Il se passe beaucoup de choses à table dans l'évangile. (Illustration: Bernadette Lopez/Evangile et peinture)
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Il se passe beaucoup de choses à table dans l'évangile. (Illustration: Bernadette Lopez/Evangile et peinture)

Evangile de dimanche: Renversement


A table (1)

Il se passe beaucoup de choses à table dans l’évangile de Luc. Le repas y est  occasion de communication, voire, pour Jésus, de révélation.

Si le Jésus de Luc mange fréquemment avec les pécheurs (15,1-2), il n’en accepte pas moins les invitations des pharisiens. Il reste que le climat n’est pas vraiment celui de la convivialité, puisque Jésus y est observé, voire épié.

Jésus s’adresse aux invités avides de bonnes places (7-11)

Ce qu’il leur dit étonne, car cela ressemble plus, en tout cas à première vue, à une leçon de savoir vivre, voire à une suggestion d’adroite tactique qu’à une parabole.

Jésus évoque deux attitudes antithétiques: ” lorsque tu es invité…” (8 et 10):

– la première, tellement naturelle, consiste à choisir les bonnes places et les honneurs, ce qui pourrait bien se muer en honte (9) si de telles places ne nous sont pas destinées et que le maître de la noce nous en chasse…

– la seconde attitude consiste au contraire à choisir la dernière place, pour se voir  ensuite invité à monter plus haut, autrement dit à connaître la gloire (10).

Une sentence (11) vient comme élargir la problématique. On comprend que si Jésus est parti du goût des invités pour les places d’honneur, il n’entend pas seulement donner une leçon de sagesse sur le comportement à adopter lors d’invitations, mais bien parler du Royaume et du renversement des valeurs qu’il implique, à savoir que le s’élevant sera abaissé et que le s’abaissant sera élevé. Dans les deux cas, le verbe est au passif. C’est donc Dieu (qu’on évite de nommer) qui inversera les positions.

Déjà dans le chant de Marie, le Magnificat (1,52), Dieu est loué comme celui qui a jeté les puissants de leurs trônes et élevé les humbles.

Toute le vie du Christ n’est qu’abaissement dans l’humilité et le service; le Père y a répondu en l’élevant à sa droite (cf. Ph 2,5b-9).

Jésus s’adresse au maître de maison (12-14)

 Il lui donne des consignes qui découlent de cette même logique: inviter

 – non pas les gens de son milieu (amis, frères, parents, voisins riches: 12) comme on le fait spontanément, s’attendant à une invitation en retour (on reste donc de la sorte entre gens de même sensibilité et niveau social)

– mais des êtres défavorisés que naturellement on a tendance à éviter, voire à fuir (pauvres, estropiés, boiteux, aveugles).

Une telle invitation, qui sera sans retour, affirme Jésus (14a), sera source de béatitude (heureux seras-tu) et sera récompensée (il te sera donné – par Dieu – en retour) à la résurrection des justes (14b).

Aussi bien la sentence du v.11 que la promesse du v.14b nous orientent vers la vie éternelle. Les deux promesses de Jésus sont au futur.

On devine qu’il s’agit de consignes qui visent l’ensemble des comportements et relations humaines et que sous la plume de Luc, elles concernent  aussi bien la vie en société que la vie ecclésiale où le programme n’est pas plus réalisé qu’il ne l’est encore aujourd’hui…

Prendre au sérieux l’enseignement de Jésus

En instaurant le Royaume et en nous invitant à le faire grandir, Jésus nous propose une révolution foncière de nos manières d’être, de penser et d’agir.

Reconnaissons que naturellement nous cherchons à fréquenter des êtres gratifiants, nous sommes soucieux de promotion (pour nous ou/et pour ceux qui nous sont chers) et ignorons autant que possible les personnes qui n’ont pas notre formation, notre sensibilité ou nos références.

Aimer les pauvres en vérité, être authentiquement leurs amis ne va pas de soi. Choisir l’humble voie du service et de l’humilité non plus.

Il s’agit donc d’apprendre de Jésus lui-même, “lui, qui de riche s’est fait pauvre…” (2 Co 8,9).

Marie-Christine Varone | 26.08.2016


Luc 14,1. 7-14

01 Un jour de sabbat,

Jésus était entré dans la maison d’un chef des pharisiens
pour y prendre son repas,
et ces derniers l’observaient.
07 Jésus dit une parabole aux invités
lorsqu’il remarqua comment ils choisissaient les premières places,
et il leur dit :
08 « Quand quelqu’un t’invite à des noces,
ne va pas t’installer à la première place,
de peur qu’il ait invité un autre plus considéré que toi.
09 Alors, celui qui vous a invités, toi et lui,
viendra te dire : ‘Cède-lui ta place’ ;
et, à ce moment, tu iras, plein de honte, prendre la dernière place.
10 Au contraire, quand tu es invité,
va te mettre à la dernière place.
Alors, quand viendra celui qui t’a invité, il te dira :
‘Mon ami, avance plus haut’,
et ce sera pour toi un honneur
aux yeux de tous ceux qui seront à la table avec toi.
11 En effet, quiconque s’élève sera abaissé ;
qui s’abaisse sera élevé. »

12 Jésus disait aussi à celui qui l’avait invité :
« Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner,
n’invite pas tes amis, ni tes frères,
ni tes parents, ni de riches voisins ;
sinon, eux aussi te rendraient l’invitation
et ce serait pour toi un don en retour.
13 Au contraire, quand tu donnes une réception,
invite des pauvres, des estropiés,
des boiteux, des aveugles ;
14 heureux seras-tu,
parce qu’ils n’ont rien à te donner en retour :
cela te sera rendu à la résurrection des justes. »

Marie-Christine Varone

Marie-Christine Varone est née à Sion en 1946. Ses années de collège correspondent avec celles du Concile Vatican II et la découverte des grandes Constitutions, d'où, une envie de faire de la théologie, par intérêt personnel, mais, plus encore, pour aider les laïcs à acquérir une meilleure intelligence de la foi chrétienne.
Etudiante en théologie à Fribourg, c'est rapidement l'Ecriture sainte qui devient son centre d'intérêt premier et qui sera à la base de la formation d'adultes à laquelle elle se consacrera.
Elle mène de front l'enseignement biblique (dans le milieu très international de l'Ecole de la Foi fondée par J. Loew, à la faculté de théologie de Fribourg et à l'IFM, l'Institut de formation aux ministères) et la formation biblique d'adultes en Suisse romande (cours du soir, sessions, cours par correspondance, formation d'animateurs bibliques, etc.), en particulier comme co-fondatrice et animatrice responsable de l'Association Biblique Catholique (ABC).
Avec la rubrique "l'évangile de dimanche", M.-C. Varone souhaiterait amener les lecteurs à lire eux-mêmes (seul ou à plusieurs) l'évangie du dimanche, pour lui "donner réellement ses chances" autant par une écoute respectueuse du texte, que par un accueil existentiel.

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