L'Agonie dans le Jardin des Oliviers par Andrea Mantegna. | Domaine public.
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L'Agonie dans le Jardin des Oliviers par Andrea Mantegna. | Domaine public.

Evangile de dimanche: un serviteur qui veille


Serviteur. Veilleur. Quand j’entends les mots de l’Evangile de ce premier dimanche de l’Avent, je ne peux m’empêcher de penser à une situation vécue il y a quelques années quand j’étais au couvent dominicain de Lille en France. J’y avais reçu le rôle d’aide-intendant, c’est-à-dire concrètement de celui qui s’occupe d’acheter les biens matériels de consommation courante pour la communauté. En me transmettant ce poste, mon prédécesseur m’avait dit cette phrase: “le principe de cette charge n’est pas compliquée: il faut veiller sur ce qui manque”.

Veiller sur ce qui manque. Veiller sur les manques.

Je crois, qu’au fond, c’est aussi ce à quoi Jésus nous appelle à travers cet Evangile et en ce début de l’Avent: à veiller sur les manques. Mais sur quels manques?

Tout d’abord sur les manques qu’il faut combler. Le manque de pain, le manque de justice, le manque d’amour. Ces manques très concrets sans lesquels on ne vit pas une vie pleinement humaine. Si la période de préparation à Noël est très liée à des collectes de fonds pour des œuvres caritatives, ce n’est pas juste pour nous donner mauvaise conscience alors que nous préparons le repas du réveillon ou pour nous inciter à boucler nos budgets avant la fin de l’année fiscale. Cela a un sens profondément biblique: on n’est pas veilleur si on n’a pas les yeux ouverts sur les réalités d’injustice très concrètes de notre monde. Il y a des manques qu’il faut toujours, de toutes nos forces, travailler à combler pour que ceux que Dieu vient visiter ne vivent pas dans des situations infra-humaines.

Mais il y a aussi un manque qu’il faut s’interdire de combler. Veiller sur ce manque c’est précisément veiller à ce qu’il reste à l’état de vide en nous et chez les autres. Ce manque c’est le manque de la pleine manifestation de Dieu. Le temps de l’Avent nous parle de notre attente joyeuse de la venue du Christ, à Noël comme à la fin des temps. Mais il est aussi un cri dans la nuit pour hâter cette venue; un cri qui redit que cette attente nous brûle. Etre veilleur c’est prendre garde que ce manque en nous et en ceux qui nous entourent ne soit pas rempli par autre chose, qu’il continue à nous brûler.

Soyons des serviteurs vigilants, des intendants fidèles qui veillent sur nos manques et ceux des autres: les manques qu’il faut combler, les manques qu’il faut creuser. Ainsi, nous nous préparerons à accueillir Celui qui fait plus que veiller sur notre humanité, Celui qui vient se faire l’un de nous. Ainsi, nous pourrons crier en toute vérité: “Viens Seigneur, nous t’attendons. Viens Seigneur, ne tarde plus”.

Jacques-Benoît Rauscher | 1er décembre 2017


Mc 13, 33-37

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Prenez garde, restez éveillés :
car vous ne savez pas
quand ce sera le moment.
C’est comme un homme parti en voyage :
en quittant sa maison,
il a donné tout pouvoir à ses serviteurs,
fixé à chacun son travail,
et demandé au portier de veiller.
Veillez donc,
car vous ne savez pas
quand vient le maître de la maison,
le soir ou à minuit,
au chant du coq ou le matin ;
s’il arrive à l’improviste,
il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis.
Ce que je vous dis là, je le dis à tous :
Veillez ! »

Jacques-Benoît Rauscher

Fr. Jacques-Benoît Rauscher est dominicain. D'origine française, il vit au couvent Saint-Hyacinthe de Fribourg.

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