Sœur Marie-Paule

La sainteté, une… «à faire» de tous

Commenter le texte des Béatitudes dans le cadre de la Toussaint n’est pas neutre. Tout d’abord, il faut noter que toutes sont au pluriel. On ne dit pas « Heureux le pauvre, le Royaume des cieux est à lui ». Mais bien « Heureux les pauvres de cœur, le Royaume est à eux ». Cela change tout car cela démontre bien que la sainteté n’est pas une affaire individuelle, comme on le pense parfois, mais bien une visée collective, de même que nous ne sommes pas chrétiens tout seuls. Ainsi, la Toussaint n’est pas une rêverie sans prise sur le réel, mais bien la célébration de ce que nous sommes en train de devenir, c’est aussi la fête du saint possible que chacun porte en soi.

Il y a en effet plusieurs erreurs de perspective à corriger à propos des saints. La première serait de les imaginer seulement dans leur état achevé, une auréole vissée sur la tête, au sommet d’un autel ou dans la gloire de leur canonisation. En réalité, les saints sont au milieu de nous, même si «ce que nous serons ne paraît pas encore clairement» (1 Jn 3, 2). Ils appartiennent d’abord à la terre, à ce peuple en marche venant de la grande épreuve de cette vie et montant, en un cortège ininterrompu vers la cité définitive.

«Les saints restent sujets aux passions»

Souvent, nous risquons de considérer les saints comme des super hommes et femmes, échappant au commun des mortels par leurs miracles, leur force d’âme exceptionnelle. Là encore, si l’on y regarde de près, on voit que chez eux, les défauts du caractère ne sont pas toujours vaincus ou abolis : ils restent sujets aux passions, mais les mettent au service de leur sainteté. C’est que la sainteté est une passion convertie, ordonnée à une vocation. C’est cela qui réalise en nous d’authentiques métamorphoses, fruits de la grâce et de la liberté.

Saint Bernard de Clairvaux aimait décrire l’Eglise entre deux avènements du Seigneur. Ainsi devons-nous être, un œil en arrière vers l’idéal des Béatitudes, et un œil en avant vers cette foule immense de l’Apocalypse qu’il nous faut rejoindre, lorsque dans un agenouillement d’hommes et de femmes libres, nous nous prosternons devant Dieu tout en tous.


Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

01 Voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui.

02 Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait :

03 « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.

04 Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.

05 Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.

06 Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.

07 Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.

08 Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.

09 Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.

10 Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux.

11 Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.

12 Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! C’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.

Tous les saints dans la cathédrale arménienne de Vank | © Jacques Berset
30 octobre 2020 | 17:00
par Sœur Marie-Paule
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