La parabole du riche et de Lazare dénonce un autre danger que connaît le riche: ne pas voir le pauvre à sa porte... (Illustration: Patrick Scherrer)
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La parabole du riche et de Lazare dénonce un autre danger que connaît le riche: ne pas voir le pauvre à sa porte... (Illustration: Patrick Scherrer)

Evangile de dimanche: la parabole du riche et de Lazare


Présentation des 2 personnages (19-21)

Pour évoquer la richesse du premier personnage Lc mentionne le luxe  de son habillement et la somptuosité de sa table quotidienne (19).

En contraste un pauvre, Lazare, couvert d’ulcères léchés par les chiens, se voit jeté devant le porche du riche, affamé au point de désirer ce qui tombe de sa table (20-21). Enfermé dans son monde de plaisirs le riche ignore la présence du pauvre et sa détresse.

Mort des 2 personnages (22) et statut dans l’au-delà (23)

Les 2 personnages connaissent le même sort: la mort.

Le pauvre est emporté par les anges dans le sein d’Abraham (l’espace réservé aux justes) qui l’accueille, alors que le riche gagne le séjour des morts, l’Hadès, présenté comme un lieu de tourments, d’où il voit le bonheur de Lazare.

Il y a donc renversement total. Le riche au statut terrestre privilégié se retrouve dans une situation dramatique, alors que le pauvre, Lazare, connaît la béatitude.

Premier dialogue entre le riche et Abraham (24-26)

Celui qui n’avait fait preuve d’aucune pitié durant sa vie invoque maintenant celle d’Abraham (24), proposant que Lazare soit envoyé pour le soulager de sa soif torturante.

Le riche demeure celui qui croit que les autres sont à son service. Il attend de l’aide de celui qu’il n’a même pas remarqué durant sa vie…

Abraham ne cède pas à cette supplication, renvoyant le riche à un travail de mémoire: “tu as reçu tes biens dans ta vie et Lazare pareillement des maux”.

Désormais l’inversion des statuts (déjà évoquée dans le Magnificat: 1,52-53) n’est que justice: consolation pour Lazare, torture pour le riche (25).

A cela s’ajoute le fait que le fossé entre ces deux univers est infranchissable (26).

Second dialogue entre le riche et Abraham (27-31)

Nouvelle requête du riche qui se soucie maintenant du sort des siens (cinq frères) à qui il voudrait éviter le tourment qu’il connaît (27-28) grâce à un message de Lazare!

Refus d’Abraham qui estime que les frères ont la lumière de Moïse et des prophètes (29) et qu’il suffit de les écouter pour trouver le chemin de la vie.

Insistance du riche qui pense qu’un message délivré par un mort a plus de chance de susciter la conversion que la révélation (30), ce que conteste Abraham (31).

Danger des richesses

Si la parabole du riche insensé (Lc 12,16-20) mettait en garde contre la tentation de se suffire à soi-même et de se croire paré pour l’avenir grâce aux biens amassés et donc d’en oublier Dieu comme source, celle du riche et de Lazare dénonce un autre danger que connaît le riche: ne pas voir le pauvre à sa porte…

Ces deux paraboles, propres à l’évangile selon S. Luc, constituent comme un commentaire de l’exclamation que Jésus prononce, en contraste avec la béatitude des pauvres: “hélas pour vous les riches! vous avez votre consolation” (6,24).

Béatitude ou tourments?

La parabole évoque avec le langage et les images de l’époque l’importance de nos options. S’il ne s’agit pas de matérialiser les images (tourment, flamme, abîme), il convient néanmoins de réaliser que nos réponses ou non-réponses engagent notre avenir.

La lumière décisive

Comme le riche de la parabole, nous sommes tentés d’accorder plus de poids à des messages “en direct”, à des faits extraordinaires ou à de pseudo-révélations (cf. v.31) qu’à l’Ecriture pour éclairer nos vies.

Or Abraham nous dit – et Jésus le redira avec plus de force encore -: vous avez la Révélation et tout spécialement l’Evangile comme lumière pour vos pas, n’allez donc pas chercher ailleurs, n’attendez pas de faits ou de paroles extraordinaires!

Marie-Christine Varonne | le 23.09.2016


Luc 16, 19-31

19 « Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux.
20 Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare, qui était couvert d’ulcères.
21 Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères.
22 Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra.
23 Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; levant les yeux, il vit Abraham de loin et Lazare tout près de lui.
24 Alors il cria : “Père Abraham, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise.
25 – Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur pendant la sienne. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance.
26 Et en plus de tout cela, un grand abîme a été établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient passer vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous.”
27 Le riche répliqua : “Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père.
28 En effet, j’ai cinq frères : qu’il leur porte son témoignage, de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de torture !”
29 Abraham lui dit : “Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent !
30 – Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront.”
31 Abraham répondit : “S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus.” »

Marie-Christine Varone

Marie-Christine Varone est née à Sion en 1946. Ses années de collège correspondent avec celles du Concile Vatican II et la découverte des grandes Constitutions, d'où, une envie de faire de la théologie, par intérêt personnel, mais, plus encore, pour aider les laïcs à acquérir une meilleure intelligence de la foi chrétienne.
Etudiante en théologie à Fribourg, c'est rapidement l'Ecriture sainte qui devient son centre d'intérêt premier et qui sera à la base de la formation d'adultes à laquelle elle se consacrera.
Elle mène de front l'enseignement biblique (dans le milieu très international de l'Ecole de la Foi fondée par J. Loew, à la faculté de théologie de Fribourg et à l'IFM, l'Institut de formation aux ministères) et la formation biblique d'adultes en Suisse romande (cours du soir, sessions, cours par correspondance, formation d'animateurs bibliques, etc.), en particulier comme co-fondatrice et animatrice responsable de l'Association Biblique Catholique (ABC).
Avec la rubrique "l'évangile de dimanche", M.-C. Varone souhaiterait amener les lecteurs à lire eux-mêmes (seul ou à plusieurs) l'évangie du dimanche, pour lui "donner réellement ses chances" autant par une écoute respectueuse du texte, que par un accueil existentiel.

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