Jacques-Benoît Rauscher

Evangile de dimanche: surprise

En cette fin d’année liturgique et dans un climat marqué par une actualité plutôt sombre, l’Evangile de ce dimanche sonne un peu comme un beau conte de fées. Un Roi. Des gentils qui gagnent. Des méchants qui perdent. Tout paraît simple et limpide.

Tout? Non… car ce texte comporte aussi une partie un peu étrange, voire troublante. En effet, dans cette répartition claire entre les «bénis» et les «maudits», vous êtes-vous déjà demandé où sont donc les chrétiens? Ne répondez pas trop vite: «ils sont sans doute des deux côtés car il ne suffit pas d’être chrétien pour faire le bien» … C’est exact, mais ce n’est pas le sens de mon interrogation.

Si je me demande où sont les chrétiens c’est parce, depuis que l’Evangile de Matthieu a été écrit, les chrétiens connaissent ou entendent la parabole que nous lisons ce dimanche. Peut-être ne la mettent-ils pas tous en pratique mais la plupart ne devrait pas être surpris d’entendre Jésus s’identifier aux affamés, aux pauvres, aux étrangers, aux malades ou aux prisonniers. Or, il nous est bien dit que les «bénis» comme les «maudits» seront surpris d’apprendre qu’ils ont croisé le Christ sous ces traits-là.

Cette surprise pointe en fait une des lenteurs les plus incrustées dans nos esprits humains. Quand nous pensons à Dieu, nous l’imaginons spontanément venir nous rejoindre sur un nuage, entouré d’anges. Même, nous, chrétiens qui proclamons un Dieu incarné. Nous sommes habités par l’idée que si Dieu se manifeste à nous, c’est dans un événement extraordinaire, une parole mystérieuse, une personne inspirée; ou bien nous croyons que c’est par une idée, particulièrement lumineuse, fortement ancrée dans notre tête, qu’il vient nous visiter.

«Notre plus grande difficulté, c’est de croire que Dieu peut passer par des choses très humaines, y compris par une humanité qui semble fragile, pour nous parler.»

Si tout ceci n’est pas impossible et faux, ce n’est pas la première manière dont Dieu nous rejoint. En effet, Dieu nous visite d’abord à travers des hommes. Et pour bien nous le faire comprendre, il insiste sur le fait qu’il vient à notre rencontre à travers des hommes très ordinaires, voire en-dessous de l’ordinaire.

Dans l’Evangile de Matthieu le Christ est désigné à trois moments significatifs comme roi: quand il est un Enfant visité par les mages, dans ce chapitre 25 où il s’identifie aux pauvres, aux malades, aux étrangers et aux prisonniers et juste avant sa Mort lorsque Pilate l’interroge. Quand le Christ est présenté comme roi c’est au moment où il a les traits d’un homme nouveau-né, faible ou proche de la mort.

Notre plus grande difficulté n’est souvent pas de croire en Dieu. C’est de croire que Dieu peut passer par des choses très humaines, y compris par une humanité qui semble fragile, pour nous parler. C’est au dernier moment de notre vie que nous réaliserons combien Dieu était encore plus proche de nous que ce que nous avions pensé. Nous sommes prévenus. Mais ce sera quand même une surprise pour nous tous! La surprise du Roi.

Jacques-Benoît Rauscher | Vendredi 20 novembre 2020


Mt 25, 31-46

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
    « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire,
et tous les anges avec lui,
alors il siégera sur son trône de gloire.
    Toutes les nations seront rassemblées devant lui ;
il séparera les hommes les uns des autres,
comme le berger sépare les brebis des boucs :
    il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche.

    Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite :
›Venez, les bénis de mon Père,
recevez en héritage le Royaume
préparé pour vous depuis la fondation du monde.
    Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ;
j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ;
j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ;
    j’étais nu, et vous m’avez habillé ;
j’étais malade, et vous m’avez visité ;
j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !’
    Alors les justes lui répondront :
›Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu…?
tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ?
tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ?
    tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ?
tu étais nu, et nous t’avons habillé ?
    tu étais malade ou en prison…
Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?’
    Et le Roi leur répondra :
›Amen, je vous le dis :
chaque fois que vous l’avez fait
à l’un de ces plus petits de mes frères,
c’est à moi que vous l’avez fait.’  

    Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche :
›Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits,
dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges.
    Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ;
j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ;
    j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ;
j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ;
j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.’
    Alors ils répondront, eux aussi :
›Seigneur, quand t’avons-nous vu
avoir faim, avoir soif, être nu, étranger, malade ou en prison,
sans nous mettre à ton service ?’
    Il leur répondra :
›Amen, je vous le dis :
chaque fois que vous ne l’avez pas fait
à l’un de ces plus petits,
c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.’

    Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel,
et les justes, à la vie éternelle. »

| © Flickr/Lawrence OP/CC BY-NC-ND 2.0
20 novembre 2020 | 17:00
par Jacques-Benoît Rauscher
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