Transfiguration de Jésus. Icône, détail. | © Saints Joachim and Anna Orthodox Christian Church.
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Transfiguration de Jésus. Icône, détail. | © Saints Joachim and Anna Orthodox Christian Church.

Evangile de dimanche: vers l’indicible du matin de Pâques...


Les derniers mots du récit de la Transfiguration que la liturgie nous donne à entendre ce dimanche orientent notre écoute vers le mystère de Pâques. Les disciples, redescendant de la montagne avec Jésus, se demandent “ce que voulait dire: ressusciter d’entre les morts“. Et nous, qu’en savons-nous? Ces mots nous sont familiers. Mais la réalité qu’ils disent? L’expérience qu’ils évoquent? Elle fait exploser notre savoir et nos concepts. Nous savons la désigner par des mots, “ressusciter d’entre les morts“, mais elle nous échappe. Elle relève d’un “ailleurs“. Les différents moments du récit accompagnent le lecteur-disciple vers cet “au-delà“ de l’expérience quotidienne.

Tout commence par une mise à distance par rapport à l’espace habituel. Jésus emmène trois de ses disciples “à l’écart sur une haute montagne“. Retrait encore accentué par la précision: “eux seuls“. Pierre, Jacques et Jean sont conduits à l’écart de ce qui leur est familier: lieux (la mer et ses rivages) et relations. Dépaysement géographique qui les prépare à un autre dépaysement. Comment rendre compte de celui-ci? Quels mots employer pour dire cet “au-delà” du quotidien? Le texte tâtonne: “une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille“. Une blancheur que les mots usuels ne peuvent qualifier. Une blancheur qui n’est pas de la terre.

“Ressusciter d’entre les morts”, ces mots nous sont familiers. Mais la réalité qu’ils disent?

Emmenés à distance de leurs relations habituelles, voici les disciples témoins d’une rencontre surprenante entre Jésus, Moïse et Elie. Rencontre qui n’est pas tout-à-fait de la terre puisque Moïse et Elie n’en sont plus. Elle est pourtant décrite en termes familiers: “ils s’entretiennent“. Au point que Pierre semble ne pas être sensible à l’étrangeté de la situation et propose de “dresser trois tentes, une pour Jésus, une pour Moïse, et une pour Elie“. C’est qu’il “ne savait que dire, tant leur frayeur était grande“. La mention de cette frayeur peut étonner alors que Pierre vient d’affirmer qu’il est bon d’être ici. Ce n’est donc pas une peur qui ferait fuir. Ce serait plutôt un bouleversement intérieur, le sentiment d’être dépassés, débordés par une expérience inconnue. C’est aussi ce que suggère la nuée qui tout à la fois voile et révèle la présence du Dieu d’Israël.

Lorsque sa voix se fait entendre, c’est le retour au monde connu: “ils ne virent plus que Jésus seul avec eux“. Descendant de la montagne ils quittent le lieu du dépaysement pour retrouver leur espace-temps familier. Mais une brèche s’est ouverte dans celui-ci, que les dernières paroles de Jésus soulignent. Il ordonne “de ne raconter à personne ce qu’ils ont vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts“. Il faut que les disciples vivent la pâque de Jésus, pour pouvoir rendre compte de ce qu’ils ont vu sur la montagne. Et ce qu’ils ont vu les apprivoise à l’indicible du matin de Pâques.

De dimanche en dimanche le carême nous y achemine. N’enfermons pas dans quelques mots – fussent ceux de la foi – la fulgurance du Vivant surgissant de la mort.

Jeanne-Marie d’Ambly | Vendredi 23 février 2018


Marc 9, 2-10

En ce temps-là,
Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean,
et les emmena, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne.
Et il fut transfiguré devant eux.
Ses vêtements devinrent resplendissants,
d’une blancheur telle
que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille.
Élie leur apparut avec Moïse,
et tous deux s’entretenaient avec Jésus.
Pierre alors prend la parole
et dit à Jésus :
« Rabbi, il est bon que nous soyons ici !
Dressons donc trois tentes :
une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »
De fait, Pierre ne savait que dire,
tant leur frayeur était grande.
Survint une nuée qui les couvrit de son ombre,
et de la nuée une voix se fit entendre :
« Celui-ci
est mon Fils bien-aimé :
écoutez-le ! »
Soudain, regardant tout autour,
ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.

Ils descendirent de la montagne,
et Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu,
avant que le Fils de l’homme
soit ressuscité d’entre les morts.
Et ils restèrent fermement attachés à cette parole,
tout en se demandant entre eux ce que voulait dire :
« ressusciter d’entre les morts ».

Jeanne-Marie d'Ambly

Jeanne-Marie d’Ambly est née en 1953. Lorsqu’elle commence ses études de sciences à la faculté de Caen, mai 68 n’est pas loin. Les liens tissés avec quelques amis soixante-huitards stimule chez elle le désir de rendre compte de sa foi. Elle le réalise en rejoignant la Maison de Prière de Troussures, fondée par le Père Henri Caffarel, Pendant vingt ans, elle y participe à l’animation de Semaines de Prière.

En 1997, elle rejoint la communauté des Sœurs de Saint Maurice.

Envoyée à Lyon faire une licence de théologie elle goûte la joie d’explorer de nouveaux chemins, en particulier dans la lecture de l’Ecriture. Partager cette joie et arpenter ces chemins avec d’autres lui tient à cœur. Ce désir l’a amenée à rejoindre l’équipe de l’ABC et à participer à la rubrique l’évangile de dimanche.

Sr Jeanne-Marie vit à Lausanne dans une communauté en charge d’un foyer d’étudiantes. Se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu pour y "apprendre à connaître le cœur de Dieu" (St Grégoire le Grand) et, "en déchiffrant le livre biblique, y déchiffrer nos vies" (Paul Beauchamp), une joie toujours renouvelée qu’elle souhaite partager.

Engagée au Centre Romand des Vocations, elle est aussi associée aux activités de PASAJ, la pastorale jeunesse du canton de Vaud, et participe à diverses animations à La Pelouse sur Bex.

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