Dans cette scène, propre à l'évangile selon S. Luc, l'un des deux crucifiés se désolidarise des sarcasmes de son compagnon d'infortune, reconnaissant leur culpabilité à tous deux et l'innocence de Jésus. (Photo: Flickr/Lawrence OP/CC BY-NC-ND 2.0)
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Dans cette scène, propre à l'évangile selon S. Luc, l'un des deux crucifiés se désolidarise des sarcasmes de son compagnon d'infortune, reconnaissant leur culpabilité à tous deux et l'innocence de Jésus. (Photo: Flickr/Lawrence OP/CC BY-NC-ND 2.0)

Evangile de dimanche: Roi et Sauveur


L’année liturgique se termine avec la fête du Christ Roi, un titre qui a bien besoin de l’Ecriture pour lever les équivoques et révéler la profondeur de cette appellation.

L’incompréhension à son sommet (35-39)

A l’exception des foules qui se contentent d’observer le Crucifié (35a), les trois autres groupes: les chefs religieux qui ont voulu sa mort (35b), les soldats qui l’ont crucifié (36-37) et même l’un des deux malfaiteurs (39) l’invectivent et le provoquent en le nommant successivement:

Christ de Dieu, l’Elu (35), insistant, en bons juifs, sur la messianité du Christ qu’ils considèrent comme usurpée

Roi des juifs (37), reprenant le motif invoqué devant Pilate pour obtenir la condamnation à mort de Jésus, lequel titre figure du reste au- dessus  de la croix (38)

le Christ, c’est-à-dire le libérateur, qui ne l’est pas aux yeux du malfaiteur puisqu’il est dans la même condition dramatique que lui.

Leurs provocations jouent donc ironiquement sur l’identité du Crucifié, tout en disant – bien involontairement – qui est Jésus en vérité

Les 3 groupes utilisent le verbe sauver: les chefs religieux parlant de Jésus comme d’un “il” (35), les soldats s’adressant à lui (“toi”: 37) et le larron incluant Jésus dans leur groupe (“toi et nous”: 39).

Ironiquement tous invitent Jésus à se sauver, c’est-à-dire à épargner sa vie, à faire la démonstration de sa puissance. Or Jésus ne fait jamais de miracles à son profit, refuse les moyens tapageurs pour établir le Royaume (cf. déjà le récit des tentations en 4,1-13). C’est dans cette vie qu’en apparence on lui prend, mais qu’en fait il donne pour tous, que s’accomplit le salut qui culminera à Pâques.

Autrement dit: si Jésus “se sauvait”, il ne serait pas fidèle jusqu’au bout à sa vocation et c’est l’humanité entière qui demeurerait dans l’impasse du péché et de la mort…

Le dialogue entre Jésus et le malfaiteur (40-43)

Dans cette scène, propre à l’évangile selon S. Luc, l’un des deux crucifiés se désolidarise des sarcasmes de son compagnon d’infortune, reconnaissant leur culpabilité à tous deux (40) et l’innocence de Jésus (41).

S’adressant au Christ par son nom d’humanité: Jésus (42), il fait appel à sa mémoire efficace et agissante: souviens-toi de moi – une manière fréquente déjà dans l’Ancien Testament de solliciter l’intervention de Dieu – quand tu accéderas à ta royauté en plénitude.

La réponse de Jésus est solennelle (“en vérité…”) et promet, en vertu de son pouvoir royal, l’aujourd’hui du salut, ici nommé paradis, à celui qui le supplie.

Cette promesse se réalisera sans attente (aujourd’hui) et donnera au malfaiteur d’être avec Jésus (avec moi tu seras), partageant sa destinée victorieuse.

Cette magnifique scène confirme que Jésus est bien venu appeler les pécheurs à la conversion (5,32). Lorsque l’un d’entre eux se désolidarise de son péché et se tourne vers le Christ (fut-ce à la dernière heure), il bénéficie immédiatement et sans condition du salut.

Célébrer le Christ Roi

 La royauté du Christ ne doit rien aux modèles humains puisqu’elle se dit dans un Crucifié, démuni de tout, impuissant, livré à la vindicte populaire, proche de la mort.

Dès lors comment ne pas se tourner, en compagnie de celui qu’on appelle le bon larron, vers ce Roi d’humilité que l’on peut nommer simplement “Jésus” et qui n’a qu’un désir: nous délier de nos entraves et nous donner d’être avec lui, autrement dit: de partager son intimité?

Heureux ceux qui sont sujets d’un tel Roi et qui font déjà l’expérience du Royaume!

Marie-Christine Varonne | 18.11.2016


Lc 23,15-43

15 D’ailleurs, Hérode non plus, puisqu’il nous l’a renvoyé. En somme, cet homme n’a rien fait qui mérite la mort.

16 Je vais donc le relâcher après lui avoir fait donner une correction. »

18 Ils se mirent à crier tous ensemble : « Mort à cet homme ! Relâche-nous Barabbas. »

19 Ce Barabbas avait été jeté en prison pour une émeute survenue dans la ville, et pour meurtre.

20 Pilate, dans son désir de relâcher Jésus, leur adressa de nouveau la parole.

21 Mais ils vociféraient : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! »

22 Pour la troisième fois, il leur dit : « Quel mal a donc fait cet homme ? Je n’ai trouvé en lui aucun motif de condamnation à mort. Je vais donc le relâcher après lui avoir fait donner une correction. »

23 Mais ils insistaient à grands cris, réclamant qu’il soit crucifié ; et leurs cris s’amplifiaient.

24 Alors Pilate décida de satisfaire leur requête.

25 Il relâcha celui qu’ils réclamaient, le prisonnier condamné pour émeute et pour meurtre, et il livra Jésus à leur bon plaisir.

26 Comme ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour qu’il la porte derrière Jésus.

27 Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus.

28 Il se retourna et leur dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants !

29 Voici venir des jours où l’on dira : “Heureuses les femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité !”

30 Alors on dira aux montagnes : “Tombez sur nous”, et aux collines : “Cachez-nous.”

31 Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ? »

32 Ils emmenaient aussi avec Jésus deux autres, des malfaiteurs, pour les exécuter.

33 Lorsqu’ils furent arrivés au lieu dit : Le Crâne (ou Calvaire), là ils crucifièrent Jésus, avec les deux malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche.

34 Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » Puis, ils partagèrent ses vêtements et les tirèrent au sort.

35 Le peuple restait là à observer. Les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! »

36 Les soldats aussi se moquaient de lui ; s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée,

37 en disant : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »

38 Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs. »

39 L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! »

40 Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi !

41 Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. »

42 Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. »

43 Jésus lui déclara : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

Marie-Christine Varone

Marie-Christine Varone est née à Sion en 1946. Ses années de collège correspondent avec celles du Concile Vatican II et la découverte des grandes Constitutions, d'où, une envie de faire de la théologie, par intérêt personnel, mais, plus encore, pour aider les laïcs à acquérir une meilleure intelligence de la foi chrétienne.
Etudiante en théologie à Fribourg, c'est rapidement l'Ecriture sainte qui devient son centre d'intérêt premier et qui sera à la base de la formation d'adultes à laquelle elle se consacrera.
Elle mène de front l'enseignement biblique (dans le milieu très international de l'Ecole de la Foi fondée par J. Loew, à la faculté de théologie de Fribourg et à l'IFM, l'Institut de formation aux ministères) et la formation biblique d'adultes en Suisse romande (cours du soir, sessions, cours par correspondance, formation d'animateurs bibliques, etc.), en particulier comme co-fondatrice et animatrice responsable de l'Association Biblique Catholique (ABC).
Avec la rubrique "l'évangile de dimanche", M.-C. Varone souhaiterait amener les lecteurs à lire eux-mêmes (seul ou à plusieurs) l'évangie du dimanche, pour lui "donner réellement ses chances" autant par une écoute respectueuse du texte, que par un accueil existentiel.

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