"Avance ta main, et mets-la dans mon côté :
cesse d’être incrédule,
sois croyant". | © Flickr/Lawrence OP/CC BY-NC-ND 2.0
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"Avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant". | © Flickr/Lawrence OP/CC BY-NC-ND 2.0

Evangile de dimanche: quand les verrous cèdent


Un verrou était apposé sur les portes du Cénacle, mais un autre verrou bouclait le cœur des apôtres, effrayés, choqués non seulement par la mort de Jésus, mais par cette mort: le supplice de la croix. Comment fait-on pour continuer de vivre après un tel drame? Comment renaître à l’espérance quand on a perdu un être cher, et parfois dans des conditions terribles, comme lors des récents attentats en France? Surmontant leur chagrin, se souvenant du geste de Jésus leur partageant son corps et son sang, au soir du Jeudi Saint, les disciples étaient réunis, le premier jour de la semaine. Et voilà que Jésus était là, au milieu d’eux, vivant, et leur offrant sa paix, sa joie, son pardon. Expérience inoubliable qui fonde notre foi. Oui Jésus est vivant: ce n’est pas un rêve ni une seule espérance. Oui, il est apparu à Marie-Madeleine, aux femmes, aux apôtres, à Paul. Oui, l’incroyable est à croire, l’inouï a été entendu, l’impossible s’est réalisé: la mort est vaincue et Jésus nous donne sa paix et sa joie face à la mort.

Oui Jésus est vivant: ce n’est pas un rêve ni une seule espérance.

Mais pas de chance: Thomas était absent. Il avait raté la messe du dimanche. Simple panne d’oreiller? Peut-être, à moins que le choc de la mort de Jésus ait commencé d’inscrire en lui de la distance, comme une hésitation. Il aurait aimé pouvoir y croire, mais était-ce bien vrai? Le vigoureux Thomas ne pouvait se suffire d’un espoir. Les disciples lui avaient certes annoncé qu’ils l’avaient vu vivant, mais leur témoignage n’avait pas prise sur lui: bien des contemporains pourraient en dire autant…  Il lui fallait une expérience vive, une rencontre aussi forte que le spectacle horrible de la mise en croix. Il voulait être certain que Jésus, son maître et son ami, avait triomphé réellement de la violence, de la haine et de la mort. On a fait de Thomas le patron des incrédules… Il mérite mieux et chaque fois que j’entends cet évangile, j’ai envie de prendre sa défense. Certes, Thomas s’appelle aussi Didyme, c’est-à-dire Jumeau. Surnom symboliquement fort: en son âme se disputaient foi et doute. Mais de tout son être, il aspirait à la foi, à une foi forte et surtout à une rencontre avec Jésus. Bienheureux Thomas dont la foi était si exigeante!

“Heureux ceux qui croient sans avoir vu!“

Heureusement, le dimanche suivant, il surmonte son doute et se joint aux disciples pour la célébration de l’eucharistie. Et voilà que Jésus est là, au milieu d’eux. Remarquons que Jésus ne fait aucun reproche à Thomas mais répond à sa demande de réalisme. “Avance ton doigt ici et vois mes mains; avance ta main et mets-la dans mon côté: cesse d’être incrédule, sois croyant“. Alors Thomas peut reconnaître et adorer Jésus. C’est maintenant Pâques pour lui: le passage du doute à la foi, de la mort à la vie.

Mais, me direz-vous, chacun n’a pas la chance de bénéficier d’une apparition du ressuscité! C’est précisément en pensant à nous que Jésus proclame: “Heureux ceux qui croient sans avoir vu!“. En tenant à la foi des apôtres et en participant à l’eucharistie nous pouvons nous aussi, comme Thomas, vivre le même passage du doute à la foi, de la peur à la paix.

Jean-Michel Poffet | 6 avril 2018


Jean 20, 19-31

C’était après la mort de Jésus.
Le soir venu, en ce premier jour de la semaine,
alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples
étaient verrouillées par crainte des Juifs,
Jésus vint, et il était là au milieu d’eux.
Il leur dit :
« La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté.
Les disciples furent remplis de joie
en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau :
« La paix soit avec vous !
De même que le Père m’a envoyé,
moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux
et il leur dit :
« Recevez l’Esprit Saint.
À qui vous remettrez ses péchés,
ils seront remis ;
à qui vous maintiendrez ses péchés,
ils seront maintenus. »

Or, l’un des Douze, Thomas,
appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau),
n’était pas avec eux quand Jésus était venu.
Les autres disciples lui disaient :
« Nous avons vu le Seigneur ! »
Mais il leur déclara :

« Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous,
si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous,
si je ne mets pas la main dans son côté,
non, je ne croirai pas ! »

Huit jours plus tard,
les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison,
et Thomas était avec eux.
Jésus vient,
alors que les portes étaient verrouillées,
et il était là au milieu d’eux.
Il dit :
« La paix soit avec vous ! »
Puis il dit à Thomas :
« Avance ton doigt ici, et vois mes mains ;
avance ta main, et mets-la dans mon côté :
cesse d’être incrédule,
sois croyant. »
Alors Thomas lui dit :
« Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Jésus lui dit :
« Parce que tu m’as vu, tu crois.
Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

Il y a encore beaucoup d’autres signes
que Jésus a faits en présence des disciples
et qui ne sont pas écrits dans ce livre.
Mais ceux-là ont été écrits
pour que vous croyiez
que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu,
et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

Jean-Michel Poffet

Originaire de Fribourg, Jean-Michel Poffet est dominicain. Pour lui, méditer les saintes Ecritures, “c’est plonger dans les profondeurs de l’humain, aussi avec ses peurs et ses lâchetés”. Exégète passionné, son intérêt pour la Bible est de toujours. Il a suivi un cursus d'étude à l'Institut biblique de Rome qu'il a complété par une thèse en histoire de l'exégète, après son ordination sacerdotale et quelques années de ministère pastoral à Genève. Le Frère Jean-Michel Poffet a été nommé directeur de l'Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem en 1999 et a passé dix ans à ce poste.

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