Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté... (Photo: Flickr/Humpapa/CC BY-NC 2.0)
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Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté... (Photo: Flickr/Humpapa/CC BY-NC 2.0)

Evangile de dimanche: Le riche insensé


Luc 12, 13-21

Une demande refusée (13-15)

Curieuse demande de cet homme qui veut que Jésus règle une question d’héritage entre frères (13), ce à quoi Jésus oppose un refus sans appel: ni juge ni arbitre des partages (14).

Derrière cette intervention Jésus repère la tentation de l’avidité (15), cette soif d’avoir toujours plus, et déclare que la vie de qui que ce soit  – fut-elle privilégiée (dans l’abondance) – ne dépend pas de ses biens.

Une parabole éclairante (16-20)

Comme la déclaration est difficile à accueillir, la richesse séduisant naturellement le coeur de l’homme et la tradition biblique la présentant souvent comme une bénédiction divine, Jésus raconte une histoire fictive (que seul l’évangile selon Luc rapporte) pour aider ses auditeurs à évoluer dans leur regard sur les biens et leur rapport à la richesse.

Il met son auditeur en présence d’un homme (humain) riche qui a de quoi être satisfait par le bon rapport de sa terre (16b) et se livre à un monologue intérieur (17): “que ferai-je?”. Il lui faut trouver une solution pour conserver cette excellente récolte.

Notons la solitude de cet homme: il est seul avec ses interrogations et semble n’avoir personne avec qui prendre ses décisions… C’est donc seul avec lui-même aussi qu’il envisage l’avenir: je ferai, j’abattrai, je construirai, je rassemblerai.

Déjà (19) il s’imagine dans une situation idéale, se parlant à lui-même (je dirai à mon âme); il s’estime paré pour l’avenir (pour de nombreuses années) et opte pour le régime de la jouissance (20): se reposer, manger, boire et faire la fête.

Dieu lui révèle que rien de cela ne se réalisera, puisque la mort l’atteindra  la nuit même où il a conçu ces projets.

Cet homme porte bien le qualificatif par lequel Dieu le nomme: insensé! Il a tout prévu, sauf l’irruption de la mort.

L’histoire devrait conduire tout auditeur ou lecteur à revoir son rapport aux biens et à convertir son coeur trop terrestre.

Jésus ajoute néanmoins une sorte de commentaire (21) qui place face à un choix sans appel (pas de voie médiane):

thésauriser pour soi, à la manière de l’homme riche qui a totalement oublié Dieu et s’est mis au centre de tout

s’enrichir auprès de Dieu, ce qui implique de se reconnaître créature qui reçoit et de ne pas accaparer les biens pour son seul usage.

Quelqu’un à ne pas imiter

 Jésus met donc devant nos yeux un humain mobilisé par les seuls biens obtenus; il veut en jouir inconditionnellement, croyant de la sorte assurer son avenir.

Dramatiquement seul (personne autour de lui, pas de projet qui inclurait les autres ou des pauvres, pas de référence à Dieu), cet homme se prend pour la source, se croit prémuni contre tout; il en arrive à oublier que la mort existe…

Faussement comblé il se retrouve totalement démuni quand cette dernière le surprend.

Une tentation qui n’est pas étrangère à notre monde…

On comprend que Luc ait ajouté aux béatitudes, un “hélas!, pauvres de vous les riches!” (6,24). Non pas que les richesses soient un mal en soi, mais, – si on ne veille pas attentivement –  elles font naître toujours plus de convoitise, enferment dans un monde clos et conduisent à oublier et Dieu et le frère, surtout le plus pauvre, ce que montrera une autre parabole propre, elle aussi, à Luc, celle du riche et de Lazare.

Une invitation à cette “sobriété heureuse” dont parle le pape François (Laudato si 224), qui laisse le coeur libre et ouvert à Dieu et à l’autre.

Marie-Christine Varone | 29.07.2016


Luc 12, 13-21

13 Du milieu de la foule, quelqu’un demanda à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. »

14 Jésus lui répondit : « Homme, qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ? »

15 Puis, s’adressant à tous : « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède. »

16 Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté.

17 Il se demandait : “Que vais-je faire ? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.”

18 Puis il se dit : “Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens.

19 Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.”

20 Mais Dieu lui dit : “Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?”

21 Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »

Marie-Christine Varone

Marie-Christine Varone est née à Sion en 1946. Ses années de collège correspondent avec celles du Concile Vatican II et la découverte des grandes Constitutions, d'où, une envie de faire de la théologie, par intérêt personnel, mais, plus encore, pour aider les laïcs à acquérir une meilleure intelligence de la foi chrétienne.
Etudiante en théologie à Fribourg, c'est rapidement l'Ecriture sainte qui devient son centre d'intérêt premier et qui sera à la base de la formation d'adultes à laquelle elle se consacrera.
Elle mène de front l'enseignement biblique (dans le milieu très international de l'Ecole de la Foi fondée par J. Loew, à la faculté de théologie de Fribourg et à l'IFM, l'Institut de formation aux ministères) et la formation biblique d'adultes en Suisse romande (cours du soir, sessions, cours par correspondance, formation d'animateurs bibliques, etc.), en particulier comme co-fondatrice et animatrice responsable de l'Association Biblique Catholique (ABC).
Avec la rubrique "l'évangile de dimanche", M.-C. Varone souhaiterait amener les lecteurs à lire eux-mêmes (seul ou à plusieurs) l'évangie du dimanche, pour lui "donner réellement ses chances" autant par une écoute respectueuse du texte, que par un accueil existentiel.

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