Marie-Christine Varone

Evangile du dimanche: le pharisien et le publicain

A des destinataires trop sûrs de leur justice – ce que dément leur mépris des autres – (v.9), Jésus propose une parabole pour les aider à modifier leur conception.

Deux hommes (10) qui partagent le même projet louable: prier au Temple.

Leur identité est différente. L’un est pharisien et donc membre d’un groupe religieux soucieux de fidélité à la Tora (Loi). L’autre, publicain, exerce un métier suspect puisqu’il travaille pour l’occupant.

La prière du pharisien (11-12)

L’importance du «je» (5 usages en 2 phrases) donne plus à penser à un éloge de soi qu’à une prière, bien que le pharisien s’adresse à Dieu.

L’action de grâce (11) n’a pas Dieu pour motif, mais l’excellence de l’orant qui s’estime différent des autres hommes qui vivent dans le vice (rapaces, iniques, adultères) et du publicain désigné de manière péjorative.

Le pharisien poursuit (12) en faisant l’éloge de son observance et de son zèle (le jeûne bihebdomadaire, normalement facultatif, en signe de pénitence, et le paiement de la dîme sur tout ce qu’il acquiert, alors que cela relève du producteur, pour être certain d’être en ordre).

L’autosatisfaction et les performances ne laissent guère de place à Dieu et au salut offert.

Cet homme ressemble comme un frère aux destinataires (9) visés par Jésus.

La prière du publicain (13)

En contraste, le publicain se tient à distance, les yeux baissés, se frappant la poitrine en geste de repentir. Sa prière commence de la même manière que celle du pharisien: «ô Dieu«, mais elle est d’une tout autre tonalité: une pure demande, car cet homme a conscience d’avoir tout à recevoir. Il fait appel à la faveur de Dieu: «redeviens-moi favorable«, autrement dit: rétablis la relation avec moi, le pécheur.

Magnifique aveu de cet homme si vrai dans la reconnaissance de ce qu’il est, conscient qu’il a tout à recevoir de Dieu et ne peut se prévaloir de rien.

Une interprétation sans appel (14)

Jésus tire lui-même (ce qui est rare) la conclusion. Il le fait de manière solennelle (»je vous le dis») et explicite, comme s’il craignait que ses interlocuteurs (cf.9) n’y parviennent pas parce que trop enfermés dans leur bonne conscience.

Contrairement à ce que vous pensez, semble dire Jésus, il y a retournement de situation: le publicain redescendit chez lui justifié (par Dieu), alors que ce ne fut pas le cas de celui qui s’estimait juste.

Dans la logique du Royaume (cf. la sentence) c’est celui qui, comme le publicain, s’abaisse qui est élevé (par Dieu).

Atteints en plein coeur

Le légalisme religieux et la bonne conscience de l’observance du Pharisien ne sont pas forcément notre tentation. Celle-ci consiste probablement plus à chercher notre accomplissement en nous-mêmes, voire dans un certain développement personnel qui nous rendrait indépendants, contents de nous, au point de penser que nous n’avons plus besoin de recevoir le salut d’un Autre et que le péché est une notion révolue, voire malsaine.

Le texte nous invite à nous reconnaître pauvres, pécheurs (c’est-à-dire peu aimants en vérité qu’il s’agisse de l’amour de Dieu ou des hommes) et donc invités à vivre du pardon et de la bienveillance de Dieu.

Le critère d’une vraie pauvreté devant Dieu? le recul de nos duretés et de nos jugements sur les autres, car nous reconnaître devant Dieu faillibles, peu persévérants, toujours au stade de l’apprentissage en matière d’amour nous fait réaliser que nous sommes membres d’un Peuple de pécheurs – que leur péché n’écrase pas – et que Dieu justifie sans cesse.

Marie-Christine Varone | 21.10.2016


Lc 18, 9-14

09 À l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres, Jésus dit la parabole que voici :

10 » Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien, et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts).

11 Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : «Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain.

12 Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.»

13 Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : «Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !»

14 Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »

«Le texte nous invite à nous reconnaître pauvres, pécheurs et donc invités à vivre du pardon et de la bienveillance de Dieu» (»Tête du Christ», Rembrandt, 1648-1650, Berlin)
21 octobre 2016 | 18:29
par Marie-Christine Varone
Partagez!