Guy Luisier

Journée de la Femme dans un pays en guerre

Guy Luisier | En ce 8 mars, autour de la table de la maison de formation des Pères de Saint-Maurice au Congo, la discussion s’installe sur la « Journée de la Femme » entre mes quatre aspirants et moi, leur formateur. La Journée des droits de la Femme est très importante ici.

Comme dans notre province la situation est tendue entre les militaires gouvernementaux et les miliciens rebelles, je leur avais permis la veille de téléphoner à leur famille pour donner et recevoir des nouvelles.

Ce matin je leur demande s’ils ont parlé avec leur maman de la Journée de la Femme. L’un me dit que non, parce qu’avec les troubles ses parents ont quitté le village, se sont réfugiés dans une petite hutte de brousse où il n’y a pas de réseau téléphonique. Il n’a atteint qu’un frère resté au village. C’est cela ici la Journée de la Femme !

La discussion dévie sur l’organisation de la Journée dans leur quartier ou dans leur village. Un d’entre eux pense que dans son village cette année il n’y aura rien car ce sont d’habitude les religieuses de la paroisse qui organisaient quelque chose (une fête, une messe, une conférence, du théâtre, un défilé…) mais cette année les religieuses ont dû fuir leur couvent qui ensuite a été endommagé… peut-être par les militaires, peut-être par les miliciens. C’est cela ici la Journée de la Femme !

Un autre raconte que certaines années la Journée de la Femme finissait mal au village. Les mamans quittaient tôt les maisons pour aller aux manifestations prévues, confiaient aux papas la charge de faire le repas du soir. Au retour, rien n’était fait… et c’était la crise conjugale. C’est cela ici la Journée de la Femme.

 

Une jeune déplacée porte son enfant dans un camp de réfugiés de Bossangoa au Centrafrique
8 mars 2017 | 16:09
par Guy Luisier
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