire de tout ce qu’il essaie de leur partager! En effet, derrière son dos, alors que Jésus vient de leur annoncer son humiliation jusqu’à la mort, ils discutaient entre eux. Quel était le sujet de ce colloque entre disciples, entre amis de Jésus? Je vous le donne en mille: savoir qui, parmi eux, était le plus grand! Cet échange n’avait donc rien de mystique. Cette page d’évangile est bouleversante, elle devrait nous secouer comme un électrochoc.

Quand le Fils de l’Homme s’abaisse, les disciples rêvent de grandeur humaine, de pouvoir, de gloire et de domination. Décidément les disciples sont nuls, et nous avec. Deux mondes se font face: celui de Dieu qui s’abaisse pour nous élever et, du côté des hommes, la course au pouvoir et aux honneurs: tout ce qui aujourd’hui encore gangrène le monde politique, économique, voire nos familles ou nos communautés. Oui l’Evangile nous montre des disciples nuls et tout penauds quand Jésus les interroge pour savoir de quoi ils discutaient en chemin. Cet Evangile est un miroir où se reflète nos travers.

“Décidément les disciples sont nuls, et nous avec.“

Jésus met alors un enfant au milieu du cercle des disciples. C’est un geste fort et prophétique. Attention, il ne s’agit pas de l’enfant unique de nos sociétés, enfant-roi adulé et parfois tyrannique mais de ces hordes de petits bonhommes qui sont le seul trésor des pays pauvres. Il y en a partout, mais ils ne comptent pas. “Sans compter les femmes et les enfants“ dit souvent la Bible… Eh bien c’est précisément un de ces petits qui nous est donné à contempler, à accueillir, à aimer. Parce qu’un enfant est faible, démuni et attend tout de son entourage: l’accueillir lui, c’est accueillir Dieu et s’ouvrir au Royaume. Nous rêvons de grandeur et Jésus nous invite à accueillir le Royaume comme un enfant, surtout si on est adulte, très adulte…

Jean-Michel Poffet |  Vendredi 21 septembre 2018


Mc 9,30-37

En ce temps-là,
Jésus traversait la Galilée avec ses disciples,
et il ne voulait pas qu’on le sache,
car il enseignait ses disciples en leur disant :
« Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ;
ils le tueront
et, trois jours après sa mort, il ressuscitera. »
Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles
et ils avaient peur de l’interroger.
Ils arrivèrent à Capharnaüm,
et, une fois à la maison, Jésus leur demanda :
« De quoi discutiez-vous en chemin ? »
Ils se taisaient,
car, en chemin, ils avaient discuté entre eux
pour savoir qui était le plus grand.
S’étant assis, Jésus appela les Douze et leur dit :
« Si quelqu’un veut être le premier,
qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »
Prenant alors un enfant,
il le plaça au milieu d’eux,
l’embrassa, et leur dit :
« Quiconque accueille en mon nom
un enfant comme celui-ci,
c’est moi qu’il accueille.
Et celui qui m’accueille,
ce n’est pas moi qu’il accueille,
mais Celui qui m’a envoyé. »

Jean-Michel Poffet

Originaire de Fribourg, Jean-Michel Poffet est dominicain. Pour lui, méditer les saintes Ecritures, “c’est plonger dans les profondeurs de l’humain, aussi avec ses peurs et ses lâchetés”. Exégète passionné, son intérêt pour la Bible est de toujours. Il a suivi un cursus d'étude à l'Institut biblique de Rome qu'il a complété par une thèse en histoire de l'exégète, après son ordination sacerdotale et quelques années de ministère pastoral à Genève. Le Frère Jean-Michel Poffet a été nommé directeur de l'Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem en 1999 et a passé dix ans à ce poste.

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