La bible. (Photo: Flickr/alex.ch/<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/legalcode" target="_blank">CC BY-SA 2.0</a>)
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La bible. (Photo: Flickr/alex.ch/CC BY-SA 2.0)

Evangile de dimanche: Testament


Jean 14, 23-29

La liturgie du temps pascal nous permet de déguster et même de savourer les consignes laissées par Jésus à ses amis intimes après avoir pris avec eux ce qu’on a coutume d’appeler son dernier repas.  Son testament en quelque sorte, constitué d’un bouquet de sentences, assez décousues il est vrai, mais dont chacune est digne d’attention et de méditation. C’est pourquoi il n’est guère possible de faire de cet ensemble un exposé théologique ou exégétique académique et même une prédication construite selon un schéma classique. A moins que le commentateur ne se livre lui-même à un exercice très personnel. C’est ce que je tente de faire très brièvement dans les lignes qui suivent. Je ne choisis dans le texte qui nous est proposé que deux versets à résonance trinitaire.

Le premier nous dit que le Père et le Fils sont disposés à établir leur demeure ou leur domicile chez ceux qui les aiment. Ce n’est donc plus dans un ciel lointain et inaccessible que se situe la “demeure” ou le sanctuaire de Dieu, mais il est hébergé dans le cœur de ses amis. La tente – le tabernacle – où il réside désormais se déploie dans un cercle très humain. Le transcendant devient l’immanent. Avons-nous pris conscience de la profondeur et de la nouveauté – révolutionnaire – d’une telle révélation? Le Père et le Fils sont nos hôtes, comme ils peuvent l’être aussi de nos voisins. Une voie s’ouvre donc à un authentiquer dialogue avec tous les amis et chercheurs de Dieu dispersés à travers religions et spiritualités.

Le Père… le Fils, mais où donc se cache l’Esprit? Un  autre verset le dit explicitement. L’Esprit est envoyé par le Père au nom du Fils. En “mission spéciale”. Quelle mission précisément? Le titre donné à l’Esprit le dit expressément.  Il est envoyé chez les amis de Jésus en sa qualité de “Paraclet”. Littéralement, il se tient à leur côté pour assurer leur défense, comme le ferait un avocat, un médiateur ou un conseiller. Au moment de les quitter, Jésus prévoyait que les temps seraient durs pour ses amis. Ils ne seraient pas à l’abri des contradictions, des persécutions et même du doute et de l’apostasie. La mission du Paraclet était de les soutenir dans ces diverses épreuves.

Notre texte précise un danger particulier qui menace les amis de Jésus et qui nécessite l’intervention de l’Esprit-Paraclet. C’est l’oubli des paroles mêmes de Jésus, de sa bonne nouvelle diluée dans d’autres discours et messages plus attractifs ou plus à la mode. Le Paraclet, qui conserve la mémoire de Jésus, devrait aider ses disciples à rafraîchir leur propre mémoire.

Ce danger, me semble-t-il, est très moderne et actuel. Le souvenir de Jésus s’est estompé dans le cœur et l’esprit de beaucoup de baptisés. Il fait désormais place à mille autres sujets et préoccupations. Si bien que Jésus ne retrouve plus la sienne. D’aucuns s’en émeuvent et partent en campagne de “ré-évangélisation”. Ils concoctent dans leurs bureaux d’astucieuses planifications pastorales pour y parvenir. Ont-ils songé à l’Esprit qui demeure le maître et le guide de toute évangélisation? Le Paraclet a ses méthodes et ses agents bien à lui. On appelle ces derniers des “témoins”. Souvent surprenants et inattendus, recrutés au carrefour des chemins. En connaissez-vous? Ce sont eux qui réactivent en notre temps le souvenir de Jésus.

Guy Musy | 29.04.2016


Jean 14, 23-29

A l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples: “Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. Celui qui ne m’aime pas ne restera pas fidèle à mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi: elle est du Père, qui m’a envoyé. Je vous dis tout cela pendant que je demeure encore avec vous; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. C’est la paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Ne soyez donc pas bouleversés et effrayés. Vous avez entendu ce que je vous ai dit: Je m’en vais, et je reviens vers vous. Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi. Je vous ai dit toutes ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez”.

Guy Musy

Le Frère Guy Musy est né en 1936 à dans le canton de Fribourg. Entré dans l'ordre des Frères Prêcheurs en 1956, il accomplit ses études de théologie en Belgique puis en Suisse. Ordonné prêtre en 1962, il poursuit ses études à la Faculté évangélique de l’Université d’Heidelberg, avant d’être rappelé en Suisse pour prendre en charge l’aumônerie catholique de l’Université de Lausanne.

En 1970, il répond à un appel de ses supérieurs qui l’envoient au Rwanda. Il y demeurera quelques vingt ans durant lesquels ils assumera différents ministères: aumônier à l'Université nationale de Butare, puis en milieu populaire à Kigali, mais aussi responsable de la Caritas de la capitale du Rwanda.

De retour à Genève en 1989, entre autres activités, il enseigne à l’Atelier Œcuménique de Théologie et à l’Ecole de la Foi de Fribourg. Passionné d’écriture – il a déjà publié quatre volumes de ses «mémoires» – il collabore notamment, depuis plus de vingt ans, au périodique romand «L’Echo-Magazine». Enfin, il continue d’assumer depuis plusieurs années la charge de rédacteur responsable de la revue dominicaine «Sources».

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