Jean-Michel Poffet

Evangile de dimanche: quand le monde craque…

Un monde qui craque et un autre qui naît. Les derniers dimanches du temps liturgique nous parlent d’ébranlements et d’avènements. Les images sont saisissantes: voilà que s’obscurcit le soleil créé pour illuminer le jour, et la lune qui présidait à la nuit et au calendrier – dans le monde ancien – perd de sa clarté; les étoiles dégringolent du ciel, elles qui pourtant avaient été habilement et finement fixées au firmament par Dieu au jour de la création.

Davantage encore: le ciel tout entier est ébranlé alors qu’habituellement, si la terre tremble, le firmament au-dessus de nos têtes reste le dernier point stable. C’est donc tout notre système de repérages, temporel et spatial, qui est jeté cul par-dessus tête. Alors se pose impérativement la question: y a-t-il un avenir pour l’homme au milieu de ce chaos?

C’est sur cet arrière-fond qu’advient le Fils de l’Homme. C’est une figure connue depuis le livre de Daniel et les bouleversements du second siècle av. JC. Daniel le voit arriver sur les nées du ciel et recevoir de Dieu souveraineté, gloire et royauté. L’humilié, en qui le peuple juif opprimé se reconnaît, est sauvé et relevé par Dieu. Jésus a investi cette figure et annoncé ainsi son abaissement et sa résurrection.

«Fils de l’Homme» est le seul titre qu’il ait consenti à se donner lui-même parce qu’il connotait au moins autant la faiblesse que la gloire. Mais le voilà ici, sur ce champ de ruines, qui vient avec la puissance et la gloire de sa résurrection pour rassembler les élus, ceux qui ont fait confiance à Dieu et échapperont donc à cet effondrement généralisé.

L’Eglise aussi craque et est appelée à un profond renouvellement.

Un monde qui craque et un avènement: les deux en même temps. Belle image pour notre temps: sommes-nous prêts à mettre nos repères en ce qui demeure: «mes paroles ne passeront pas» ajoutera Jésus. Il avait annoncé la ruine du temple de Jérusalem, centre du monde pour un Juif. Il nous invite solennellement à ne pas se tromper de repères dans un monde qui bouge et qui parfois, sous nos yeux, se détruit. L’Eglise aussi craque et est appelée à un profond renouvellement.

L’image du figuier va dans la même direction. A l’approche du printemps son bois devient plus tendre et quelques feuilles pointent vers la lumière. De même qu’on en déduit alors la proximité du printemps, de même le croyant peut-il apprendre, au milieu des ébranlements de ce monde, la proximité du Fils de l’Homme. Il est à la porte. Le croyant n’en déduira aucun renseignement sur la date de la fin du monde, mais la certitude d’une présence, d’une proximité de Jésus et de sa parole. Parole de vérité, parole pleine de sens et de lumière, repère sur nos chemins au milieu des ébranlements du monde.

Une frêle branche de figuier et une parole: voilà notre boussole pour orienter notre espérance dans le Fils de l’Homme, trahi par les siens mais couronné de gloire par son Père. Lui donner notre confiance permet d’espérer faire partie de ce rassemblement des élus quand le ciel nous tombe sur la tête!

Jean-Michel Poffet | Vendredi 16.11.2018


Mc 13, 24-32

En ce temps-là,
Jésus parlait à ses disciples de sa venue :
« En ces jours-là,
après une grande détresse,
le soleil s’obscurcira
et la lune ne donnera plus sa clarté ;
les étoiles tomberont du ciel,
et les puissances célestes seront ébranlées.
Alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées
avec grande puissance et avec gloire.
Il enverra les anges
pour rassembler les élus des quatre coins du monde,
depuis l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel.

Laissez-vous instruire par la comparaison du figuier :
dès que ses branches deviennent tendres
et que sortent les feuilles,
vous savez que l’été est proche.
De même, vous aussi,
lorsque vous verrez arriver cela,
sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte.
Amen, je vous le dis :
cette génération ne passera pas
avant que tout cela n’arrive.
Le ciel et la terre passeront,
mes paroles ne passeront pas.
Quant à ce jour et à cette heure-là,
nul ne les connaît,
pas même les anges dans le ciel,
pas même le Fils,
mais seulement le Père. »

Un monde qui craque et un autre qui naît. Les derniers dimanches du temps liturgique nous parlent d’ébranlements et d’avènements. | © Pixabay
16 novembre 2018 | 17:30
par Jean-Michel Poffet
Partagez!