Jacques-Benoît Rauscher

Evangile de dimanche: Pas très clair…

«Notre monde a besoin de repères clairs!». On entend souvent ce discours dans de nombreux milieux, spécialement dans certains cercles catholiques. Souvent, c’est bien vrai. Cependant, si on suit aveuglément cette perspective, on peut être un peu surpris par l’enseignement du Christ dans l’Evangile de ce dimanche. En effet, Jésus semble assimiler le meurtre et la colère ou encore l’adultère et la convoitise.

Or, de tels propos ne sont-ils pas sources de confusion? Qui pourrait affirmer qu’un mouvement d’humeur serait comparable à un homicide ou qu’une pensée mal maîtrisée serait semblable à une grave inconduite sexuelle impliquant un tiers? Que veut dire le Christ dans ce discours assez surprenant?

Tout d’abord, l’intention de ce discours est bien de nous rappeler que nous sommes tous pécheurs. Un prêtre confessant à la fois des religieuses cloîtrées et des détenus avait un jour partagé cette remarque: «au monastère comme à la prison, la nature humaine est la même. La seule différence est que, dans un cas, le mal tourne dans la tête; dans l’autre, il a fini par se traduire en actes».

Le mal nous concerne tous. Le péché, même «petit», est comme un virus. Si nous le laissons prospérer en nous, il peut contaminer les autres et prendre, au fur et à mesure de son évolution, des dimensions qui finissent par conduire à la mort ceux qui, particulièrement s’ils sont faibles, le contractent au bout de la chaine. La miséricorde de Dieu seule peut briser cette chaîne du mal en nous invitant à la conversion.

«Le mal nous concerne tous. Le péché, même «petit», est comme un virus.»

Pourtant, même si tout péché doit être traité avec sérieux, le Christ ne fait pas ici une quelconque apologie du relativisme, cette idéologie qui consiste à penser que tout se vaut dans le domaine de notre comportement moral. Il précise bien que «pas un seul iota, pas un seul petit trait ne disparaîtra de la Loi». Ce n’est pas parce que nous sommes tous pécheurs que nous pouvons oublier notre vocation à dénoncer le mal qui est à l’œuvre dans notre monde, mais aussi dans nos communautés chrétiennes. Un meurtre est un meurtre.

Un adultère est un adultère. Nommer le mal est une manière de le combattre. Dire la gravité d’un acte commis ce n’est pas manquer de compassion envers le coupable et se placer en juge. Dire la gravité d’un acte commis, c’est se rappeler que la justice est un instrument de la miséricorde.

C’est prendre notre part à la proclamation de la Parole de Dieu qui appelle à la conversion. C’est aider l’autre à ouvrir les yeux sur son mal pour espérer qu’il puisse, avec nous, contempler le visage de Dieu dans l’éternité.

«Dire la gravité d’un acte commis, c’est se rappeler que la justice est un instrument de la miséricorde.»

Si nous imaginons trouver dans l’Evangile une loi applicable à toutes situations qui permettrait de dire où sont les bons et les méchants, c’est que nous nous sommes trompés dans notre compréhension des paroles de Jésus. A l’inverse, si nous croyons que tout se vaut, c’est que nous avons gravement affadi le message de l’Evangile.

Le Christ a accepté d’être blessé, de se situer sur les lignes de fractures caractéristiques de notre humanité qui aspire à une exigence élevée mais qui tâtonne sur le chemin. C’est sur ces lignes de fractures que nous (re)place l’Evangile de ce dimanche en abaissant l’orgueil de ceux qui imaginent être parvenus à un respect de la Loi et en démasquant en même temps ceux qui prétendent être au-dessus de la Loi.

Oui, il y a un repère pour agir. Mais ce repère, le seul, c’est le Christ. Ressentir la douleur de ces fractures humaines dans notre marche ici-bas est signe que nous sommes sur le bon chemin, celui qu’a emprunté Jésus Lui-même dans sa Passion. Ce n’est pas toujours très clair, mais, à la fin, c’est là – et là seulement – que la Lumière de Pâques peut briller.

Jacques-Benoît Rauscher | Vendredi 14 février 2020


Mt 5, 17-37

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
    « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes :
je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.
    Amen, je vous le dis :
Avant que le ciel et la terre disparaissent,
pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi
jusqu’à ce que tout se réalise.
    Donc, celui qui rejettera
un seul de ces plus petits commandements,
et qui enseignera aux hommes à faire ainsi,
sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux.
Mais celui qui les observera et les enseignera,
celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux.
    Je vous le dis en effet :
Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens,
vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.

    Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens :
Tu ne commettras pas de meurtre,
et si quelqu’un commet un meurtre,
il devra passer en jugement.
    Eh bien ! moi, je vous dis :
Tout homme qui se met en colère contre son frère
devra passer en jugement.
Si quelqu’un insulte son frère,
il devra passer devant le tribunal.
Si quelqu’un le traite de fou,
il sera passible de la géhenne de feu.
    Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel,
si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,
    laisse ton offrande, là, devant l’autel,
va d’abord te réconcilier avec ton frère,
et ensuite viens présenter ton offrande.
    Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire
pendant que tu es en chemin avec lui,
pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge,
le juge au garde,
et qu’on ne te jette en prison.
    Amen, je te le dis :
tu n’en sortiras pas
avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou.

    Vous avez appris qu’il a été dit :
Tu ne commettras pas d’adultère.
    Eh bien ! moi, je vous dis :
Tout homme qui regarde une femme avec convoitise
a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur.
    Si ton œil droit entraîne ta chute,
arrache-le
et jette-le loin de toi,
car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres
que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne.
    Et si ta main droite entraîne ta chute,
coupe-la
et jette-la loin de toi,
car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres
que d’avoir ton corps tout entier qui s’en aille dans la géhenne.
    Il a été dit également :
Si quelqu’un renvoie sa femme,
qu’il lui donne un acte de répudiation.

    Eh bien ! moi, je vous dis :
Tout homme qui renvoie sa femme,
sauf en cas d’union illégitime,
la pousse à l’adultère ;
et si quelqu’un épouse une femme renvoyée,
il est adultère.

    Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens :
Tu ne manqueras pas à tes serments,
mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur.

    Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout,
ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu,
    ni par la terre, car elle est son marchepied,
ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi.
    Et ne jure pas non plus sur ta tête,
parce que tu ne peux pas
rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir.
    Que votre parole soit ›oui’, si c’est ›oui’,
›non’, si c’est ›non’.
Ce qui est en plus
vient du Mauvais. »

«Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes: je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.» | Wikimedia Commons
14 février 2020 | 17:00
par Jacques-Benoît Rauscher
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