Une jeune déplacée porte son enfant dans un camp de réfugiés de Bossangoa au Centrafrique (Photo: Flickr/UNHCR/CC BY-NC 2.0, 2013)
Blog
Une jeune déplacée porte son enfant dans un camp de réfugiés de Bossangoa au Centrafrique (Photo: Flickr/UNHCR/CC BY-NC 2.0, 2013)

Journée de la Femme dans un pays en guerre


Guy Luisier | En ce 8 mars, autour de la table de la maison de formation des Pères de Saint-Maurice au Congo, la discussion s’installe sur la « Journée de la Femme » entre mes quatre aspirants et moi, leur formateur. La Journée des droits de la Femme est très importante ici.

Comme dans notre province la situation est tendue entre les militaires gouvernementaux et les miliciens rebelles, je leur avais permis la veille de téléphoner à leur famille pour donner et recevoir des nouvelles.

Ce matin je leur demande s’ils ont parlé avec leur maman de la Journée de la Femme. L’un me dit que non, parce qu’avec les troubles ses parents ont quitté le village, se sont réfugiés dans une petite hutte de brousse où il n’y a pas de réseau téléphonique. Il n’a atteint qu’un frère resté au village. C’est cela ici la Journée de la Femme !

La discussion dévie sur l’organisation de la Journée dans leur quartier ou dans leur village. Un d’entre eux pense que dans son village cette année il n’y aura rien car ce sont d’habitude les religieuses de la paroisse qui organisaient quelque chose (une fête, une messe, une conférence, du théâtre, un défilé…) mais cette année les religieuses ont dû fuir leur couvent qui ensuite a été endommagé… peut-être par les militaires, peut-être par les miliciens. C’est cela ici la Journée de la Femme !

Un autre raconte que certaines années la Journée de la Femme finissait mal au village. Les mamans quittaient tôt les maisons pour aller aux manifestations prévues, confiaient aux papas la charge de faire le repas du soir. Au retour, rien n’était fait… et c’était la crise conjugale. C’est cela ici la Journée de la Femme.

 

Guy Luisier

Je suis prêtre catholique de l’Abbaye de Saint-Maurice en Suisse. J’ai la chance de vivre un engagement humain et chrétien sur trois continents. Quelques mois par année, je travaille dans les paroisses qui entourent mon abbaye. Le reste du temps je vis dans la savane de la RD Congo. D’autre part, sur le continent numérique (FB et blogs) et de la communication (livres, articles), je suis intéressé à promouvoir une présence humaniste et chrétienne, ouverte et décontractée.

Voir aussi: Regard oblique

Auteur
Dernières publications
Les habitants des pays modernes ont oublié de se réjouir de la lune | © Emran Kassim/Flickr/CC BY 2.0
Ne jugeons pas trop vite les "prisonniers du portable" | © Esther Vargas/Flickr/CC BY-SA 2.0