Jacques-Benoît Rauscher

Evangile de dimanche: les lieux du rendez-vous

Pour un rendez-vous – qu’il soit galant ou professionnel – un élément assez délicat est de choisir un lieu. Le lieu d’une rencontre oriente en effet souvent le style d’échange qui va avoir lieu.  L’Évangile de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine nous présente de fait trois lieux de rencontre possibles avec Dieu. Trois lieux dont parle la Samaritaine et qui disent précisément quelque chose de sa relation à Dieu et -potentiellement -de notre chemin de Carême à tous.

Il y a tout d’abord le puits. Le puits, c’est le lieu où l’on est tenu d’aller pour puiser l’eau. C’est le lieu des besoins les plus élémentaires. Souvent, la tentation est grande d’oublier cette étape dans notre relation à Dieu. C’est un peu comme cela que l’on peut comprendre la demande de la femme: «donne-moi de cette eau que je n’aie plus à venir ici pour puiser», Seigneur délivre-moi de ce quotidien si humain! Voilà une prière que Dieu n’exauce jamais car c’est au cœur de notre humanité, concrète et responsable, que Dieu a choisi de nous rencontrer. Pourtant, on ne peut rester au puits. Même s’il est une étape incontournable, il risque de nous enfermer dans une relation avec Dieu très centrée sur nous-mêmes: mes besoins et mon Dieu qui répond à mes besoins.

Pour aller plus loin dans notre relation avec Dieu, il faut alors envisager d’aller sur la montagne. La montagne est, dans l’Évangile de ce dimanche, le lieu où la relation à Dieu est organisée par une tradition, en l’occurrence celle des Samaritains. La montagne casse un vis-à-vis enfermant entre nos besoins quotidiens et Dieu. Elle nous fait sortir de nous-mêmes et accepter de rencontrer Dieu aussi à travers les autres croyants – d’hier et d’aujourd’hui – qui nous ont indiqué un chemin. Mais elle nous fait aussi courir un risque si nous y restons: celui de vivre avec les autres croyants en oubliant, par nos pratiques répétitives, que Dieu est vivant et qu’Il habite seulement dans les lieux que nous lui assignons.

«N’oublions pas que le lieu de l’ultime rencontre sera la ville. Là, nous retrouverons les autres, là les paroles de Dieu et sur Dieu prendront toute leur épaisseur en notre cœur.»

Avançons encore et rendons-nous dans un troisième lieu: la ville. Dans l’Evangile de ce dimanche, la ville est un lieu où la Samaritaine revient pour parler de Jésus à ceux qui l’entourent. Elle n’est pas le lieu d’un vis-à-vis fermé entre un individu et Dieu d’où les autres seraient absents. Elle n’est pas le lieu d’un culte pratiqué avec d’autres croyants où, à force, le groupe peut se recroqueviller sur lui – même et évacuer le Dieu vivant. La ville est un lieu de mouvement où trois protagonistes sont en permanence présents: moi, les autres et Dieu. Elle est l’espace où notre quotidien prend une autre épaisseur. Elle est le lieu où Dieu habite au milieu de nous par l’annonce de ceux qui l’aiment. Dieu nous attend dans une ville: la Cité sainte qu’il nous prépare.

Passons par le puits ou la montagne, mais n’oublions pas que le lieu de l’ultime rencontre sera la ville. Là, nous retrouverons les autres, là les paroles de Dieu et sur Dieu prendront toute leur épaisseur en notre cœur; là Dieu sera tout en tous. Ce sera le lieu du parfait rendez-vous que Dieu nous prépare, à l’heure qu’Il aura fixée, pour nous dire son amour, éternellement.

Jacques-Benoît Rauscher | Vendredi 13 mars 2020


Jn 4, 5-42

En ce temps-là,
    Jésus arriva à une ville de Samarie, appelée Sykar,
près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph.
    Là se trouvait le puits de Jacob.
Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source.
C’était la sixième heure, environ midi.
    Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau.
Jésus lui dit :
« Donne-moi à boire. »
    – En effet, ses disciples étaient partis à la ville
pour acheter des provisions.
    La Samaritaine lui dit :
« Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire,
à moi, une Samaritaine ? »
– En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains.
    Jésus lui répondit :
« Si tu savais le don de Dieu
et qui est celui qui te dit : ›Donne-moi à boire’,
c’est toi qui lui aurais demandé,
et il t’aurait donné de l’eau vive. »
    Elle lui dit :
« Seigneur, tu n’as rien pour puiser,
et le puits est profond.
D’où as-tu donc cette eau vive ?
    Serais-tu plus grand que notre père Jacob
qui nous a donné ce puits,
et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? »
    Jésus lui répondit :
« Quiconque boit de cette eau
aura de nouveau soif ;
    mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai
n’aura plus jamais soif ;
et l’eau que je lui donnerai
deviendra en lui une source d’eau
jaillissant pour la vie éternelle. »
    La femme lui dit :
« Seigneur, donne-moi de cette eau,
que je n’aie plus soif,
et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. »
    Jésus lui dit :
« Va, appelle ton mari, et reviens. »
    La femme répliqua :
« Je n’ai pas de mari. »
Jésus reprit :
« Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari :
            des maris, tu en a eu cinq,
et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ;
là, tu dis vrai. »
    La femme lui dit :
« Seigneur, je vois que tu es un prophète !…
    Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là,
et vous, les Juifs, vous dites
que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. »
    Jésus lui dit :
« Femme, crois-moi :
l’heure vient
où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem
pour adorer le Père.
    Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ;
nous, nous adorons ce que nous connaissons,
car le salut vient des Juifs.
    Mais l’heure vient – et c’est maintenant –
où les vrais adorateurs
adoreront le Père en esprit et vérité :
tels sont les adorateurs que recherche le Père.
    Dieu est esprit,
et ceux qui l’adorent,
c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. »
    La femme lui dit :
« Je sais qu’il vient, le Messie,
celui qu’on appelle Christ.
Quand il viendra,
c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. »
    Jésus lui dit :
« Je le suis,
moi qui te parle. »
    À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ;
ils étaient surpris de le voir parler avec une femme.
Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ? »
ou bien : « Pourquoi parles-tu avec elle ? »

    La femme, laissant là sa cruche,
revint à la ville et dit aux gens :
    « Venez voir un homme
qui m’a dit tout ce que j’ai fait.
Ne serait-il pas le Christ ? »
    Ils sortirent de la ville,
et ils se dirigeaient vers lui.

    Entre-temps, les disciples l’appelaient :
« Rabbi, viens manger. »
    Mais il répondit :
« Pour moi, j’ai de quoi manger :
c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. »
    Les disciples se disaient entre eux :
« Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? »
    Jésus leur dit :
« Ma nourriture,
c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé
et d’accomplir son œuvre.
    Ne dites-vous pas :
›Encore quatre mois et ce sera la moisson’ ?
Et moi, je vous dis :
Levez les yeux
et regardez les champs déjà dorés pour la moisson.
Dès maintenant,  le moissonneur reçoit son salaire :
il récolte du fruit pour la vie éternelle,
si bien que le semeur se réjouit en même temps que le moissonneur.
    Il est bien vrai, le dicton :
›L’un sème, l’autre moissonne.’
    Je vous ai envoyés moissonner
ce qui ne vous a coûté aucun effort ;
d’autres ont fait l’effort,
et vous en avez bénéficié. »

    Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus,
à cause de la parole de la femme
qui rendait ce témoignage :
« Il m’a dit tout ce  que j’ai fait. »
    Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui,
ils l’invitèrent à demeurer chez eux.
Il y demeura deux jours.
    Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire
à cause de sa parole à lui,
    et ils disaient à la femme :
« Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit
que nous croyons :
nous-mêmes, nous l’avons entendu,
et nous savons que c’est vraiment lui
le Sauveur du monde. »

«Le Christ et la Samaritaine». Duccio di Buoninsegna, peinture sur bois, 1311. Détail | © Flickr/J.L.Mazieres/CC BY-NC-SA 2.0
13 mars 2020 | 17:00
par Jacques-Benoît Rauscher
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