Jacques-Benoît Rauscher

Evangile de dimanche: une nouveauté…

Le livre de la Genèse s’ouvre par les mots «au commencement» et, après le récit de la création et de la chute, il nous présente deux hommes, deux frères: Caïn et Abel, le premier mettant le second à mort.

L’évangile de Jean s’ouvre aussi par les mots «au commencement» que nous avons entendus le jour de Noël. Ensuite, il nous présente aussi deux hommes, deux proches: Jean-Baptiste et Jésus. Mais entre ces deux hommes-là, il n’est pas question de meurtre. On pourrait même affirmer que Jean-Baptiste est un peu l’anti-Caïn qui nous permet d’entrer vraiment dans ces temps nouveaux que Dieu nous donne. Jean-Baptiste nous présente, dans l’Evangile de ce dimanche, un exemple de ce qu’est le monde renouvelé par la venue du Christ qui change la relation que nous avons avec nous-mêmes, avec Dieu et avec notre prochain.

Dans la Genèse, Caïn et Abel ont chacun leur domaine de compétence. La jalousie va naître dans le cœur de Caïn parce que son frère a quelque chose à offrir qui plaît à Dieu. Caïn regarde l’offrande d’Abel et la jalouse car elle est supérieure. Jean-Baptiste, lui, voit la grandeur de la mission de Jésus. Il voit et Il dit que Jésus est Celui qui doit porter un baptême plus grand que le sien.

Les temps nouveaux sont ceux où Dieu se rend visible à nos yeux et où nous osons Le regarder.

Mais, chez Jean-Baptiste, aucune envie ou jalousie à l’égard de celui devant lequel il doit s’effacer. La différence d’offrande à Dieu n’est pas source de conflit. Jean sait ce qu’il a reçu et ce qu’il est appelé à donner. Il ne cherche pas à compter jalousement ce qu’il a en main. C’est donner qui est sa joie. Entretenir une bonne relation à soi, se connaître, ce n’est pas répertorier ce qu’on a de plus ou de moins que ses voisins. C’est quand on se donne qu’on se connaît. Les temps nouveaux sont ceux de la joie du don.

La différence entre Caïn et Jean-Baptiste se situe ensuite dans leur relation à Dieu. Alors que le premier est interpellé par Dieu et refuse d’entrer en dialogue avec Lui, le second ne cesse de se référer à la révélation de Dieu pour expliquer la teneur de sa mission. C’est parce qu’il a vu l’Esprit descendre sur Jésus qu’il sait que c’est Lui l’envoyé qui accomplit la Parole. Sa relation à Dieu est au cœur de sa mission. Les temps nouveaux sont ceux où Dieu se rend visible à nos yeux et où nous osons Le regarder.

Jean-Baptiste est celui qui accepte le mystère de l’autre.

Tout cela rejaillit enfin sur la manière dont Jean-Baptiste se situe à l’égard de l’autre. Caïn ne supportant pas la petitesse de son don, refusant le dialogue que Dieu lui propose, fait disparaître son frère. Il le tue pour effacer celui qui ne cesse de lui rappeler ses limites. Jean-Baptiste, au contraire, ne met pas la main sur l’autre. Il répète plusieurs fois à propos de Jésus: «je ne le connaissais pas, mais… ».

Jean-Baptiste est celui qui accepte le mystère de l’autre. Accepter le mystère de l’autre, c’est l’appeler à déployer sa vie. Je peux connaître l’autre, même bien le connaître, vivre à ses côtés; mais quelque chose de profond, de sacré, m’échappera toujours en lui. Les temps nouveaux sont ceux où l’autre est respecté dans sa singularité.

Parce que Dieu s’est fait homme, le Règne de Dieu s’est approché de nous. Et cela renouvelle notre relation à nous-mêmes, à Dieu et aux autres. Il s’est passé quelque chose à Noël. Comme Jean-Baptiste soyons les témoins de ce renouveau et déployons-le vraiment dans toute notre vie.

Jacques-Benoît Rauscher | Vendredi 17 janvier 2020


Jn 1, 29-34

En ce temps-là,
    voyant Jésus venir vers lui,
Jean le Baptiste déclara :
« Voici l’Agneau de Dieu,
qui enlève le péché du monde ;
    c’est de lui que j’ai dit :
L’homme qui vient derrière moi
est passé devant moi,
car avant moi il était.
    Et moi, je ne le connaissais pas ;
mais, si je suis venu baptiser dans l’eau,
c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. »
    Alors Jean rendit ce témoignage :
« J’ai vu l’Esprit
descendre du ciel comme une colombe
et il demeura sur lui.
    Et moi, je ne le connaissais pas,
mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit :
›Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer,
celui-là baptise dans l’Esprit Saint.’
    Moi, j’ai vu, et je rends témoignage :
c’est lui le Fils de Dieu. »

Le baptême du Christ, fresque du Pérugin au choeur de la chapelle Sixtine | Domaine public
17 janvier 2020 | 16:30
par Jacques-Benoît Rauscher
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