Jeanne-Marie Ambly

Evangile de dimanche: sur les traces d’un petit âne…

Nous voici au seuil de la Semaine Sainte. Au cours de l’eucharistie de ce dimanche, la lecture solennelle du récit de la Passion prépare les disciples que nous sommes à entrer dans cette semaine grande entre toutes, qui fait mémoire du Seigneur aimant les siens jusqu’au bout et sortant victorieux de la mort par le don de sa vie. Cette longue lecture de la Passion est précédée de celle de l’entrée de Jésus à Jérusalem. Un texte bref qui met en scène Jésus et les foules qui l’acclament, et – il est nommé quatre fois – un petit âne. Son insignifiance et sa petitesse ont peut-être quelque chose à nous dire à l’entrée de cette grande semaine. Et si nous le prenions comme guide?

Un petit âne! Une monture loin d’être à la hauteur de l’événement! A moins que pour être accordé à ce qui va se vivre soient justement requises simplicité et humilité. Le prophète Zacharie l’annonçait: «Voici que ton roi vient à toi: il est juste et victorieux, humble, monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse». Le contraste est grand avec les foules qui, à défaut de tapis rouge, couvrent le chemin de leurs manteaux et de branchages, et qui acclament Jésus comme l’envoyé du Seigneur.

Oui, il est bien l’envoyé du Seigneur, mais la monture sans gloire qui le porte manifeste que cet envoyé ne vient pas avec puissance – ou du moins pas la puissance telle que nous l’imaginons. Le choix de cette monture annonce ce que Jésus affirmera à Pilate, son royaume n’est pas de ce monde. Il est victorieux, mais sa victoire ne sera pas celle de la force. Victoire de l’amour sur la haine, de la vie sur la mort, acquise au prix de sa vie – «en sa personne il a tué la haine» (Lettre aux Ephésiens).

Un petit âne! Ses congénères ont la réputation d’être têtus. Ce n’est pas le cas de celui-ci. Il se laisse détacher, amener, couvrir de manteaux, monter par Jésus, sans opposer de résistance. Docilité et patience qui déjà évoquent celles de Celui qu’il porte – qui sera conduit à la mort «sans ouvrir la bouche, comme un agneau qui se laisse mener à l’abattoir» (Isaïe 53).

Un petit âne! Comme la figure de l’agneau, il suggère une douce proximité. Jésus s’est présenté comme le berger qui prend sur ses épaules la brebis perdue. Ici le berger se laisse porter. Avant d’éprouver la rudesse et le poids de la croix sur ses épaules, Celui qui s’est dit «doux et humble de cœur» ressent la douceur de cet ânon qui le porte. Une humble fraternité avant le déchaînement de la violence.

Fils de Dieu fait homme il ira jusqu’au bout de son chemin d’humanité.

Cette entrée solennelle dans Jérusalem de Jésus porté par un petit âne pourrait sembler une parodie. Non, rien à voir avec les scènes de dérision de la Passion: couronne d’épines, sceptre de roseau, manteau écarlate, salutations ironiques,… C’est que Jésus lui-même a choisi sa monture pour dire quelque chose de son identité. Les moqueurs de la Passion – soldats de Pilate et serviteurs du Grand Prêtre – en voulant ridiculiser le condamné révèleront eux aussi, mais à leur insu, sa vraie grandeur: Fils de Dieu fait homme il ira jusqu’au bout de son chemin d’humanité. C’est par ces mots, sans en mesurer la portée, «Voici l’homme», que Pilate le présentera à la foule, portant la couronne d’épines et le manteau de pourpre.

 

S’étant comporté comme un homme,

il s’humilia plus encore,

obéissant jusqu’à la mort,

et la mort sur une croix !

Aussi Dieu l’a-t-il exalté

et lui a-t-il donné le Nom

qui est au-dessus de tout nom.

 

Jeanne-Marie d’Ambly | Vendredi 23 mars 2018


 Marc 11, 1-10

 Lorsqu’ils approchent de Jérusalem,
vers Bethphagé et Béthanie,
près du mont des Oliviers,
Jésus envoie deux de ses disciples
et leur dit :
« Allez au village qui est en face de vous.
Dès que vous y entrerez, vous trouverez un petit âne attaché,
sur lequel personne ne s’est encore assis.
Détachez-le et amenez-le.
Si l’on vous dit :
›Que faites-vous là ?’,
répondez :
›Le Seigneur en a besoin,
mais il vous le renverra aussitôt.’ »
Ils partirent,
trouvèrent un petit âne attaché près d’une porte,
dehors, dans la rue,
et ils le détachèrent.
Des gens qui se trouvaient là leur demandaient :
« Qu’avez-vous à détacher cet ânon ? »
Ils répondirent ce que Jésus leur avait dit,
et on les laissa faire.
Ils amenèrent le petit âne à Jésus,
le couvrirent de leurs manteaux,
et Jésus s’assit dessus.
Alors, beaucoup de gens étendirent leurs manteaux sur le chemin,
d’autres, des feuillages coupés dans les champs.
Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient :
« Hosanna !
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !
Béni soit le Règne qui vient,
celui de David, notre père.
Hosanna au plus haut des cieux ! »

L'entrée de Jésus à Jérusalem. Pietro Lorenzetti, 1320. Détail | Wikipedia - Domaine publique
23 mars 2018 | 17:21
par Jeanne-Marie Ambly
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