Mais il leur dit: "Donnez-leur vous-mêmes à manger." Ils répondirent: "Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons…" (Photo: Flickr/Lawrence OP/<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/legalcode" target="_blank">CC BY-NC-ND 2.0</a>)
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Mais il leur dit: "Donnez-leur vous-mêmes à manger." Ils répondirent: "Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons…" (Photo: Flickr/Lawrence OP/CC BY-NC-ND 2.0)

Evangile de dimanche: Du pain à partager


Luc 9, 11b-17

Cette page d’évangile –  et son commentaire – pourraient survenir comme la pluie après la moisson. Le texte prévu pour ce dimanche est aussi celui de la Fête-Dieu. Il se fait donc que Fribourgeois et Valaisans, pour ne faire référence qu’à ces chrétiens-là, l’ont déjà entendu avant de processionner jeudi dernier. Mais autre chose défiler pour honorer le pain que Dieu nous donne, autre chose s’asseoir à une table pour en manger. C’est à ce second exercice que nous sommes invités ce dimanche.

En fait, en lisant attentivement notre texte, deux catégorie de personnes sont concernées et même interpellées: la foule qui, le soir venu, a faim et les disciples de Jésus qui devraient en prendre soin. En particulier, lui procurer le vivre et le couvert. Ce récit met donc nos apôtres à l’épreuve de leur devoir. L’intendance devrait être leur affaire. Or nous constatons qu’ils n’en sont pas capables. Ils avouent leur échec. Pitoyablement.

Suivons-les sur cette pente de démission. La première idée qui semble les séduire est de renvoyer ces affamés là d’où ils n’auraient pas dû venir. Façon de régler le problème de ces va-nu-pieds en fermant les frontières. La barque est pleine, que voulez-vous? Le ravitaillement fait défaut. A peine suffisant pour nourrir le capitaine et son équipage.

Ne me demandez pas quelle magie a présidé à ce prodige. J’opte pour la foi et la générosité – déraisonnable – des disciples de Jésus.

Mais Jésus renchérit. Donnez-leur vous-mêmes à manger. Et maintenant, s’il vous plait! Ne les renvoyez pas chez eux et ne vous lancez pas dans de longues et onéreuses opérations d’achat et de transport de nourriture. Ces malheureux risqueraient de mourir avant que ne pointent les premiers camions de la Croix-Rouge ou ceux de la Chaîne du Bonheur. Autrement dit, n’attendez pas plus longtemps. Il y a urgence. Mais qu’allons-nous faire? Commencez par partager la réserve de pains et de poissons que vous gardez précieusement pour votre en-cas.

Sans plus réfléchir, confiants en la parole du Maître, les disciples se mettent au travail. Et, cette fois-ci, avec compétence. Comme de bons agents secouristes, ils répartissent la foule par paquets de cinquante. La distribution sera donc “propre en ordre”, sans gâchis ni bousculade, comme on a coutume de le faire dans ce pays. O miracle! Tout le monde finit par manger à sa faim. Et même davantage qu’à sa faim, puisqu’à pleins paniers on ramasse les reliefs du festin.

Ne me demandez pas quelle magie a présidé à ce prodige. J’opte pour la foi et la générosité – déraisonnable – des disciples de Jésus. Il fallait qu’ils y croient pour se lancer dans cette périlleuse et imprudente aventure. Et, bien sûr, comme toujours, le bon Dieu a fait le reste.

Et nous autres? Vous m’avez bien compris. Cinq mille hommes, femmes et enfants, c’est quasiment le nombre des rescapés de la mer qui échouent chaque semaine sur une plage européenne. J’arrête ici mon commentaire. A votre bon coeur de le poursuivre ou d’y mettre fin.

Guy Musy | 27.05.2016


Luc 9, 11b-17

Jésus parlait du règne de Dieu à la foule, et il guérissait ceux qui en avaient besoin.

Le jour commençait à baisser. Les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent: “Renvoie cette foule, ils pourront aller dans les villages et les fermes des environs pour y loger et trouver de quoi manger: ici nous sommes dans un endroit désert.” Mais il leur dit: “Donnez-leur vous-mêmes à manger.” Ils répondirent: “Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons… à moins d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce monde.” Il y avait bien cinq mille hommes.

Jésus dit à ses disciples: “Faites-les asseoir par groupes de cinquante.” Ils obéirent et firent asseoir tout le monde. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il les bénit, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils distribuent à tout le monde. Tous mangèrent à leur faim, et l’on ramassa les morceaux qui restaient: cela remplit douze paniers.

Guy Musy

Le Frère Guy Musy est né en 1936 à dans le canton de Fribourg. Entré dans l'ordre des Frères Prêcheurs en 1956, il accomplit ses études de théologie en Belgique puis en Suisse. Ordonné prêtre en 1962, il poursuit ses études à la Faculté évangélique de l’Université d’Heidelberg, avant d’être rappelé en Suisse pour prendre en charge l’aumônerie catholique de l’Université de Lausanne.

En 1970, il répond à un appel de ses supérieurs qui l’envoient au Rwanda. Il y demeurera quelques vingt ans durant lesquels ils assumera différents ministères: aumônier à l'Université nationale de Butare, puis en milieu populaire à Kigali, mais aussi responsable de la Caritas de la capitale du Rwanda.

De retour à Genève en 1989, entre autres activités, il enseigne à l’Atelier Œcuménique de Théologie et à l’Ecole de la Foi de Fribourg. Passionné d’écriture – il a déjà publié quatre volumes de ses «mémoires» – il collabore notamment, depuis plus de vingt ans, au périodique romand «L’Echo-Magazine». Enfin, il continue d’assumer depuis plusieurs années la charge de rédacteur responsable de la revue dominicaine «Sources».

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