Le cardinal Robert Sarah est préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements | © michael_swan/Flickr/CC BY-ND 2.0
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Le cardinal Robert Sarah est préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements | © michael_swan/Flickr/CC BY-ND 2.0

Le cardinal Sarah sauvera-t-il l'Europe?


“L’Europe semble programmée pour s’autodétruire”, écrit le cardinal Robert Sarah dans son dernier livre d’entretiens sorti en mars 2019. Le prélat guinéen a principalement en ligne de mire un phénomène migratoire qui menacerait de “remplacer” à terme l’identité chrétienne sur le continent.

Les paroles du cardinal font résonance à des idées qui ont actuellement le vent en poupe en Occident, également dans une certaine frange de l’Eglise catholique.

Je suis moi-même un chrétien de base, qui n’a pas fait beaucoup plus que lire la Bible et cogiter sur son contenu. Mais, à mon modeste niveau de théologie, ce type de discours “identitaire” me pose question.

J’ai notamment en tête le passage: “Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de la bonne nouvelle la sauvera” (Marc 8:35). J’imagine que Jésus aurait pu dire “Car celui qui voudra sauver son identité/culture/religion la perdra”.

Nous entendons de plus en plus qu’il faudrait protéger activement notre foi contre de prétendues “hordes” venant du monde séculier ou des contrées islamiques. Cela par le réinvestissement de ce monde laïcisé ou par la mise à l’écart des musulmans.

“Jésus nous a prouvé que les convictions portées par l’Esprit Saint sont indestructibles”

Est-ce un juste combat? Si Jésus avait été dans le même état d’esprit, il aurait sans doute ordonné à ses disciples de passer dans la clandestinité, de soulever les foules pour le défendre, voire de s’armer eux-mêmes pour pourfendre ses opposants. De nombreux fondateurs de mouvements ont à vrai dire agi ainsi.

Or Jésus a fait tout le contraire. Il a reproché à Pierre de cacher son appartenance, de nier sa foi. Il n’a rien fait pour s’opposer à ceux qui ont détruit son corps.

Par sa mort, le Christ nous a également montré que les idées peuvent prospérer sans être défendues par la force ou par la ruse. Son impuissance à cet instant n’était qu’apparente. Elle a donné naissance au plus grand mouvement de tous les temps, auquel des milliards d’êtres humains ont adhéré. Le Nazaréen nous a prouvé que les convictions portées par l’Esprit Saint sont indestructibles. Parce qu’elles sont dans le plan de Dieu. Un plan auquel il a fait confiance jusqu’au bout.

Que signifie finalement être chrétien, s’il ne s’agit pas de suivre l’exemple de Jésus? De voir dans le réfugié ce “petit” qui est le Christ lui-même, d’être (au moins parfois) le bon samaritain et la pauvre veuve? Et comme disait Jean Paul II, de ne pas avoir peur?

Ne serait-ce pas la meilleure façon pour défendre nos valeurs que de les appliquer nous-mêmes?

Raphaël Zbinden

17 juin 2019

Raphaël Zbinden

Raphaël Zbinden est journaliste à Cath.ch, le portail catholique suisse.

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