L'Eglise des catacombes a depuis longtemps disparu | © Damian Entwistle/Flickr/CC BY-NC 2.0
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L'Eglise des catacombes a depuis longtemps disparu | © Damian Entwistle/Flickr/CC BY-NC 2.0

La fin de la "Volkskirche"


Avec la conversion de l’empereur Constantin, l’Eglise des martyrs et des catacombes s’est transformée en “système” avec une armature législative complexe, un gouvernement centralisé, un réseau intellectuel et éducatif étroitement surveillé et des normes éthiques minutieusement codifiées. Ajoutez à ce brillant édifice d’immenses propriétés foncières pour en assurer la pérennité et une armada hiérarchisée d’agents spécialisés pour diriger les “ouailles”. Je caricature à peine.

Au cours des âges, le bras clérical devient hypertrophié au point de réduire le bras séculier à l’état de moignon anémique et inconsistant. Il fut un temps où les monarques européens mendiaient leur couronne royale auprès des papes.

Les révolutions politiques, sociales ou religieuses ont tenté avec plus ou moins de succès de ramener les clercs à leur sacristie. L’évêque de Rome ne règne désormais que sur un Etat lilliputien et ses collègues n’arbitrent plus la politique de leurs nations respectives. Demeure une coquille vide, un échafaudage qui accédait autrefois à une structure aujourd’hui désuète, un habit d’Arlequin démesuré et démodé où s’encoublent les serviteurs modernes de l’Evangile. De cet héritage subsiste encore ci et là l’ombre d’une Eglise de masse, d’une “Volkskirche” ou “Landskirche” à laquelle on adhère en raison de ses origines familiales ou de ses appartenances culturelles, politiques ou nationales. Cette Eglise-là s’effondre. Le catholicisme, comme “système”, est sérieusement menacé d’implosion. Les Eglises historiques issues de la Réforme luttent elles aussi contre leur disparition. Et pour les mêmes raisons.

“Le catholicisme, comme ‘système’, est sérieusement menacé d’implosion”

Comment dès lors l’Evangile va-t-il survivre et féconder la vie des hommes jusqu’à la fin des temps? Une espérance renaît sur un champ de ruines et sur une terre en friche. De plus en plus, et un peu partout, des chrétiens et chrétiennes de toute obédience se retrouvent en petits groupes, souvent anonymes, pour prier et partager leur foi. Ils se rencontrent dans leurs maisons, dans un jardin de monastère, dans la nature ou même dans un recoin de presbytère, voire au fond de la nef poussiéreuse d’une église désaffectée. Ils ont besoin de silence, de recueillement, loin du brouhaha médiatique. Ils veulent entendre la voix de Dieu qu’ils ne perçoivent plus dans leurs églises de pierres. Ils désirent aussi recevoir dans la simplicité et la ferveur le pain de vie qui les soutient et les dynamise.

Ce matin, mon bréviaire met sur mes lèvres cette prière: “Fais-nous quitter ce qui ne peut que vieillir; fais-nous entrer dans ce qui est nouveau”.  Echo d’une parole prophétique: “Un monde ancien s’en est allé; un nouveau monde est déjà né. Ne le voyez-vous pas?” Si le poisson commence à pourrir par la tête, l’Eglise ne peut renaître qu’à partir du cœur.

Guy Musy

10 avril 2019

Guy Musy

Le Frère Guy Musy est né en 1936 à dans le canton de Fribourg. Entré dans l'ordre des Frères Prêcheurs en 1956, il accomplit ses études de théologie en Belgique puis en Suisse. Ordonné prêtre en 1962, il poursuit ses études à la Faculté évangélique de l’Université d’Heidelberg, avant d’être rappelé en Suisse pour prendre en charge l’aumônerie catholique de l’Université de Lausanne.

En 1970, il répond à un appel de ses supérieurs qui l’envoient au Rwanda. Il y demeurera quelques vingt ans durant lesquels ils assumera différents ministères: aumônier à l'Université nationale de Butare, puis en milieu populaire à Kigali, mais aussi responsable de la Caritas de la capitale du Rwanda.

De retour à Genève en 1989, entre autres activités, il enseigne à l’Atelier Œcuménique de Théologie et à l’Ecole de la Foi de Fribourg. Passionné d’écriture – il a déjà publié quatre volumes de ses «mémoires» – il collabore notamment, depuis plus de vingt ans, au périodique romand «L’Echo-Magazine». Enfin, il continue d’assumer depuis plusieurs années la charge de rédacteur responsable de la revue dominicaine «Sources».

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