Marie-Christine Varone

Evangile de dimanche: profession de foi et pouvoir des clés

Les trois évangiles synoptiques rapportent la profession de foi de Pierre, mais Mt en fait une scène particulière en y adjoignant le récit de l’investiture de Pierre.

 Questions (13-16)

Dans la région des sources du Jourdain, Jésus interroge à deux reprises ses disciples.

La première question (13) porte sur ce que les hommes disent du Fils de l’homme, un titre solennel, cher à Mt, qui est approprié à ce contexte de révélation.

Les réponses (14) indiquent toutes que pour les hommes Jésus s’inscrit dans la ligne des prophètes qui parlent au nom de Dieu.

La seconde question (15) s’adresse aux disciples, autrement dit au groupe de ceux qui suivent Jésus : « mais vous qui dites-vous que je suis ? ».

C’est Simon-Pierre, porte-parole des Douze (16), qui répond, reconnaissant en Jésus le Messie (Christ) attendu, Fils de Dieu (venant de la sphère de Dieu), tel qu’annoncé en 2 Samuel 7.

Matthieu, qui écrit dans la lumière de Pâques, attend de son lecteur qu’il reconnaisse donc en Jésus non seulement le Messie annoncé, mais le Fils du Dieu vivant (un titre unique), comprenons : le Fils unique du Père.

Approbation de Jésus (17)

Simon est déclaré bienheureux, lui, le fils de Jonas, qui n’est pas parvenu à une telle compréhension de Jésus par ses propres forces (» chair et sang » désignant l’homme laissé à ses propres capacités), mais bien grâce à une révélation du Père.

Vocation et service confié (18-19)

C’est le Fils qui parle, non plus à Simon fils de Jonas, mais à Pierre qui devient la pierre (ce qui est solide, ce sur quoi il est possible de s’appuyer et de bâtir durablement cf. 7,25) sur laquelle Jésus établira son Eglise (unique mention de ce terme, avec 18,17, dans les évangiles).

A vrai dire Celui qui est la pierre fondamentale, angulaire, c’est le Christ (21,42 et 1 P 2,4) et Pierre va participer à la fonction du Christ, tirant sa solidité de son lien avec Lui.

Les portes de l’Hadès (l’enfer), à comprendre comme les puissances du Mal, ne tiendront pas contre l’Eglise, autrement dit Jésus affirme que l’Eglise triomphera des puissances destructrices.

Le Christ promet (19) à Pierre une autorité, une sorte de pouvoir de ministre : il lui donnera les clés (qu’il détient : cf. Ap 3,7) du Royaume des cieux, si bien que Pierre disposera du pouvoir d’ouvrir ou de fermer – au nom du Christ – l’accès au Royaume par l’exercice de son pouvoir ecclésial; ce pouvoir est encore confirmé par l’expression lier – délier sur terre, décisions que Dieu entérinera (cf. les passifs divins : « sera lié, sera délié », sous-entendu par Dieu) dans les cieux.

Un ordre étrange (20)

Pourquoi cette consigne de silence donnée aux disciples de ne pas révéler qu’il est le Messie ?

Probablement pour éviter les interprétations fallacieuses. Jésus doit encore préciser (21) quel Messie il est, à savoir un Messie serviteur, un Messie qui va souffrir et être mis à mort, ce que Pierre (22-23) refusera d’admettre pensant cette fois « non les choses de Dieu mais celles des hommes ».

Une question toujours actuelle et un don sans repentance

 A chaque lecteur, Jésus continue de demander, comme il l’a fait pour ses disciples : « qui dis-tu que je suis ? »

Et pour l’éclairer et le soutenir dans une compréhension toujours plus existentielle de son mystère, il lui laisse l’Eglise, bâtie par lui et confiée à Pierre.

Difficile donc de prétendre accueillir Jésus en refusant l’Eglise…

Marie-Christine Varone | 25 août 2017


Mt 16, 13-20

13 Jésus, arrivé dans la région de Césarée-de-Philippe, demandait à ses disciples : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? »

14 Ils répondirent : « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. »

15 Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »

16 Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »

17 Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.

18 Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.

19 Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »

20 Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne que c’était lui le Christ.

"Je te donnerai les clés du royaume des Cieux". Mt 16, 19. (Illustration: Le pouvoir des clés confié à saint Pierre - Munich, Staatsbibliothek)
25 août 2017 | 17:30
par Marie-Christine Varone
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