"À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme". Jn 4, 26  (Illustration: Bernadette Lopez/Evangile et peinture)
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"À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme". Jn 4, 26 (Illustration: Bernadette Lopez/Evangile et peinture)

Evangile de dimanche: quelle est ta soif?


Révélation de l’eau vive, adoration en esprit et en vérité, invitation à appeler son mari, le dialogue entre Jésus et la Samaritaine est sinueux et cherche son chemin. Les premiers mots de Jésus “Donne-moi à boire” donne d’emblée la direction de ce chemin. C’est de désir qu’il s’agit.

Dès les premières paroles échangées, la question est posée : quelle est ta soif? Ta vraie soif? La femme se préoccupe d’une eau à puiser – cela nécessite un ustensile. Une eau qu’elle peut ou non accorder à ce voyageur fatigué. Une eau qui désaltère pour un temps seulement, et qu’il faut, chaque jour, revenir puiser. Jésus, lui, promet une eau qui désaltère à jamais et devient “source d’eau jaillissant en vie éternelle”. Jaillissement d’éternité qui fait sortir de la répétition du quotidien. Une eau qui n’est pas à puiser, mais à recevoir gratuitement: Jésus la donne – le verbe revient avec insistance. Promesse qui délivre de l’illusion d’être un jour désaltéré par une eau autre que celle révélée par Jésus.

Après ce qui peut sembler une digression, l’invitation à la Samaritaine à aller chercher son mari, le dialogue reprend sur la question du véritable lieu pour adorer: cette montagne de Samarie ou Jérusalem?  Ici ou là-bas? La réponse de Jésus fait sortir du dilemme. Parce que Dieu est esprit, l’adoration véritable se vit en esprit et en vérité. Elle n’est pas tributaire d’un lieu. Adorer en esprit et en vérité délivre de l’attachement à un espace. Pas plus que l’eau du puits ne peut désaltérer la véritable soif, un lieu, aussi sacré soit-il, ne peut suffire à l’adoration véritable. Pour l’adorateur en esprit et en vérité qui se jette en Dieu d’un cœur éperdu, il n’est plus de frontières.

Entre ces deux échanges, la soif véritable et l’adoration en esprit et en vérité, que vient faire la question du mari? Elle n’est pas une parenthèse, un détour dans le parcours du dialogue. Cinq maris successifs, autre répétition. Signe, peut-être, d’une soif jamais comblée, comme celle qui, quotidiennement, conduit au puits. Le mari actuel n’est pas le mari véritable comme l’eau du puits n’est pas l’eau véritable. La succession des maris ne peut apaiser le désir profond, pas plus que puiser l’eau chaque jour ne désaltère la vraie soif.

Trois quêtes – d’un jour à l’autre puiser sans jamais être définitivement désaltérée, d’un lieu à l’autre pour adorer, d’un mari à l’autre sans  être comblée – dont la rencontre avec Jésus, Messie attendu et désiré “qui fera connaître toutes choses”, est l’aboutissement: “Je le suis moi qui te parle”.

Jeanne-Marie d’Ambly | 17.03.2017


Jn 4, 5-42

5 il arriva dans une ville de Samarie appelée Sychar, près du champ que Jacob avait donné à son fils Joseph.

6 Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué du voyage, était assis au bord du puits. C’était environ midi.
7 Une femme de Samarie vint puiser de l’eau. Jésus lui dit: «Donne-moi à boire.» 8 En effet, ses disciples étaient allés à la ville pour acheter de quoi manger. 9 La femme samaritaine lui dit: «Comment? Toi qui es juif, tu me demandes à boire, à moi qui suis une femme samaritaine?» – Les Juifs, en effet, n’ont pas de relations avec les Samaritains. –
10 Jésus lui répondit: «Si tu savais quel est le cadeau de Dieu et qui est celui qui te dit: ‘Donne-moi à boire’, tu lui aurais toi-même demandé à boire et il t’aurait donné de l’eau vive.»
11 «Seigneur, lui dit la femme, tu n’as rien pour puiser et le puits est profond. D’où aurais-tu donc cette eau vive?
12 Es-tu, toi, plus grand que notre ancêtre Jacob qui nous a donné ce puits et qui a bu de son eau, lui-même, ses fils et ses troupeaux?»
13 Jésus lui répondit: «Toute personne qui boit de cette eau-ci aura encore soif.
14 En revanche, celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle.»
15 La femme lui dit: «Seigneur, donne-moi cette eau afin que je n’aie plus soif et que je n’aie plus à venir puiser ici.»
16 «Va appeler ton mari, lui dit Jésus, et reviens ici.»
17 La femme répondit: «Je n’ai pas de mari.» Jésus lui dit: «Tu as bien fait de dire: ‘Je n’ai pas de mari’, 18 car tu as eu cinq maris et l’homme que tu as maintenant n’est pas ton mari. En cela tu as dit la vérité.»
19 «Seigneur, lui dit la femme, je vois que tu es un prophète.
20 Nos ancêtres ont adoré sur cette montagne et vous dites, vous, que l’endroit où il faut adorer est à Jérusalem.»
21 «Femme, lui dit Jésus, crois-moi, l’heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. 22 Vous adorez ce que vous ne connaissez pas; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs.
23 Mais l’heure vient, et elle est déjà là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. En effet, ce sont là les adorateurs que recherche le Père.
24 Dieu est Esprit et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité.» 25 La femme lui dit: «Je sais que le Messie doit venir, celui que l’on appelle Christ. Quand il sera venu, il nous annoncera tout.»
26 Jésus lui dit: «Je le suis, moi qui te parle.» 27 Là-dessus arrivèrent ses disciples, et ils étaient étonnés de ce qu’il parlait avec une femme. Toutefois, aucun ne dit: «Que lui demandes-tu?» ou: «Pourquoi parles-tu avec elle?»
28 Alors la femme laissa sa cruche, s’en alla dans la ville et dit aux habitants:
29 «Venez voir un homme qui m’a dit [tout] ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Messie?»
30 Ils sortirent de la ville et vinrent vers lui. 31 Pendant ce temps, les disciples le pressaient en disant: «Maître, mange.»
32 Mais il leur dit: «J’ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas.» 33 Les disciples se disaient donc les uns aux autres: «Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger?» 34 Jésus leur dit: «Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son oeuvre.
35 Ne dites-vous pas qu’il y a encore quatre mois jusqu’à la moisson? Eh bien, je vous le dis, levez les yeux et regardez les champs: ils sont déjà blancs pour la moisson.
36 Celui qui moissonne reçoit un salaire et amasse du fruit pour la vie éternelle, afin que celui qui sème et celui qui moissonne se réjouissent ensemble. 37 En effet, en cela cette parole est vraie: ‘L’un sème et l’autre moissonne.’ 38 Je vous ai envoyés récolter une moisson qui ne vous a pas demandé de travail; d’autres ont travaillé et vous êtes entrés dans leur travail.» 39 Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus à cause des paroles de la femme qui rendait ce témoignage: «Il m’a dit tout ce que j’ai fait.»
40 Ainsi donc, quand ils vinrent le trouver, les Samaritains le prièrent de rester avec eux. Il resta là deux jours. 41 Un bien plus grand nombre crurent à cause des paroles de Jésus,
42 et ils disaient à la femme: «Ce n’est plus seulement à cause de ce que tu as dit que nous croyons, car nous l’avons entendu nous-mêmes et nous savons qu’il est vraiment [le Messie,] le Sauveur du monde.»

Jeanne-Marie d'Ambly

Jeanne-Marie d’Ambly est née en 1953. Lorsqu’elle commence ses études de sciences à la faculté de Caen, mai 68 n’est pas loin. Les liens tissés avec quelques amis soixante-huitards stimule chez elle le désir de rendre compte de sa foi. Elle le réalise en rejoignant la Maison de Prière de Troussures, fondée par le Père Henri Caffarel, Pendant vingt ans, elle y participe à l’animation de Semaines de Prière.

En 1997, elle rejoint la communauté des Sœurs de Saint Maurice.

Envoyée à Lyon faire une licence de théologie elle goûte la joie d’explorer de nouveaux chemins, en particulier dans la lecture de l’Ecriture. Partager cette joie et arpenter ces chemins avec d’autres lui tient à cœur. Ce désir l’a amenée à rejoindre l’équipe de l’ABC et à participer à la rubrique l’évangile de dimanche.

Sr Jeanne-Marie vit à Lausanne dans une communauté en charge d’un foyer d’étudiantes. Engagée au Centre Romand des Vocations, elle est aussi associée aux activités de PASAJ, la pastorale jeunesse du canton de Vaud, et participe à diverses animations à La Pelouse sur Bex.

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