"Si nous avons perdu le sens de cette Nuit, c’est que notre âme est morte". Jean-Blaise Fellay, sj | © Pixabay
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"Si nous avons perdu le sens de cette Nuit, c’est que notre âme est morte". Jean-Blaise Fellay, sj | © Pixabay

La haine de Noël


On savait le Marché de Noël de Strasbourg menacé depuis des années. L’attentat du 13 décembre s’est produit malgré toutes les mesures de sécurité. Pour un fanatique musulman ce rassemblement d’infidèles sous les tours de la cathédrale faisait effet d’une provocation. Sous les apparences de foire commerciale, il a repéré la religion rivale, que le terme allemand nomme clairement: l’Enfant Jésus. C’est donc au nom d’Allah qu’il va frapper.

D’autres lieux ont tenté de se protéger en parlant de Fête de l’Hiver ou en transformant l’ancien Saint Nicolas en un Santa Claus débonnaire. La France essaie d’interdire autant que possible des Crèches qui pourraient évoquer publiquement — vision effrayante pour un laïc — l’enfant de Bethléem. De toute façon, le sacré prédominant de notre époque étant celui de l’Économie, les temples de la consommation accaparent l’essentiel de la dévotion grâce aux guirlandes, prix sacrifiés et festins rituels.

Si nous avons perdu le sens de cette Nuit, c’est que notre âme est morte

Cela explique en partie la disparition de la dimension chrétienne mais pas la haine souterraine, et parfois affirmée, à son égard. Il y a l’irréligion certes, la peur de la fête, des émotions, de la joie, de la transcendance, du merveilleux.

Mais il y a également la présence de la solitude, du deuil, du chagrin. Ceux qui se sentent cruellement seuls pendant ces journées. Ils envient les rencontres de famille, eux qui ne peuvent plus fêter à cause de la perte d’un être cher. D’une trop longue suite de malheurs. J’aimerais les convier à la fête.

Je trouve merveilleux les santons de Provence: les pâtres avec leur agneau, le rémouleur avec sa meule, la fermière avec ses œufs. Chaque âge, chaque métier trouve sa place, et nous aussi. C’est un rassemblement de toute l’humanité, avec des animaux exotiques ou familiers, des voyageurs lointains, des sages, des savants et des princes, des modestes et des tout petits, accompagnés par la musique des anges et l’éclat des étoiles filantes. C’est l’univers qui communie autour d’un nouveau né et non sous le trône pas d’un potentat puissant et barbu. Je comprends pourquoi les enfants regardent le spectacle d’un œil ému, ils sentent que ce monde est fait pour eux.

Alors tant pis pour les fanatiques religieux, les rationalistes recuits, les ennemis du bonheur et de l’espérance. A Noël, le ciel et la terre se rencontrent, la nuit devient transparence, l’obscurité se peuple de chants. Tout le monde est invité, et particulièrement ceux qui se sentent seuls et abandonnés. Chacun, riche ou pauvre, a besoin ce soir-là de paix, de confiance et de proximité. Si nous avons perdu le sens de cette Nuit, c’est que notre âme est morte.

Jean-Blaise Fellay | 23.12.2018

Jean-Blaise Fellay

Né en 1941, entrée chez les jésuites en 1961, spécialiste de l’Histoire de l’Eglise, est engagé comme directeur spirituel aux Séminaires diocésains des Diocèses de Lausanne, Genève et Fribourg et de Sion.

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