"(...) ) et même l’offrande d’un verre d’eau à un « petit – disciple » sera récompensée (42)". (Illustr.: B. Lopez/Evangile et peinture)
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"(...) ) et même l’offrande d’un verre d’eau à un « petit – disciple » sera récompensée (42)". (Illustr.: B. Lopez/Evangile et peinture)

Evangile de dimanche: la voie du disciple


Ce passage appartient au discours sur la mission et la vie de disciple (ch.10) ; il en constitue le sommet.

Conditions pour être disciple (37-39)

Une hiérarchie indiscutable (37)

Jésus revendique la première place dans nos amours.

Mêmes les liens aussi fondamentaux que ceux de la filiation ou de la parentalité passent en seconde position. Comprenons qu’aucun amour humain ne saurait l’emporter sur l’amour de Jésus lui-même pour celui qui veut être authentiquement disciple (être digne de lui).

Un suivre radical (38)

Etre disciple implique d’opter pour la même voie que celle de Jésus, à savoir prendre sa (et non celle du Christ) croix et suivre derrière lui.

Nous avons ici la première mention de la croix dans l’évangile selon S. Mt.

Jésus a réellement porté sa croix (27,32) et vécu l’horreur du supplice de la croix.

Assez rapidement les premiers chrétiens ont lu dans la croix surtout la manifestation de l’amour fou du Père et du Fils pour l’humanité et le don que le Christ a fait de sa vie pour le salut des hommes.

Dès lors, l’invitation faite au disciple de «prendre sa croix (le sens est ici métaphorique) et de suivre derrière le Christ » n’est pas à comprendre de manière doloriste et encore moins masochiste. Elle est une invitation à suivre Jésus en tout, y compris en et avec la part difficile et douloureuse de nos existences. L’appel consiste donc à se laisser configurer au Christ en tout, y compris en son don onéreux (récapitulé dans la croix) fait par amour pour nous.

Un apparent paradoxe (39)

C’est la formule finale « à cause de moi » qui permet de saisir l’enjeu de ce verset.

Il ne s’agit pas d’un « qui perd gagne », mais bien d’une nouvelle compréhension du perdre et du gagner. Perdre sa vie à cause du Christ (cela peut se vivre dans le martyre, mais aussi dans toute vie donnée) équivaut à un « trouver la vie » dès ici-bas et, de manière plénière, dans la vie éternelle.

A l’inverse, il y a menace de perdre sa vie (définitivement) en ne la vivant que pour soi, sans qu’il soit question de la remettre au Christ et de laisser les autres en disposer.

Identification au Christ (40-42)

Pour le judaïsme déjà l’envoyé est comme celui qui l’envoie ; il a donc droit aux mêmes égards.

C’est dans cette perspective que Jésus affirme qu’accueillir son disciple, c’est l’accueillir lui-même et que l’accueillir, c’est accueillir son Père qui l’a envoyé (40).

Désormais donc recevoir le disciple, c’est aussi recevoir le Christ et le Père.

La récompense correspondra au type d’accueil offert (cf. prophète et juste: 41) et même l’offrande d’un verre d’eau à un « petit – disciple » sera récompensée (42).

Un programme toujours actuel

Le Christ revendique donc aujourd’hui, comme au temps de son ministère, la première place dans le cœur et la vie de qui veut être son disciple.

Cela ne signifie pas pour autant que les autres liens sont dévalorisés, mais bien seconds.

Etre disciple se résume en une expression: suivre derrière Jésus, ce qui équivaut à prendre la même route aimante que Lui, à mettre nos pas dans les siens.

Cette route, parce qu’elle a été parcourue avec fidélité jusqu’au bout, a passé pour Jésus par la croix.

Cela implique donc que le disciple, en tout ce qui est difficile et qui appartient immanquablement à la condition humaine, tende lui aussi à vivre avec amour ses difficultés, épreuves, souffrances, les yeux fixés sur le Christ qui a marché devant, acceptant de lui ressembler en tout ce qu’Il a vécu.

Un bel et exigeant appel à une progressive configuration du disciple à son Maître.

Marie-Christine Varone | Vendredi 30 juin 2017


Mt 10, 37-42

37 Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ;

38 celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi.

39 Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera.

40 Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé.

41 Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste.

42 Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »

Marie-Christine Varone

Marie-Christine Varone est née à Sion en 1946. Ses années de collège correspondent avec celles du Concile Vatican II et la découverte des grandes Constitutions, d'où, une envie de faire de la théologie, par intérêt personnel, mais, plus encore, pour aider les laïcs à acquérir une meilleure intelligence de la foi chrétienne.
Etudiante en théologie à Fribourg, c'est rapidement l'Ecriture sainte qui devient son centre d'intérêt premier et qui sera à la base de la formation d'adultes à laquelle elle se consacrera.
Elle mène de front l'enseignement biblique (dans le milieu très international de l'Ecole de la Foi fondée par J. Loew, à la faculté de théologie de Fribourg et à l'IFM, l'Institut de formation aux ministères) et la formation biblique d'adultes en Suisse romande (cours du soir, sessions, cours par correspondance, formation d'animateurs bibliques, etc.), en particulier comme co-fondatrice et animatrice responsable de l'Association Biblique Catholique (ABC).
Avec la rubrique "l'évangile de dimanche", M.-C. Varone souhaiterait amener les lecteurs à lire eux-mêmes (seul ou à plusieurs) l'évangie du dimanche, pour lui "donner réellement ses chances" autant par une écoute respectueuse du texte, que par un accueil existentiel.

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