"Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé", Jn 10, 9 (Photo: Flickr/Fjordane-2239/CC BY-NC-ND 2.0)
Blog
"Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé", Jn 10, 9 (Photo: Flickr/Fjordane-2239/CC BY-NC-ND 2.0)

Evangile de dimanche: venu pour offrir la vie


Un discours mystérieux (1-6)

La formule d’introduction (“en vérité, en vérité…”) nous oriente clairement vers une révélation importante. Jésus emprunte pour la faire des expériences à la vie pastorale.

Deux personnages aux comportements antithétiques: le voleur (1), (qui deviendra un étranger au v. 5), et le berger (2).

Le voleur

– n’entre pas par la porte (1), mais s’introduit subrepticement pour voler.

Le berger

– entre par la porte (2)

– appelle les brebis par leur nom, les fait sortir (3.4)

– prend la tête du troupeau (4).

Les manières de faire des deux personnages suscitent des comportements eux aussi antithétiques de la part des brebis:

– elles écoutent la voix du berger (3)

– le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix (4).

A l’inverse

– elles ne suivront pas l’étranger (5)

– fuiront, parce qu’elles ne connaissent pas sa voix (5).

Le discours de Jésus (nommé “paroimia” en grec, ce qui peut se traduire par parabole, allégorie, similitude, comparaison, discours mystérieux, image, etc.) demeure énigmatique pour les auditeurs (6).

Retenons, pour notre part, le lien privilégié qui unit le berger et les membres du troupeau, comme c’est souvent le cas dans la réalité. Le texte, lui, insiste sur les relations de confiance qui existent entre ces protagonistes: si le berger les nomme, les brebis l’écoutent; s’il marche devant elles, elles le suivent. Il y a à l’arrière de cela une connaissance mutuelle (notion qui dans la bible nous oriente vers l’intimité) dont l’initiative revient au berger.

Jésus s’exprime à son propos (7-10)

Le discours commence par la même formule solennelle d’introduction (1a et 7a), mais Jésus dit désormais: “je” (3 fois) et “moi” (4 fois).

Le lecteur s’attend à ce que Jésus déclare, éclairant la première partie: “je suis le berger” (et ceci d’autant plus que les voleurs et les brigands reviennent au v.8), or Jésus dit à deux reprises (7.9): “je suis la porte” (au v.7: “des brebis”). La métaphore étonne, car le rapprochement n’est pas fait avec un être vivant mais avec une chose…

Jésus nous aide à en saisir le sens en nous révélant que la porte a une double fonction:

– elle permet l’accès aux brebis, comprenons que Jésus est le seul médiateur, le seul qui offre le salut (9)

– elle est le “lieu” par lequel les brebis passent (“entrer et sortir”) pour se nourrir et avoir la vie en abondance (10).

Elle joue donc une fonction vitale.

L’enseignement oppose à nouveau

– les voleurs et brigands (au v.8: probablement les faux prophètes et faux messies), heureusement  non écoutés par les brebis (8).

Leur projet est de mort (dérober, égorger, faire périr).

A l’inverse, le projet de celui qui est la porte est de vie, éternelle (9) ; il est proposé à tout homme (“quiconque”).

C’est pour cela que le Christ est venu (10).

Logiquement il faudrait poursuivre la lecture (11-18) pour entendre Jésus déclarer qu’il est le bon berger, mais l’évangile de ce jour s’arrête là.

L’originale métaphore de la porte prolonge donc et enrichit la révélation  des premiers versets. Elle nous invite à reconnaître en Jésus Celui par lequel il faut passer pour accéder à la vie et au salut, Celui en qui réside toute générosité, pour “quiconque”, Celui qui n’a qu’un désir: nous offrir  la vie, le bien par excellence, en abondance.

Saurons-nous écouter sa voix et faire l’expérience de vie qu’il nous propose?

Marie-Christine Varone |5 mai 2017


Jn 10, 1-10

01 « Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit.

02 Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis.

03 Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir.

04 Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix.

05 Jamais elles ne suivront un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. »

06 Jésus employa cette image pour s’adresser à eux, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait.

07 C’est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis.

08 Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés.

09 Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage.

10 Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance.

Marie-Christine Varone

Marie-Christine Varone est née à Sion en 1946. Ses années de collège correspondent avec celles du Concile Vatican II et la découverte des grandes Constitutions, d'où, une envie de faire de la théologie, par intérêt personnel, mais, plus encore, pour aider les laïcs à acquérir une meilleure intelligence de la foi chrétienne.
Etudiante en théologie à Fribourg, c'est rapidement l'Ecriture sainte qui devient son centre d'intérêt premier et qui sera à la base de la formation d'adultes à laquelle elle se consacrera.
Elle mène de front l'enseignement biblique (dans le milieu très international de l'Ecole de la Foi fondée par J. Loew, à la faculté de théologie de Fribourg et à l'IFM, l'Institut de formation aux ministères) et la formation biblique d'adultes en Suisse romande (cours du soir, sessions, cours par correspondance, formation d'animateurs bibliques, etc.), en particulier comme co-fondatrice et animatrice responsable de l'Association Biblique Catholique (ABC).
Avec la rubrique "l'évangile de dimanche", M.-C. Varone souhaiterait amener les lecteurs à lire eux-mêmes (seul ou à plusieurs) l'évangie du dimanche, pour lui "donner réellement ses chances" autant par une écoute respectueuse du texte, que par un accueil existentiel.

Auteur
Dernières publications
Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint et il leur demanda des comptes. | Domaine public
On a souvent compris: le temporel à l’état, le spirituel à Dieu, or le message est plus complexe et plus riche. (Masaccio: Le paiement du tribut). | Wikimédia commons