La visitation de Camillo Procaccini, 1602 | Blanton Museum of Art - Austin
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La visitation de Camillo Procaccini, 1602 | Blanton Museum of Art - Austin

Evangile de dimanche: On ne nous dit pas tout


Le texte de la Visitation, que nous lisons en ce quatrième dimanche de l’Avent, nous le connaissons bien; il est au cœur des mystères joyeux du rosaire; il a inspiré de nombreuses œuvres d’art. Marie, qui porte déjà le Christ en son sein, va visiter sa cousine Élisabeth, elle-même enceinte de Jean le Baptiste.

Mais, deux choses essentielles ne sont pas dites explicitement dans ce texte et peuvent, par leur absence singulière, attirer notre attention alors que nous nous apprêtons à célébrer Noël.

Recevoir le Christ, ce n’est jamais rester statique

On ne sait tout d’abord pas précisément où Marie se rend. Même si on situe parfois la Visitation dans le village de Ein Kerem, Saint Luc ne mentionne pas de nom de lieu. De cette manière, notre regard se porte exclusivement sur l’attitude de Marie qui «se met en route (…) avec empressement» (Lc 1,39). Dès qu’elle a reçu le Christ, Marie ne reste pas enfermée à Nazareth, mais elle se lance résolument sur le chemin.

Recevoir le Christ, ce n’est jamais rester statique; c’est être habité par la certitude qu’on le découvrira d’autant mieux que l’on sort de soi-même pour le porter aux autres. La mission reçue de Dieu ne peut attendre et exige de l’empressement.

Mais il y a autre chose qu’on ne nous dit pas. On ne sait pas quelle salutation Marie a prononcé. On aurait aimé connaître cette expression qui a tant frappé sa cousine Élisabeth; pourtant Saint Luc ne nous rapporte pas ces mots. Là encore, il nous invite à nous focaliser ainsi sur l’essentiel: ce qui compte n’est pas la salutation, peut-être très banale, prononcée par Marie. Ce qui compte c’est ce qu’elle provoque. Cette salutation signifie que Dieu en personne vient visiter, par Marie, cette maison. En ce lieu, marqué par le silence de l’incrédulité de Zacharie, Dieu fait retentir, par Marie, une parole de salutation. Bien plus, Il vient mettre sa Parole.

Isaac de l’Etoile, un moine cistercien du XIIème siècle, affirme que «ce qui est dit de la vierge mère qu’est Marie, en particulier, se comprend en général de la vierge mère qu’est l’Église». Cherchons donc à ce que l’Église, par notre comportement, imite Marie. Faisons en sorte que l’Église ne cherche pas à faire grandir Jésus en se repliant sur elle-même, mais se laisse saisir par l’empressement de la mission. Faisons en sorte que l’Église rende la parole, porte la Parole à tous ceux qui se croient condamnés au silence.

Dieu se dit en venant briser tout ce qui est enfermement, en faisant sortir du mutisme tout ce qui n’ose accéder à la parole en nous. Si Dieu ne nous dit pas toujours tout ce qui pourrait combler notre curiosité sur Lui, Il nous dit l’essentiel en venant nous visiter. C’est cela la joie que nous nous préparons à célébrer. C’est cela le sens profond du «joyeux Noël» que nous allons bientôt échanger.

Jacques-Benoît Rauscher | 21.12.2018


Lc 1, 39-45: 

En ces jours-là,
Marie se mit en route et se rendit avec empressement
vers la région montagneuse, dans une ville de Judée.
Elle entra dans la maison de Zacharie
et salua Élisabeth.
Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie,
l’enfant tressaillit en elle.
Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint,
et s’écria d’une voix forte :
« Tu es bénie entre toutes les femmes,
et le fruit de tes entrailles est béni.
D’où m’est-il donné
que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?
Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles,
l’enfant a tressailli d’allégresse en moi.
Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles
qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

Jacques-Benoît Rauscher

Fr. Jacques-Benoît Rauscher est dominicain. D'origine française, il vit au couvent Saint-Hyacinthe de Fribourg.

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